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Interview : Oliviero Toscani, 50 ans de carrière

24/11/2015 | Sandrine Dippa

Oliviero Toscani vient de publier More Than 50 Years of Magnificent Failures. L’ouvrage revient sur les cinquante années de carrière du photographe de mode, connu entre autres pour ses campagnes de publicité provocantes notamment pour la marque de prêt-à-porter Benetton. Entretien avec l’artiste.

MDLP : Quelle est la genèse de More Than 50 Years of Magnificent Failures ?

Oliviero Toscani : À la base, je n’avais pas forcément envie de faire une livre, d’autant plus que je ne suis pas très organisé et que j’ai perdu beaucoup de photos. Mes amis - dont beaucoup ont laissé des mots dans le livre - ont beaucoup insisté. Je me suis alors dit que c’était plus facile à réaliser que de dire non. J’ai fini par assembler les images qui allaient ensemble.

- 50 ans de provocation compile 50 années d’une carrière riche. Quels ont été les moments les plus marquants ?

O T : J’ai eu beaucoup de reconnaissance dans mon travail. Je suis très privilégié et je n’ai aucun complexe à dire que j’ai été chanceux. J’ai aussi été beaucoup critiqué . Quand j’ai réalisé les campagnes contre le sida ou le racisme, par exemple. Les gens m’ont même insulté. Il m’est arrivé de douter, de me dire que j’en faisais trop. J’ai fini par relativiser, car quand on se bat pour quelque chose et qu’on y croit, on finit par avoir raison. J’ai suivi mon instinct. Je n’ai aucun regret.

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Photo : Oliviero Toscani

- Vous avez commencé la photo avec des appareils argentiques. Comment avez-vous vécu le passage au numérique ?

O T : L’argentique c’était le Moyen-Âge. C’était le plaisir de ceux qui aimaient la physique et la chimie. De ceux qui devraient ouvrir des labos au lieu d’être photographes. Pour être photographe, il ne faut pas perdre de temps avec la technologie. Le numérique est beaucoup mieux. On ne perd pas de temps. Et puis ça pollue moins et ça coûte moins cher.

- Qu’utilisez-vous comme matériel par exemple ?

O T : J’utilise des boîtiers Canon et je peux utiliser différents types d’appareils. Y compris un téléphone ! Il y a 40 ans par exemple, je montais des zooms de cinéma sur mon appareil car je ne voulais pas voyager avec cinq objectifs. J’ai aussi beaucoup utilisé les appareils Olympus avec mise au point automatique. Pourquoi faire manuellement ce que la machine peut faire ? À l’époque, ça a choqué. Ça m’a permis de me concentrer sur ce que je voyais. Mon œil est le meilleur des appareils photo. Il est beaucoup plus sensible.

- Quels sont vos projets ?

O T : Je continue ma collaboration avec le Elle italien et mon projet sur la race humaine. J’ai 80 000 portraits de gens à travers le monde. Je travaille aussi avec Louis Vuitton sur un livre consacré à la ville italienne de Matera. Une exposition est prévue en janvier à la Hune. Sinon, en mars, je commence un projet sur les photos de couples.

- Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

O T : Traditionnellement pour se marier il faut aller à l’église ou à la mairie. Je veux bousculer les codes. Pour moi, pour se marier, il faut faire une photo. Quand on voit un couple habillé en mariés sur une photo, tout le monde pense automatiquement qu’ils sont mariés. On est ce qu’on est en photo. Si on est habillé en marié, on est marié. L’idée est de prendre des photos de couples. Tout le monde pourra participer et venir en couple entre amis et même avec un animal les 18 et 19 mars à la Hune.

- Que conseilleriez-vous à nos lecteurs ?

O T : À mon avis, on ne débute pas dans la photo. On débute dans le monde de la communication. Si le photographe a quelque chose à dire, s’il voit les choses de manière différente, qu’il est unique et qu’il s’en rend compte, ça commence bien. La vision du photographe doit avoir un intérêt pour les autres. Au final, l’appareil est juste un moyen. Je pourrais dire la même chose à un écrivain ou à un metteur en scène. En ce qui me concerne, j’utilise la photo pour montrer aux autres ce que je vois. Je veux être témoin de mon temps à travers différents moyens : la publicité ou la photo de mode.

Propos recueillis par Sandrine Dippa

- Portrait :
Francesco Bertola

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  • Petite précision : La librairie " La Hune" dont parle Oliviero a été récemment racheté aux éditions Flammarion par YellowKorner. L’enseigne "Librairie-galerie La Hune" n’a donc strictement plus rien à voir avec la librairie originale qui était, avant, une librairie généraliste et non spécialisée dans la photo même si elle proposait, au temps de sa splendeur, l’un des meilleur rayon photo de la capitale. C’est donc plus un point de vente supplémentaire YellowKorner qu’une librairie au sens propre du terme.

  • Quand il dit "La vision du photographe doit avoir un intérêt pour les autres", je pense qu’il se trompe partiellement, car cela signifierait que, sans les autres, le travail du photographe n’a pas de raison d’être.
    Or, pour moi, le photographe travaille essentiellement pour son propre accomplissement… Accomplissement qui peut passer par le regard (et la reconnaissance) que portent les autres sur ce travail. C’est d’ailleurs le cas pour toutes les pratiques artistiques.
    On considère souvent que "l’exposition" d’une œuvre artistique va de soi, qu’il faut "montrer ses images"… Mais c’est simplement le "volet social" de la pratique artistique, qui consiste à faire savoir aux autres que "j’existe dans la société en tant qu’artiste" – et cette reconnaissance par la société de mon statut d’artiste contribue à mon accomplissement.
    Mais un artiste peut très bien n’en avoir rien à foutre de la reconnaissance publique et travailler dans son coin, faire ses propres essais et recherches, pour le plaisir esthétique ou philosophique, sans ressentir le besoin d’exister aux yeux du monde entier. Évidemment, dans notre époque hyper-connectée-sociabilisée, c’est un discours limite anxiogène… Pourtant, les exemples sont légion de peintres, de photographes ou de musiciens méconnus à leur époque, qui bossaient chez eux sans faire de bruit, et qui, après leur mort, ont été "découverts" par hasard, jouissant dans la postérité d’une célébrité qu’il n’avait jamais recherchée de leur vivant…

  • @3
    Excellente intervention !
    L’engouement actuel pour Vivian Maier met en exergue cette réalité...
    Nous n’avons pas tous le besoin d’exister aux yeux des autres pour nos accomplir.

  • @3 et 4 : Oui bien sur, mais mieux vaut être jeune, riche et bien portant à Saint Tropez que vieux, pauvre et malade à Valenciennes.