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Andres Serrano : « Je me vois comme un artiste avec un appareil photo, pas un photographe »

09/11/2017 | Sandrine Dippa

Jusqu’au 14 janvier les œuvres d’Andres Serrano investissent les murs du Petit Palais. La rétrospective invite à découvrir ses séries majeures dont « Torture », des clichés mettant notamment en scène des victimes d’abus, « Nomads », des portraits de sans-abris new-yorkais ou encore « Immersions » dont est tiré le controversé « Piss Christ ».

Le Monde de la Photo : Vous dites souvent « Je suis un artiste utilisant un appareil photo, pas un photographe », expliquez-nous pourquoi.

Andres Serrano : Je ne me considère pas comme un photographe, car je n’ai jamais mis les pieds dans une chambre noire pour faire des tirages. Je suis un artiste utilisant un appareil photo à la place d’un pinceau pour exprimer mes idées. J’ai toujours voulu être un artiste. J’ai d’ailleurs étudié la peinture et la sculpture en école d’art. Les aspects techniques et mécaniques de la photographie ne m’intéressent pas. Seul le potentiel esthétique de ce médium me plaît.

MDLP : Beaucoup de vos images ont été conçues avec des fluides corporels tels que de l’urine, du lait maternel, du sang ou du sperme. Pourquoi avez-vous opté pour ces matériaux à première vue extrêmes et peu appropriés ?

A.S : L’utilisation des fluides corporels dans mon œuvre n’est pas extrême, selon moi. En tant qu’artiste, j’utilise les outils à ma disposition et je pense que ce qui n’a pas de sens aujourd’hui pour certains aura du sens demain. J’ai tout simplement utilisé l’urine, le lait et le sang comme de la peinture. Une de mes images intitulée « Milk/Blood »(NDLR : lait / sang), par exemple puise son inspiration dans les travaux de Mondrian. Cette photographie réalisée en 1986 est très significative car c’est la première fois que j’utilisais des fluides pour réaliser une image. Elle représente un rejet de la photographie figurative et narrative, la couleur étant le sujet. Après « Milk / Blood » j’ai d’ailleurs crée trois monochromes, « Blood » , « Urine » et « Milk ».

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Vue de l’exposition d’Andres Serrano au Petit Palais, 2017
Crédit photo : Clément Guillaume
Courtesy de l’artiste et Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

Votre œuvre est aussi marquée par la religion. Je pense notamment au controversé « Piss Christ » de la série Immersions (1987-1990), représentant un crucifix baignant dans de l’urine ou à « Holly Work » réalisé plus récemment, en 2011. Êtes-vous un brin provocateur ?

A.S : Contrairement à ce qu’on pourrait croire, je ne suis pas un blasphémateur, ni un provocateur. « Piss Christ » est la première image d’« Immersions », la première série mettant en scène des objets immergés. Le titre peut paraître provocateur ou blasphémateur, mais il n’en est rien. Il est simplement descriptif comme pour une grande partie de mon travail et si cette image dérange, elle devrait être vue comme un rappel de ce que le crucifix symbolise, la mort horrible et inimaginable du Christ. Il faut savoir que la religion coule dans mes veines. Je suis né, et j’ai été élevé dans le catholicisme. J’ai toujours été profondément chrétien. Je me sens d’ailleurs lié aux Grands maîtres qui ont un jour créé des œuvres religieuses sur commande ou par conviction. J’aimerais d’ailleurs beaucoup suivre leurs traces et qu’on me commande un travail religieux.

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Vue de l’exposition d’Andres Serrano au Petit Palais, 2017
Crédit photo : Clément Guillaume
Courtesy de l’artiste et Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

MDLP : Vos expositions ont parfois généré une certaine hostilité. Deux de vos photographies ont d’ailleurs été vandalisées à Avignon il y a quelques années. Avec le recul, comprenez-vous ces réactions ?

A.S : Je pense que ma réputation de « mauvais garçon » ou d ’« artiste controversé » me précède et que certaines personnes sont prêtes à être choquées ou bouleversées avant de connaître mon œuvre. Ce n’est pas mon travail de les dissuader de commettre de tels actes ou de les convaincre de l’aspect non blasphémateur de mes photographies. Je le répète, je ne suis pas provocateur, car ce n’est pas ma démarche. Je ne fais que réaliser un travail cohérent, en phase avec ma vision et mon esthétique.

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Vue de l’exposition d’Andres Serrano au Petit Palais, 2017
Crédit photo : Clément Guillaume
Courtesy de l’artiste et Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

MDLP : Qu’utilisez-vous comme matériel ?

A.S : Mon équipement est basique. J’utilise un appareil photo Mamiya RB 67 et des flashs basiques que j’use jusqu’à ce qu’ils tombent en panne. Depuis 20 ans, je fais appel aux mêmes assistants, j’utilise le même éclairage et j’ai toujours la même façon de voir le monde et la même manière d’éclairer les choses : rien ne change, en dehors des images en elles-mêmes.

MDLP : Votre exposition se termine en janvier. Quels sont vos projets ?

A.S : J’ai actuellement une exposition intitulée « Torture » à la Jack Shainman Gallery à New York. Le mois prochain, j’aurai ma première exposition en Chine, au Red Brick Museum de Pékin. Je suis impatient de voir comment mon travail est reçu en Chine.

Propos recueillis par Sandrine Dippa

- Le site d’Andres Serrano
- Le site du Petit Palais

Crédit image d’accueil :
Andres Serrano, 2017
Crédit photo : Clément Guillaume
Courtesy de l’artiste et Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles

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