Tout savoir pour réaliser, optimiser et diffuser ses photos

Baignade glaciale ou le sauvetage d’un 18-200 mm !

26/07/2008 | Camille Fresser

Le 31 septembre 2007, par une journée grise et venteuse, je passe accidentellement à travers la banquise, fragilisée par le retour du soleil et la hausse des températures.

Il a fortement neigé, il est difficile de détecter les « rivières », ces failles créées par le mouvement des plaques de glace dues aux marées. C’est une zone dangereuse, j’y avais observé des cassures quelques jours plus tôt, mais l’épaisseur de neige a radicalement changé le paysage et je ne reconnais plus les lieux. Nous avançons en aveugle et soudain… Patatras… !!! La banquise cède sous notre poids, nous sommes brutalement immergés dans une eau à -1,8°…

A peine ais-je le temps de remarquer que je suis intégralement immergé, je dirige mes yeux sur mon ventre, l’appareil est là, sous un mètre d’eau… l’angoisse ! Les débris de glace flottent autour de moi, je me débats dans ma combinaison qui se gonfle comme une éponge. Il faut sortir et vite ! En jouant des coudes avec les blocs gelés, je parviens à toucher un bord plus stable et tente de m’y glisser, péniblement.

L’adrénaline dans ce genre de situation vous donne des ailes, je parviens je ne sais comment à me hisser hors de l’eau et cours sur une dizaine de mètres avant de me délester de tout mon matériel. Je retourne sur mes pas, tout le monde s’en est sorti et chacun tente de retrouver ses esprits. Il faut rentrer, d’urgence. J’ai le réflexe d’enlever la batterie de l’appareil photo, mais hélas je suppose qu’il est trop tard. Il fait -24° dehors, le vent souffle modérément (30 km/h) et la sensation de froid est terrible (-45° environ). Plus de 2 km nous séparent de la base et d’une douche bien chaude, je presse le pas pour éviter les gelures et me mettre en sécurité. Nous arrivons tous sains et saufs. Belle frayeur pour les hommes, et du matériel photo en piteux état.

A peine arrivé, je rince délicatement le boitier et l’objectif à l’eau douce, pour le débarrasser de sa couche de gel et du sel qui commence à se cristalliser. Une douche tiède et rapide, des vêtements chauds et secs, et me voici lancé dans une opération de sauvetage désespérée de mon Nikon ! Le prochain bateau arrive dans deux mois, il n’y a aucun fournisseur à moins de 2 700 km, et c’est la période des naissances de bébés phoques… Je suis désemparé, dégouté et terriblement déçu de ne plus avoir le D200 pour immortaliser le retour du printemps…

Je descends à l’infirmerie de la base, le médecin m’installe dans la salle d’auscultation qui jouxte le bloc opératoire. Armé d’eau distillée, de cotons tiges et autres linges secs, je commence un long et fastidieux nettoyage du D200 et de l’objectif 18-200 mm. Je n’ose rien mettre en route pour l’instant, le doute est insoutenable mais je préfère attendre…



L’avantage du 18-200, c’est qu’on peu démonter facilement l’épais groupe de verres asymétriques situés à l’avant (il se dévisse, mais attention à ne pas perdre ou endommager les fines rondelles de calage). Je constate que du sel a déjà colonisé l’intérieur et je fais donc délicatement couler de l’eau pure (distillée) avec une pipette. Après une heure de soins intensifs, je décide de placer tout le matériel, carte mémoire et batteries comprises, dans une étuve médicale chauffée à 40°, et de l’y laisser sécher au moins 48 h avant de tenter une réanimation… En attendant, une amie me prête un petite boîtier Nikon D50 pour suivre les naissances de phoques de Weddell... Ce n’est que deux semaines plus tard que je me décide enfin à sortir le matériel du « four ».

Pas de surprise concernant le D200, l’électronique est sévèrement endommagée (court-circuit ?) et même si l’écran affiche brièvement quelques paramètres restés modifiables, il est impossible de démarrer pleinement l’appareil. En revanche, le zoom 18-200 mm a survécu à la noyade et à la chirurgie réparatrice : le stabilisateur est légèrement plus bruyant mais fonctionne, la motorisation est intacte, l’autofocus n’a rien perdu de sa superbe et il n’y a pas de traces sur les lentilles. C’est du solide ! Je le monte sur le D50, ça fonctionne parfaitement. Évidement la perte de qualité vient désormais du boîtier, mais c’est mieux que rien ! En attendant un nouveau reflex, je repars à la chasse aux images…

Cet article vous a plu ? Notez le et partagez le sur les réseaux sociaux !



Commenter cet article

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Messages

  • C’est trop tard, mais un bon sac de congélation peut faire l’affaire pour la prochaine fois !!!

    bravo quand meme pour ces photos

  • Bravo au photographe ! Fascinant d’un bout à l’autre.

    Pour ce qui est de l’expérience aquatique : autre latitudes, même conséquence !

    Un faux pas en montant dans un canot pneumatique et la croisière en mer / petit tour de l’ile D80/18-200 se transforme en soupe à la grimace.
    Pas osé rincer l’appareil à l’eau, non plus que l’objectif. Retiré la batterie, séché le tout. Pas osé démonter l’objectif. Batterie donnant ... 0 V au voltmètre (puis voltmètre qui disjoncte), nouvelle batterie. L’appareil ne démarre pas. Une tache de sel à l’intérieur de la lentille frontale de l’objectif. Solitude et actes héroïques au sèche cheveux...
    Conseil technique Digit Photo, SAV Nikon à champigny sur marne. Le D80 est définitivement corrompu (normal, de retour d’une ile sur une république bananière ?). L’objectif sera sauvé moyennant 50% du prix du neuf.

    Une seconde d’inattention par 1m de fond (se retrouver assis sur le sable, de l’eau tiède jusqu’au cou, l’appareil à la main, est une expérience ... riche, malgré la rapidité de l’action). La housse lowepro n’a rien pu faire, l’optimiste impénitent est puni. On peut mourir en 1 seconde quand on est un D80.

    Le bonheur aura été de le remplacer par un D90 : le jour et la nuit, le capteur qui va bien, la gestion du bruit qui fait un pas de géant ... et le 18-200 pas rancunier.

    Partage d’expériences ...