Tout savoir pour réaliser, optimiser et diffuser ses photos

Arles 2014 : la parade de François Hébel

15/04/2014 | Pascale Brites

Pour sa dernière année à la tête du festival, François Hébel a procédé à une sélection en deux parties, qu’il a décrite lui-même comme plus « décousue » que les années précédentes. On y trouve d’une part les « inédits », et d’autre part la « parade » qui fera défiler ceux dont la participation aura marqué le renouveau des Rencontres.

Après deux premières expériences en 1986 et 1987 comme directeur artistiques des Rencontres d’Arles, c’est en 2001 que François Hébel s’installe véritablement aux commandes du festival. La manifestation arlésienne, qui a alors déjà plus de trente ans, va vivre une seconde jeunesse, avec une programmation sous le signe du renouveau et de la découverte. Durant les treize années qui se sont écoulées, Arles est devenue une manifestation internationale, au public chaque fois plus nombreux (la fréquentation a doublé sous l’influence d’Hébel). Placée sous le signe du noir et blanc, l’édition 2013 du festival a même battu des records en recevant 96 000 visiteurs, soit 11 000 de plus que l’année précédente et surtout 30 % de nouveaux visiteurs qui ont fait le déplacement dans cette ville où la photographie est reine.

Le retour des fidèles

Selon les mots prononcés hier par Jean-Noël Jeanneney, président des Rencontres d’Arles, l’édition 2014 sera placée « sous le signe de l’amitié et de la fidélité » et verra le retour de grands noms qui ont fait le succès des précédentes éditions. C’est d’ailleurs cette idée qui a conduit à la réalisation de l’affiche du festival : Michel Bouvet y a reproduit toutes les mascottes des Rencontres depuis 2002, auxquelles s’ajoute l’élan de cette édition 2014.

JPEG - 212.4 ko
L’Arlequin de la grande récréation, Arles, 1954. Photo : Lucien Clergue.

Ainsi, pour sa 45e édition, le festival recevra Lucien Clergue, fondateur des Rencontres internationales de la Photographie, Arlésien depuis toujours et premier photographe élu membre de l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France. Le photographe, dont l’énergie débordante laisse difficilement croire qu’il fêtera à cette occasion ses quatre-vingts ans, se racontera dans une exposition à l’atelier de la Chaudronnerie autour du thème Les hommes et les femmes de Lucien Clergue.
Raymond Depardon, commissaire invité des 37e Rencontres, commémorera quant à lui le centenaire de la Première guerre mondiale en proposant un recensement des monuments aux morts photographiés dans les villages de France. Ce projet, qui sera exposé à l’église des Frères Prêcheurs, s’accompagne d’une vaste campagne participative, permettant à tous les photographes en herbe d’envoyer leurs photographies en respectant le protocole détaillé sur le site des Rencontres.

JPEG - 253.3 ko
Les enfants et la guerre : les troupes prennent un repos bien gagné tout en savourant les sucres d’orge distribués par l’opérateur, Paris, 5 septembre 1915. Autochrome. Photo : Léon Gimpel.

Luce Lebart, chargée des collections de la Société française de Photographie, proposera une sélection de clichés noir et blanc et d’autochromes de Léon Gimpel. Réalisées en août 1915 à Paris, ces photographies regroupées sous le titre La guerre des gosses montre un autre visage de la Première guerre mondiale, incarnée par les enfants de la rue Grenata.

JPEG - 154.6 ko
Couverture de pré-publication et sélection de pages intérieures de The Living China : A Pictorial Record, par Donald Mennie (Shanghai, Liang You Publishing Co., 1930).

Martin Parr, invité d’honneur de l’édition 2004 et grand collectionneur de livres de photographie, viendra présenter sept ans de collection de livres chinois. Accompagné dans sa sélection par l’équipe de photographes néerlandais WassinkLundgren, il proposera un voyage de 150 ans dans l’Empire du milieu dévoilant la richesse de la production chinoise et les bouleversements qui ont marqué l’histoire du pays.

Christian Lacroix sera également de la partie autour du thème de l’Arlésienne, qu’il présentera dans la chapelle de l’hôtel Jules César rénovée, tandis que Joan Fontcuberta proposera au musée de l’Arles Antique un cas d’étude de la photographie d’avant-garde autour d’une sélection d’œuvres de la collection Trepat. S’ajoutent à ces grands noms qui ont marqué l’histoire des rencontres la sélection d’Erik Kessels, Small universe, autour de la photographie documentaire hollandaise, celle de la collection William Hunt Foule ou encore Le panorama, miroir de la bureaucratie céleste de la collection Claude Hudelot, ainsi que la rétrospective du Prix Pictet ou encore la traditionnelle exposition de l’École nationale supérieure de la Photographie d’Arles.

Du sang neuf !

Mais l’édition 2014 du festival, ce n’est pas que cette programmation qui résonne comme un salut final de François Hébel et qui pourrait laisser planer un vent de nostalgie. C’est aussi une programmation inédite de photographes, d’artistes ou de collectionneurs que le directeur souhaitait particulièrement présenter au public avant de tirer sa révérence.
Parmi les artistes qui seront présentés durant tout l’été à Arles, on retiendra l’exposition de David Bailey, organisée par la National Portrait Gallery de Londres. Bailey’s Stardust réunira à l’église Sainte-Anne une sélection des plus beaux portraits du photographe britannique, qu’il s’agisse d’acteurs, d’écrivains, de musiciens ou de mannequins publiés dans les plus grands magazines de mode, ou des anonymes rencontrés en voyage.

JPEG - 194.6 ko
Mick Jagger, 1964. Photo : David Bailey.

Le portrait sera également à l’honneur avec les photographies de Patrick Swirc dont on se souvient qu’il a déjà fait le voyage jusqu’à la cité provençale avec Christian Lacroix en 2008 pour la projection de son travail personnel Lettre à Claire. Cette année, les murs de l’abbaye de Montmajour et de la chapelle Saint-Jean du Moustier recevront donc ses portraits pour une exposition intitulée Don’t Move.
On le connaît plutôt comme acteur, célèbre pour ses rôles dans Cyrano de Bergerac, Indochine, Fanfan la tulipe ou Le bossu ou comme réalisateur, mais moins comme photographe. Pourtant François Hébel aime souligner que ce n’est pas parce qu’il a étudié au Centre Dorey à Vevey mais bien pour sa « maîtrise du portrait et la créativité de ses mises en scène » que Vincent Pérez mérite amplement que le festival consacre à son projet Face à face un espace à l’abbaye de Montmajour.
Denis Rouvre proposera à l’église Saint-Blaise l’exposition Identités, territoires de l’intime, fruit de deux années de pérégrination d’un bout à l’autre de l’hexagone, dressant un portrait grave et touchant de la société française.

JPEG - 388.4 ko
Bain de soleil, série Album, 2014. Photo : Vik Muniz, avec l’aimable autorisation du Vik Muniz Studio, New York et Rio de Janeiro, et Sikkema Jenkins & Co, New York.

Dans cette programmation riche d’une cinquantaine d’expositions et de stages, on retiendra également les travaux Album et Postcards From Nowhere de l’artiste brésilien Vik Muniz, à qui la photographie sert de support pour une réflexion autour de la mémoire collective et du temps, ou encore les photographies empreintes de surréalisme du photographe espagnol Chema Madoz exposé au Magasin Électrique.
La série sera évoquée par les photographies de la collection Arthur Walther à l’espace Van Gogh tandis que Daile Kaplan proposera dans Pop Photographica une sélection d’objets ornés de photographies, genre très populaire aux États-Unis.

JPEG - 159.8 ko
Dieter Appelt, Der Fleck auf dem Spiegel, den der Atemhauch schafft (La Marque de respiration sur le miroir), 1977. Avec l’aimable autorisation de la Collection Walther et de la galerie Kicken Berlin.

Si la programmation 2014 est donc moins thématique que les années précédentes, cette 45e édition des Rencontres d’Arles sera tout de même très riche. Elle va s’articuler autour des expositions, réparties dans les superbes bâtiments classés au patrimoine mondiale de l’humanité, mais également et comme les années précédentes, autour de conférences, de débats, de colloques, de stages et de lectures de portfolios.

La semaine d’inauguration se déroulera du 7 au 13 juillet, mais les expositions resteront accessibles au public jusqu’au 21 septembre inclus.

- Tous les détails sur www.rencontres-arles.com

Cet article vous a plu ? Notez le et partagez le sur les réseaux sociaux !



Commenter cet article

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.