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Fujifilm GFX 50S : premières images en attendant le verdict

20/02/2017 | Jean-Marie Sépulchre

Notre test complet paraîtra dans le numéro 94 de MDLP, le mois prochain. Nous vous proposons une première prise en main en attendant, avec un descriptif des premières images.

Le Fujifilm GFX 50S, annoncé à la Photokina 2016 et présenté en détail sur notre site au mois de janvier va débuter sa commercialisation en mars. En lançant une gamme d’appareils au format APS avec l’affirmation qu’ils rejoindraient la qualité du 24 x 36 - défi presque totalement relevé avec la généralisation du capteur X-Trans de 24 millions de pixels et surtout la meilleure gamme optique du marché pour ce format – Fujifilm se condamnait à inventer autre chose pour atteindre la très haute définition… soit rejoindre ses concurrents en 24 x 36 entre 40 et 50 millions de pixels, ce qui nécessitait de toute façon de créer une nouvelle gamme optique, soit sauter un cran et lancer un haut de gamme avec un autre type de capteur. En annonçant à la Photokina 2016 un nouveau système hybride basé sur l’excellent capteur 33 x 44 mm Sony de 51 millions de pixels, le constructeur sautait le pas avec un boîtier destiné aussi bien au baroud qu’au studio, même si on peut penser que les photographes de mariage ou de reportage social lui trouveront beaucoup d’atouts… le premier étant le prix, nettement plus serré que celui de ses concurrents reflex Phase One et Hasselblad. Dans son positionnement tarifaire, il se situe au niveau du Pentax 645 Z, mais le concept et la prise en main sont vraiment différents : le Pentax descend en droite ligne des argentiques à miroir de la marque, le Fujifilm GFX 50S s’inspire d’un XT-2 ayant suivi de sérieuses séances de bodybuilding et il est doté, comme son petit frère, d’une construction en magnésium et d’une protection tout temps avec 58 joints d’étanchéité. De fait, il se manie à main levée comme un reflex 24 x 36, pesant 920 g avec son viseur électronique amovible, à comparer aux 930 g d’un Canon EOS 5DSR de même définition. Le Pentax 645 Z se situant à 1 550 g.

En avant-première de l’essai qui paraîtra dans le n° 94 du Monde de la Photo, mi-mars, voici quelques premières impressions d’une prise en main déjà très instructive.

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L’auteur et le rare GFX 50S

Un système en devenir

L’étape délicate à franchir pour un nouvel entrant sur le marché – ici sur le segment haut de gamme, car la réputation de Fujifilm n’est plus à faire en format APS – est celle du parc optique disponible. Le constructeur vise une catégorie de photographes qui souhaitent utiliser de hautes définitions et réaliser de grands agrandissements, avec un rendu d’image différent de celui des plus petits formats, et positionne son appareil autour de 8 500 € avec un objectif de base équivalent à 50 mm en 24 x 36, il se retrouvera face à Pentax qui vend son 645Z à un tarif comparable, alors que le X1D Hasselblad dépasse les 11 500 € avec un équivalent 35 mm, l’équivalent 50 mm n’étant pas encore disponible. Cependant, les objectifs de reflex Hasselblad peuvent se monter sur le X1D et surtout Pentax propose un parc d’objectifs très importants, les anciennes séries argentiques restant compatibles sur le boîtier numérique. Fujifilm a donc le handicap de devoir commercialiser vite une gamme complète d’optiques, même si des bagues d’adaptation permettront d’utiliser des optiques tierces, mais sans autofocus.

Lors du lancement le GFX dispose de trois objectifs, le standard 63 mm f/2,8 et le macro 120 mm f/4 (le seul à être stabilisé) et d’autre part le zoom 32-64 mm f/4. Les cadrages équivalents 24 x 36 sont de 25-51 mm pour le 32-64 mm et 95 mm pour le 120 mm. Nous avons pu les tester en avant-première même si ce sont des produits de pré-série. Le piqué a été calculé sur la base de Jpeg de style standard, les logiciels de conversion des Raw n’étant pas encore disponibles. Globalement, la netteté est toujours de haut niveau, de très bon à superlatif selon les focales et les ouvertures. Seule la zone des angles est en net retrait à la focale de 46 mm sur le zoom, dans tous les cas le piqué est superlatif sur tout le champ aux ouvertures moyennes. Le vignetage n’est jamais gênant et l’aberration chromatique quasi invisible, le seul petit défaut noté est une distorsion en coussinet (-0,15%) un peu forte sur le 120 mm macro qui peut être utilisé pour faire des reproductions d’œuvres d’art ou de documents, un peu de post-traitement sera nécessaire. Le GFX 50S propose plusieurs types de cadrage reprenant les proportions des différents formats argentiques et une vidéo Full HD, le boîtier dispose de branchements pour micro et casque stéréo.

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Carte de piqué des focales fixes pour le format 62 × 83 cm. Les cases bleues figurent les meilleurs résultats.
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Carte de piqué du zoom pour le format 62 × 83 cm. Les cases bleues figurent les meilleurs résultats.

Prise en main et ergonomie

Traditionnellement les reflex moyen format, notamment tous les systèmes 645 ont une forme allongée compte tenu de l’épaisseur du dos (interchangeable ou fixe) et de la taille de la cage-miroir qui induit un tirage mécanique qui peut aller de 6 cm à 8 cm pour des boîtiers compacts à plus de 10 cm. Même si l’écran arrière du GFX est proéminent et que l’oculaire du viseur électronique est épais, on retrouve un encombrement proche de celui d’un reflex numérique 24 x 36, avec une poignée pourvue d’un large bossage à l’avant et un repose pouce très bien conçu à l’arrière. La batterie se loge à gauche du boîtier, il est préférable d’en avoir plusieurs, car le constructeur avance une autonomie de 400 images. Une trappe dotée d’un verrou donne accès à droite à un double slot SD. Mettre l’œil au viseur permet de découvrir une grande image, la définition atteint 3,4 millions de points et le grossissement équivalent 50 mm 24 x 36 est de x0,85. En définition seul Leica fait mieux avec le SL, alors que l’Hasselblad X1D tout comme les Sony A7 ont adopté la dalle de 2,4 Mpts moins précise. L’autofocus à détection de contraste sur le capteur est actif sur presque toute la surface avec 425 points, ce qui change radicalement la donne vis-à-vis des systèmes à miroir dont la mise au point est toujours très centrée. Nous ne sommes pas fans, enfin, de la visée sur écran arrière, mais le fait qu’il soit articulé autorise des prises de vues au ras du sol ou dans des positions peu communes, et sa définition de 2,38 Mpts lui permet aussi d’être très efficace pour contrôler la qualité des images.
L’ergonomie de base surprendra peu les habitués des hybrides Fujifilm, notamment du XT-2, avec les deux gros barillets avec verrou de sécurité pilotant à gauche la sensibilité, à droite les vitesses, mais le petit barillet de correction d’exposition a disparu, remplacée par un écran noir et blanc affichant les réglages. L’exposition se corrige dès lors avec la molette arrière, une petite touche près du déclencheur l’active. Un bref apprentissage sera nécessaire d’autant que beaucoup de commandes et touches de fonction sont personnalisables. On découvre au fil du catalogue et des options de commande que le GFX est doté du WiFi et permet la géolocalisation des images en lien avec un smartphone.

Sur le terrain

Quand on est habitué à 24 x 36 reflex pro ou à un « gros » hybride comme le Leica SL, l’encombrement et le poids du GFX ne choque pas et on prend rapidement ses marques. L’appareil semble cependant parfois un peu lent, l’autofocus à détection de contraste est très précis, mais pas toujours ultra réactif, et la prise de vue en rafale à 3 images seconde n’est pas vraiment ciblée sport, mais suffisante pour saisir des changements d’attitude d’un modèle en portrait. Nous avons hélas disposé de peu de temps pour notre test… une seule journée ensoleillée pour éloigner l’appareil de la mire ! Dans ces conditions, les conclusions seront partielles, mais ce qui est certain, c’est que le rendu d’image s’inscrit dans la lignée de ce que nous connaissons de Fujifilm et la combinaison entre netteté et flou est encore plus modelée qu’avec un 24 x 36 de 50 Mpxl. Pour obtenir une netteté maximale, il est prudent de prendre garde au moindre micro-bougé, qui ne pardonne pas compte tenu de la résolution optique du capteur (93 paires de lignes au mm) et donc de choisir des vitesses de sécurité plus élevées, par exemple au moins le double de la focale équivalent en 24 x 36.

L’attrait du style argentique

Fujifilm est fidèle à ses traditions en proposant des réglages très précis et poussés des fichiers Jpeg, notamment en matière de tonalité des lumières, des ombres, saturation des couleurs, netteté des détails, réduction du bruit… en test de base nous avons laissé toutes ces commandes à zéro avec des résultats toujours satisfaisants, mais il est possible de personnaliser son image dès la prise de vue. On peut aussi le faire juste après, car l’outil interne de conversion des Raw du GFX donne également accès à toutes ces commandes avec de multiples réglages et la capacité d’appliquer les profils de films très facilement.

Le vrai « plus » du traitement Fujifilm par rapport à ses concurrents réside dans les profils de films argentiques disponibles pour simuler des rendus particuliers d’émulsions. Les trois variantes de films inversibles « pro » qui ont fait la réputation de la marque sont là, en standard le rendu d’image est celui de la Provia, assez neutre, on dispose aussi du style Velvia, très saturé, et Astia, lumineux et transparent… mais Fujifilm rend aussi un certain hommage à son grand rival des grandes années diapos, avec le profil Classic Chrome qui peut faire nettement penser à la célèbre Kodachrome 25, dès lors que l’on pousse un peu plus la saturation. On dispose de deux simulations noir et blanc, dont l’excellent film Acros de la marque et d’une sépia, l’offre en négatif couleur est plus réduite avec les deux films pro standard et contraste, prévus pour le portrait, inspirés des pellicules Fujicolor Pro 160 NS et C. Du grain argentique peut être inclus à la prise de vue ou lors de la conversion des Raw dans le boîtier, si l’on n’est pas certain de l’effet à obtenir il est préférable, surtout si l’on découvre le rendu d’image numérique Fujifilm, d’opter pour la seconde solution. C’est le cas de notre exemple de paysage à 200 Iso qui a été converti dans le boîtier pour être certain de n’avoir aucune variation d’exposition entre les différents profils. Les effets sont à la fois fidèles au rendu argentique et discrets, la granulation s’inspire de celle des films en moyen format. Certes on peut obtenir encore mieux avec un logiciel très spécialisé, mais ce rendu Fujifilm reste exclusif dans cette catégorie d’appareils et pourra faire la différence vis-à-vis de clients un peu lassés du rendu « trop numérique ».

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Rendu de base standard simulation film Provia
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Rendu de base standard simulation film Velvia
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Rendu de base standard simulation film Astia
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Rendu de base standard simulation film « Classic Chrome »
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Rendu de base standard simulation film Acros

Le contrôle de la dynamique est un atout de Fujifilm depuis le lancement en 2005 du S3 Pro, même si la procédure est devenue exclusivement logicielle alors que sur le reflex doté d’un CCD il exploitait des photosites de sensibilité différente. Il est possible de sélectionner une dynamique de 100 %, 200 % ou 400 %, avec comme restriction que la sensibilité minimale doit coïncider avec la dynamique, soir 400 Iso sur la position 400 %. Sur le GFX un bon compromis par défaut semble être la position 200 %, on constate d’ailleurs que c’est souvent le choix de l’appareil en position « dynamique automatique ». Notre exemple montre que l’effet du changement de dynamique sur une prise de vue à 6 400 Iso s’applique surtout sur les taches de lumière à gauche du chœur de l’église.

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Dynamique 100 %
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Dynamique 200 %
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Dynamique 400 %

Les hautes sensibilités sont pleinement disponibles sans granulation quand on ne cherche pas un effet argentique, on sera cependant attentif au fait qu’en dynamique 400 % le processus mis en œuvre par l’appareil va consister à sauver les hautes lumières et faire remonter les ombres logiciellement, d’où le risque de voir remonter un peu le grain dans ces zones.

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Contre-jour à 3 200 Iso

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Portrait par temps gris, 120 mm ouvert à f/4, 1 600 Iso et extrait 100 % écran

Sur notre test de base « Nesie » en haute sensibilité maximale de base, soit 12 800 Iso, on observe peu de dégradation de la structure de l’image, avec la montée d’un grain très léger observable à 100 % écran mais quasi-invisible sur un tirage papier brillant au format A1. Les contours seront néanmoins un peu moins nets qu’à 6 400 Iso, grade qui ne présente pas plus de granulation qu’un film argentique moyen format à 100 Iso. Les extraits qui suivent correspondent à un tirage du fichier d’origine – Jpeg style Provia – à 300 ppp, soit une image de 75 cm de large sur papier photo.

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Scène de test



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Extraits de l’image de test

Premier hybride moyen format visant à constituer un système évolutif, le Fujifilm GFX 50S se situe plus en concurrent du reflex Pentax 645Z que des boîtiers Hasselblad et Phase One qui sont beaucoup plus onéreux et disposent de dos interchangeables permettant de profiter de plusieurs définitions de capteur. Son faible tirage optique lui offrira certainement l’opportunité d’accueillir à terme maints objectifs moyen format à mise au point manuelle, dès maintenant son positionnement tout temps et ses accessoires peuvent séduire non seulement des professionnels qui partagent leur temps entre studio et terrain, mais aussi des amateurs experts qui souhaiteraient « aller plus loin » que ce leur permet le 24 x 36. Son atout immédiat est sa fidélité à la qualité d’image en Jpeg qui a fait une grande partie de la réputation de la marque et sa capacité à produire sans souci des rendus de style argentique. Et nos essais ont montré que cette qualité est conservée en hauts Iso, on pourra faire des photos de mariage à 1 600 Iso avec moins de grain qu’avec le négatif 160 Iso dans un 645 argentique, et en reportage 6 400 Iso reste une valeur totalement exploitable.

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