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Hell and Back Again, l’avenir du photo-journalisme ?

04/02/2011 | Benjamin Favier

Fraîchement auréolé du prix du meilleur documentaire étranger au prestigieux festival du film de Sundance, aux États-Unis, Hell and Back Again concrétise la démarche entreprise par de nombreux photojournalistes : produire des images fixes et animées au service d’une meilleure couverture des événements.


Photo : Danfung Dennis

Le photographe américain Danfung Dennis vient de remporter le prix du meilleur documentaire étranger au festival du film de Sundance avec son premier film, Hell and Back Again. Ce long-métrage (88 minutes) retrace l’histoire d’un jeune soldat de 25 ans, Nathan Harris, gravement blessé au cours d’un combat en Afghanistan, de retour chez lui, en Caroline du Nord. On suit ainsi le rude quotidien du sergent auprès des siens, entrecoupé de flashbacks où on le voit évoluer au sein de la compagnie Echo, dans le deuxième bataillon du huitième régiment du Corps des Marines. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Les Américains ont coutume de revenir en images sur les divers épisodes belliqueux qui ont jalonné leur jeune histoire. De nombreux films ont été réalisés sur la guerre du Vietnam, le conflit dans le Pacifique ou les deux guerres en Irak. Le synopsis de Hell and Back Again rappelle d’ailleurs celui du long-métrage Brothers, de Jim Sheridan, sorti l’an dernier en salles.

Rendu cinématographique

La comparaison avec une œuvre cinématographique est inévitable. La qualité d’image s’avère digne des meilleures productions hollywoodienne. Pourtant, Hell and Back Again est bel et bien un documentaire. Signe particulier : il a été réalisé par une seule et même personne avec un reflex. Selon Danfung Dennis, photojournaliste, qui couvre les guerres en Irak et en Afghanistan depuis plusieurs d’années, la photo ne suffit plus pour faire passer certaines émotions : « Je tente de combiner la force de l’image fixe avec les nouvelles technologies pour donner un nouvel élan au photojournalisme et à la réalisation de films. Au lieu d’ouvrir une fenêtre pour offrir un aperçu sur un autre monde, j’essaie d’emmener le spectateur à l’intérieur », souligne-t-il sur le site dédié au film.

Danfung Dennis en plein tournage. Photo : Joe Raedle/Getty Images

La courte bande-annonce officielle sur le site de Danfung et l’extrait visible sur le site du Prix Bayeux-Calvados des Correspondants de guerre sont impressionnants. Sur ce dernier, certaines séquences s’avèrent d’une étonnante fluidité. Une prouesse, quand on connaît les limites inhérentes aux appareils photo sur le plan ergonomique, dans des conditions de tournage. Sur le terrain, Danfung disposait d’un seul boîtier. Mais pour en tirer la quintessence, il a muni son Canon EOS 5D Mark II de deux micros Sennheiser ME-66 et EW 112-p G3 branchés sur un Beachtek DXA-2s, muni de deux broches XLR, et pouvant être relié à la prise Jack du reflex. Le tout monté sur un Glidecam 2000HD. Un filtre de densité neutre Singh-Ray vissé sur son 24-70 mm F2,8L USM lui autorisait l’emploi de faibles vitesses d’obturation en plein jour.

Embûches techniques

Le photographe insiste sur le fait qu’il n’avait aucune formation ou expérience en matière de réalisation avant de se lancer dans cette aventure. L’idée lui est d’ailleurs venue sur le tas. Elle a mûri au cours des divers voyages qu’il a effectués en Afghanistan, en tant que photographe pour des journaux, principalement, le New York Times. Parmi les principaux obstacles techniques rencontrés, il cite la mise au point, sur thedocumentaryblog.com : «  Je devais faire la mise au point manuellement une fois que l’enregistrement était lancé. Je me suis beaucoup entraîné pour pourvoir anticiper. Mais quand il fallait courir, je ne pouvais plus tâtonner. J’essayais de me maintenir à une distance égale de mon sujet pour conserver la netteté. » Autre difficulté, la surchauffe de la batterie : « Le plus frustrant était d’éteindre l’appareil et de le laisser refroidir. Souvent, la batterie surchauffait au bout de quinze minutes d’utilisation sans interruption, en pleine chaleur. Je n’avais qu’un seul appareil. »
Danfung a tout fait lui-même, de la prise de vue au montage. Depuis, il a fondé une start-up (Condition ONE) avec quelques confrères, dont le but est de produire des œuvres indépendantes, réalisées avec des moyens technologiques modernes, « transmettant des histoires fortes, véhiculant des contenus importants sur les plans politiques, sociaux ou économiques », comme il l’indique dans un entretien publié sur le site indiewire.com. Aucune date de sortie n’est annoncée pour l’instant pour Hell and Back Again. La récompense obtenue à Sundance devrait faciliter la distribution du film dans les salles obscures ou sur les chaînes françaises. Nous vous tiendrons informés dans les prochains mois.

- Le site Hell and Back Again
- Le site de Danfung Dennis

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