Tout savoir pour réaliser, optimiser et diffuser ses photos

Genesis, exposition magistrale signée Salgado

28/09/2013 | Benjamin Favier

La Maison européenne de la photographie expose le dernier projet du grand photographe brésilien, qu’il a mis huit ans à réaliser avec sa femme. Un travail colossal, mené aux quatre coins du monde, qui s’impose comme un magnifique hommage à notre planète. Après le livre, superbe, édité par Taschen, l’exposition itinérante homonyme arrive à Paris. À voir dès à présent, jusqu’au 5 janvier 2014.

« Excusez-moi, j’ai été un peu long ! » Quand il prend la parole, devant une quarantaine de journalistes, en préambule d’une visite guidée de Genesis, à la Maison européenne de la photographie, Sebastião Salgado se montre intarissable. Le photographe brésilien évoque pendant de longues minutes différentes problématiques liées à l’écologie. Fait de grands gestes. Parle avec vigueur de son projet de récupération d’une petite partie de la Forêt Atlantique au Brésil, qu’il mène depuis les années 90 avec Lélia, son épouse, présente à ses côtés.


Aux confins du Sud. Manchots à jugulaire (Pygoscelis antarctica) sur un iceberg entre les îles Zavodovski et Visokoi. Îles Sandwich du Sud, 2009.
© Sebastião Salgado

Au lieu de s’attarder sur le volet photographique, il souligne la dimension environnementale du projet, qui l’a amené à parcourir trente-deux pays, sur une période de huit ans avec son équipe (Lélia et Sebastião ont créé l’agence Amazonas Images en 1994) : « Nous n’avons pas été dans ces différents endroits en tant que journalistes, anthropologues ou scientifiques de telle ou telle branche. Nous y sommes allés par curiosité, par envie. Nous nous sommes concentrés sur les parties minérales et végétales de la planète. » Pour Lélia Wanick Salgado, qui en est la commissaire, cette exposition « met à l’honneur ces régions vastes et lointaines où, intacte et silencieuse, la nature règne encore dans toute sa majesté ».

État de nature

Sebastião Salgado, qui aime tant photographier les gens, a cette fois concentré son regard sur la nature, dans ce qu’elle a de plus brut ; du désert algérien à la péninsule du Kamchatka, jusqu’aux îles Sandwich du Sud, en passant par son pays natal, le Brésil : « J’ai été obligé de faire beaucoup de paysages, ce que je n’avais jamais fait auparavant. Jusque là je ne photographiais qu’un seul animal : nous. Là j’ai beaucoup photographié d’autres espèces. »


Afukaka, chef des Kuikuro, communauté du Mato Grosso (Brésil) et Sebastião Salgado, lors de la visite de l’exposition Genesis pour la presse à la Maison européenne de la photographie, le 24 septembre 2013. Photo : Benjamin Favier

Parmi les deux cent quarante-cinq clichés exposés figurent des jaguars, baleines, manchots à jugulaire, caïmans, gorilles ou iguanes. Mais aussi des communautés d’hommes, comme les Kuikuro, dans le Mato Grosso, au Brésil : Afukaka, chef de la tribu, surgit au deuxième étage de la Mep, torse nu, en jean, coiffé de plumes rouges et jaunes. « L’une des rencontres les plus marquantes de ma carrière », s’enthousiasme Salgado dans son français parfait, légèrement chantant, visiblement ravi et ému d’avoir pu faire venir son ami. « Même s’ils vivent dans un endroit très reculé, les Kuikuro connaissent très bien notre civilisation. Ils prennent trois douches par jour, ils sont plus propres que nous ! », plaisante le photographe. En arrière-plan, trône un portrait de cet homme à la carrure massive, habitué à « lutter », au sens premier du terme, au sein de sa tribu. Nonobstant l’excellente qualité du tirage, on jurerait que la photo a été prise au début du siècle dernier.

100 % noir et blanc

Ceux qui connaissent l’œuvre de Salgado le savent bien : le photographe brésilien ne jure que par le noir et blanc. L’intégralité des tirages est monochrome : « Je ne sais pas faire de photos en couleur. J’en ai fait à mes débuts, à Gamma, Sygma, même quand j’étais chez Magnum. La couleur pour moi, c’était très difficile. Quand je voyais un rouge vif ou un bleu intense, je savais qu’ils allaient être tellement forts sur l’image que j’étais déconcentré et je faisais moins attention à la personnalité, à la dignité des gens. »

Néanmoins, il a dû revoir sa manière de travailler, au cours de la réalisation du projet. À force de subir de multiples passages aux rayons X dans les aéroports, de nombreux films ont été détruits. Suite à un long retour de Sumatra, en Indonésie et au ras-le-bol de son assistant, Jacques Barthélémy, il décide de passer au numérique, sous les conseils de Philippe Bachelier (journaliste à Réponses Photo, spécialiste du noir et blanc, qui a collaboré au projet).


Vue du confluent du Colorado et du Petit Colorado prise depuis le territoire Navajo. Le parc national du Grand Canyon débute juste après. Arizona, États-Unis. 2010 © Sebastião Salgado

Salgado s’était pourtant épris du moyen format, avec lequel il avait entamé le projet : « Pour la première fois, j’ai fait du moyen format. Ce n’est pas du 35 mm. On est sur un format beaucoup plus carré. J’ai éprouvé un plaisir énorme. Il est plus facile d’organiser l’espace, de photographier avec ce format. » Pour finalement reconnaître qu’il a obtenu des résultats équivalents, voire meilleurs, avec le Canon EOS 1Ds Mark III. La qualité de l’ensemble des tirages lui donne raison et surtout, si l’on peut noter des nuances, cette transition technologique ne nuit en aucun cas à l’homogénéité de l’ensemble. Pour procéder à la sélection, il a tenu à tirer des planches-contact en noir et blanc, lui qui n’est pas familier des écrans : « Je voyage en regardant mes planches-contact monochromes exactement comme je le fais au moment où je photographie. Mon langage, c’est le noir et blanc. »

Informations pratiques

Genesis est organisée en cinq chapitres et autant de zones géographiques : « Aux confins du Sud », « Sanctuaires naturels », « Afrique », « Terres du Nord », « Amazonie et Pantanal ». L’exposition occupe plusieurs étages de la Maison européenne de la photographie (voir les horaires de visite sur le site de la Mep), ainsi que le sous-sol. La Maison Européenne de la photographie accueille Genesis jusqu’au 5 janvier 2014. Vous pouvez lire notre chronique du livre éponyme, édité par Taschen, dans le numéro 58 du Monde de la Photo.

Genesis a déjà voyagé à Londres, Rome, Rio et Toronto. Elle sera prochainement visible à Sao Paulo et Lausanne. Voici les dates de l’itinérance, publiées sur le site de la Mep :

- Museum d’Histoire Naturelle, Londres, 11/04-08/09/2013
- Sesc Belenzinho, Sao Paulo, 05-11/2013
- Musée Royal de l’Ontario, Toronto, 02/05-02/09/2013
- Musée de l’Ara Pacis, Rome, 15/05-15/09/2013
- Jardin Botanique, Rio de Janeiro, 28/05-25/08/2013
- Musée de l’Elysée, Lausanne, 21/09/2013-12/01/2014

- Le site de la Maison européenne de la photographie
- Le site d’Amazones Images

Cet article vous a plu ? Notez le et partagez le sur les réseaux sociaux !



Commenter cet article

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Messages

  • Salgado est un photographe que j’apprécie particulièrement.
    Par contre, les raisons qu’il avance pour expliquer son passage aux numériques et que certains médias relaient me font sourire...

    A propos de :

    "Pour finalement reconnaître qu’il a obtenu des résultats équivalents, voire meilleurs, avec le Canon EOS 1Ds Mark III."

    Que veut dire meilleur ? Cela n’a pas de sens car le protocole pour aboutir est différent, la finalité et le résultat de même...

    "La qualité de l’ensemble des tirages lui donne raison"

    C’est du blabla de verbeux !

    "Et surtout, si l’on peut noter des nuances, cette transition technologique ne nuit en aucun cas à l’homogénéité de l’ensemble."

    Une évidence car les deux technologies sont complémentaires...

    Vous êtes excellents pour nous parler de technologie, de matériel ; pour le reste je m’interroge.

    A titre d’information, je voyage toujours avec du numérique et de l’argentique au format 120...
    Je n’ai jamais eu à déplorer des films voilés.
    Effectivement, j’ai une méthode pour protéger mes films, méthode que j’ai découvert par hasard et que je ne peux dévoiler ici sans éveiller la curiosité de ceux qui font tout pour vous contrôler.

  • Salgado s’est explique la dessus dans un numero special de Réponse Photo hors serie consacré au noir et blanc.
    Ceci dit, j’ai vu des très grands tirages NB effectués a partir d’un canon FF et franchement, un bLad n’aurait pas fait mieux....
    C qui est interessant ici, ce n’est pas de décortiquer ce que salgado dit mais c’est sa demarche. Il a un œil et une vision (tout le monde n’a pas les deux), ça c’est l’important. Voyez ses photos, et vôus comprendrez. Dommage que son livre soit hors de prix.

  • Je pense que ceux qui dise que l’exposition et surtout les tirages sont homogènes sont tout simplement ceux qui n’ont pas vu l’exposition.
    On peut à coups sur dire quelle image est faite au numérique ou pas.
    Des le premier jour de l’expo de nombreuse photos et encore plus au dernier étage étaient déjà gondolées. On remarque sur certaines une trop forte accentuation, sur d’autre un manque de point noir.

    Un belle expo OUI. Une belle impression et une bonne pub pour les papiers photo utilisés NON.

    • J’ai vu cette expo à Rome et je n’ai pas trouvé ces défauts. Les tirages sont tous superbes et il est bien difficile de voir une différence entre l’avant et l’après numérique.

      D’autant qu’il semble bien que les tirages ont tous été réalisés d’après des négatifs, SALGADO ayant opté pour une version en négatif de toutes ses photos, y compris celles prises en numérique.

      Je suppose alors que les tirages ont été réalisés ensuite avec la même méthode pour l’ensemble des clichés.

      Je dois dire que l’on oublie bien vite la technique devant ces images, la magie du message fantastique d’humanité et de beauté brute faisant son effet. Si après une telle expo on continue à parler uniquement de la technique, c’est à désespérer de sa propre faculté à être ému.

    • Tous les tirages de Paris sont fait en impression sur Papier Ilford. Donc strictement aucun vrai tirage numérique sur RC. Des scans pour les argentiques et le fichiers directement traités pour les numériques.

      Mais encore une fois de plus cela se voit très facilement du moment ou on est photographe.
      Je parle de l’expo de Paris, pas d’un autre endroit.

      Je me répète encore, superbe travail photographique, mais certains tirages ne sont pas à la hauteur de ce que l’on pourrait attendre de photos vendu en galerie.

    • Vos remarques sont probablement pertinentes mais je voudrais faire remarquer deux choses : la première, c’est la demarche humaine de Salgado qui m’intéresse.. Ensuite, j’ai vu des tirages NB d’environ 1.2 sur 1.5 réalisés à partir de clichés numeriques : bien malin celui qui pouvait dire que la photo etait numérique ou argentique au depart !

  • Info :

    Pour réaliser un négatif Noir & Blanc avec un fichier numérique on doit faire un L.V.T. ou "shoot" (pour faire simple, l’émulsion est placée sur un cylindre puis un faisceau lumineux balaye sa surface).

    Il semblerait que Sebastião Salgado réalise 4 négatifs de format 4 x 5 inches ou pouces en français (10.2 x 12.7 cm) sur un plan film 20 x 25 Ilford Delta 100.

    Le coût est d’environ 210, 00 € HT par plan film soit 52,50 HT le négatif de 10.2 x 12.7 cm.

    A l’attention de la rédaction et des lecteurs :

    Si vous avez d’autres informations (coût, technique) pour cette prestation, vous êtes les bienvenus !

  • Je viens de terminer le livre. Autant sur les photos, il n’y a rien à redire, elles sont magistrale, enchanteresse, et même si le photographe penchouille (en fait, il tombe dedans tête baissé) vers l’iconographie du "bon sauvage" comme cela a été dit ça et là, je le lui pardonne volontiers car les photos sont belles et les intentions sont bonnes. Un petit bémol pour la tendance à pousser un peu trop les contrastes, mais bon, c’est une histoire de goûts.
    Par contre, les textes ! Quand on passe 8 ans sur un projet, on pourrais faire un effort pour travailler un minimum les textes et les légendes, ou du moins faire relire le tout afin de supprimer les copier coller, parfois erronés en plus. On retrouve dans les textes cette même idée que l’on trouve dans les photos. Un concept qui serait en gros que la nature "gentille" est détruite par les humains, qui sont tous "méchants" (sauf les pauvres, les "indigènes", les travailleurs d’ONG et les photographes). Et là par contre, ça ne passe pas. Ce n’est pas une question de divergence de point de vue, c’est une question de qualité de travail : autant les photos sont magistrales, autant les textes sont mal écrits, voir très mal écrits. La principale victime ? le discours de Salgado, qui est louable, mais qui dans ces conditions a un petit fumet nauséabond.