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Course du soleil, le 21 juin

26/07/2008 | Camille Fresser

Le 21 juin dans l’hémisphère sud correspond au solstice d’hiver. Pour certaines contrées de l’Antarctique, l’hiver dure plusieurs mois sans soleil A Dumont d’Urville, sur la côte de Terre Adélie, il fait toujours jour, du moins quelques heures.

Dans cette période où l’obscurité règne en maitre au-delà du cercle polaire Antarctique, le lever et le coucher du soleil sont plus que jamais des évènements importants pour les hommes et femmes partis vivre en ermites. Sujet de conversation durant des semaine, objet d’un timbre spécial, ce « jour le plus court » fut l’occasion pour moi de tester l’intervallomètre du D200 et le large champ de vision de mon 18-200 mm. D’après les éphémérides solaires que m’avait adressées le laboratoire spatial LEGOS (données fournies par le Bureau des Longitudes), nous aurions 1 h 40 de jour, le 21 juin. En comptant les phases d’aurore et de crépuscule, il me fallait donc prévoir une plage horaire d’au minimum 3 h pour réaliser ce montage.

Première étape, repérer un endroit abrité visant le midi solaire, l’azimut où le soleil sera le plus haut. Tout naturellement dans l’hémisphère Sud, il s’agit du Nord. Je décide donc d’installer mon trépied sur une plateforme métallique héritée d’un ancien bâtiment démonté. Coup de chance, c’est à quelques mètres seulement de mon bureau (observatoire de géophysique) et je pourrais alors contrôler que tout fonctionne correctement en faisant de brefs allers-retours (en pantoufles).



Installé sur une plateforme donnant plein Nord, le trépied est solidement fixé sur la grille. A quelques pas de mon bureau, cet endroit de la base est idéal pour mettre en scène la course du soleil.

Deuxième étape, vérifier les azimuts de lever et coucher de l’astre sur les éphémérides et tenter de trouver des repères physiques dans l’espace. Muni d’un compas, je relève ces positions en prenant des amers à l’horizon. Les « tours de Babel » à droite pour le levant (c’est ainsi que nous surnommions l’iceberg à deux pointes), un gros iceberg tabulaire à gauche pour le couchant. Il seront mes repère le jour J, lors de l’installation de l’appareil sur la rotule du trépied et du cadrage. Par chance, les 78° d’ouverture angulaire du 18-200 mm me « course du soleil à l’horizon. C’est même un peut trop large, donc je décide de mettre la bague de zoom sur 24 mm (36 mm, équiv. 24 x 36).

Les heures données dans les éphémérides sont fournies en GMT (Global Mean Time, Greenwitch). Je me suis donc créé un fichier Excel pour transformer automatiquement toutes ces données en heure locale (TU+10, ou GMT+10). Cela m’a aussi permis d’avoir les éphémérides de toute l’année, de précieux renseignement pour prévoir d’autres photos.

Troisième étape, la programmation de l’intervallomètre. Certains avaient bricolé des déclencheurs électroniques pour l’occasion, moi je n’avais qu’à utiliser cette fonction du D200 (également disponibles sur les D300, D3 et D700). Connaissant avec précision les heures de passage, je programme donc l’appareil pour un déclenchement toutes les cinq minutes, de manière à photographier les principales phases de la course (aurore, midi, crépuscule).

N’étant jamais certain de la météo, ne voulant pas courir le risque de rater le coche le 21 juin, je décide de faire un test la veille.



Recouvert de deux épaisseurs de couverture de survie, le D200 est protégé du vent, du froid et des probables projections de neige soufflée. Deux chaufferettes placées à proximité du bloc batterie améliorent l’autonomie du dispositif et donc l’intervalle de temps alloué à cette expérience digitale.

Dernière étape, afin de protéger le boîter du froid et préserver l’autonomie des batteries, j’enveloppe le D200 dans un morceau de couverture de survie et insère deux chaufferettes thermiques autour du compartiment batterie (articles disponibles dans les enseignes Au Vieux Campeur). L’objectif restera dehors, maintenant il a l’habitude ! Et puis j’ai remarqué qu’il pouvait se former de la buée à cause des chaufferettes, donc je privilégie la netteté quitte à faire souffrir un peu plus mon 18-200 mm. Au final il aura passé une bonne centaine d’heures exposé à des des températures comprises entre -20° et -30°, et il fonctionne toujours à merveille…

Le vent étant souvent présent et fort, je m’arrange pour abaisser au maximum le centre de gravité du trépied (en élargissant l’angle des jambes et en n’utilisant que la plus courte hauteur), et je rajoute de l’adhésif renforcé (aluminium) pour solidariser l’ensemble avec la passerelle métallique qui me sert de base. Tout est en place, le ciel rosit, il est 11 h 10 du matin, la nuit va s’estomper… quelques temps !

« Clac », 11 h 11 le premier déclenchement à lieu avec la précision d’un coucou suisse ! J’adore ce bruit ! Inquiet, je patiente jusqu’à 11 h 41 : tout va bien et l’intervallètre est complètement synchronisé avec l’horloge de temps universel de l’observatoire de géophysique. Ouf, je peux partir serein prendre l’apéro avec mes camarades de mission qui célèbrent déjà le 21 juin. À 14 h après le café, je remet le nez dehors pour récupérer le matériel. Le suspens commence… Je retire la CompactFlash qui est glacée et la place dans une de mes poches. J’ai oublié de remettre des gants, le trépied me colle aux mains. Je le range dans le sas d’habillement du bureau, et place l’appareil dans une poche plastique pour le protéger de la condensation. J’allume le Mac Book Pro et transfert les images sur un disque dur externe. Tout a fonctionné, dernière image prise à 13 h5 6, les batteries ont tenu la distance malgré le froid pinçant.

Quelques heures de Photoshop et le montage prend forme. Je suis satisfait, paré pour le jour J.

[Nikon D200 + Nikon AF-S VR 18-200 mm
24mm (36 mm, équiv. 24 x 36) – 1/400e - f/5,6 – 200 Iso – Mode Manuel] Intervalmomètre programmé (5 min) et montage de huit images sous Photoshop.


Le 21 juin, grande déception pour beaucoup, le ciel est très couvert, le soleil ne percera pas. J’ai bien fait de faire un test la veille ! Il en sera de même les 22 et 23… Qu’importe, c’est le début de la Midwinter, une fête célébrée par toute les bases polaires durant cette semaine la plus sombre. Elle se termine à la Saint-Jean avec un grand feu de joie sur la banquise.

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