Publié le : 16/09/2009
Par : Laurent Katz

Frankencamera, un appareil photo en open source

16/09/2009 - Il ne faut pas se leurrer, dans un appareil photo numérique compact, la vraie vedette n’est pas l’objectif, pas plus que le capteur ou l’écran. C’est le processeur, plus ou moins placé sur le devant de la scène par les marques. Alors pourquoi ne pas le rendre configurable par l’usager ?


Marc Levoy, initiateur du projet, et Andrew Adam, étudiant participant au développement de la Frankencamera (nommée ainsi parce qu’elle est vraiment moche, à des années-lumières des canons esthétiques du genre).

On ne voit pas Canon, Nikon, Panasonic ou Sony vendre un APN avec un manuel de programmation et un kit de développement. Une telle idée ne peut émaner de l’industrie… mais plutôt du milieu universitaire. C’est ce que s’est dit Marc Levoy, professeur d’informatique et d’ingénierie électrique à l’Université américaine de Standford, qui avance sur le projet « Frankencamera » (vous avez raison de penser à Frankenstein… on peut être scientifique et avoir l’humour potache !). Il a mis en branle la conception d’une plateforme peu onéreuse, destinée à ceux que la computational photography intéresse.

La computational photography ? C’est une discipline informatique que vous connaissez bien... sans forcément le savoir. Par exemple, l’HDR, qui consiste à fusionner et aligner plusieurs photos exposées différemment pour obtenir une image avec des détails dans les ombres et les hautes lumières. Pour s’affranchir des limitations dynamiques du capteur. C’est aussi une technique consistant à regrouper de très nombreuses images prises avec des réglages de distance différents, pour obtenir une macrophotographie à la profondeur de champ élargie. D’elle relève également la correction des défauts optiques (distorsion, aberrations chromatiques, franges colorées, vignetage…) telle que la pratiquent DxO (par voie logicielle sur un ordinateur) ou Panasonic (dans ses appareils au travers du processeur Venus Engine). C’est encore le D-Lighting de Nikon, qui relève le niveau des ombres.

Alors, imaginez que ce soit vous qui puissiez introduire dans le processeur de l’appareil un algorithme de votre cru… si vous êtes étudiant en imagerie, chercheur, photographe et programmeur passionné. Imaginez aussi un portail Internet où vous pourriez composer un firmware avec une base commune, complétée par des modules de traitements proposés par des développeurs du monde entier ou par les vôtres. Pour les injecter dans un appareil tournant sous Linux. Séduisant, non ? On est loin de la photo pure et dure, mais peut-on dire que celui qui se crée un synthétiseur de sons virtuel est loin de la musique. Voire mieux, si à l’image des plates-formes Web, comme l’AppleStore, vous pourriez demander le téléchargement du rendu d’une pellicule Tri-X, poussée à 800 Iso, avec paramétrage du grain. Télécharger un utilitaire pour gérer des configurations utilisateurs. Acheter à prix modique un mini DxO ou un composeur de panorama ! Utopique ? Pas tout à fait.

La Frankencamera a été faite de bric et de broc, avec des composants neufs ou de récupération, plus une optique Canon EF

Revenons à Marc Levoy et à ses étudiants, qui, avec la participation du Laboratoire de recherche de Nokia, situé à Palo Alto, développent le projet Camera 2.0 et la Frankencamera. Cette dernière repose sur une carte-mère émanant de Texas Instruments, animée par Linux et comportant quelques processeurs, et un LCD dorsal. Le capteur vient d’un téléphone portable Nokia N95 et l’optique est un objectif Canon destiné à la gamme EOS. Le boîtier a été fabriqué à l’université, intégrant des actuateurs pour piloter le tout, certains récupérés sur des appareils photo hors service.

Adobe, Nokia, Kodak, Hewlett-Packard et Walt Disney supportent le projet. HP et Kodak apportent même leur aide à deux étudiants qui y travaillent. À terme, une industrialisation est envisagée – si des soutiens financiers sont obtenus – pour une production en masse permettant de proposer l’appareil, à prix coutant, pour moins de 1 000 $ à d’autres universités.

On est encore loin d’un appareil grand public, mais on comprend mieux le nom du projet, Camera 2.0, à l’image du Web 2.0. La mise à contribution de chacun autour d’un projet commun, au service de tous. C’est encore une fois une nouvelle direction que propose le monde du logiciel libre (l’open source) après le système d’exploitation (Linux), la bureautique (Open Office) ou l’imagerie (The Gimp). Il faudra toujours acheter une base matérielle, mais le meccano logiciel que le concept initie est des plus séduisants. Il intègrera, dès la prise de vue, des techniques existantes (ou non !) sur des appareils de marques commerciales différentes ou seulement accessibles au travers de logiciels spécialisés.

À signaler l’existence d’une caméra vidéo, l’Elphel 353, déjà commercialisée et reposant sur le logiciel libre, et du projet Elphel 373 dont la réalisation matérielle est en voie d’achèvement. Toutes les infosici

- Le projet Camera 2.0
- L’appareil photo Frankencamera

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