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Interview Sabine Weiss : « Les photos de rue, c’était mon instantané »

06/10/2016 | Sandrine Dippa

Jusqu’au 30 octobre, le Château de Tours consacre une rétrospective à l’œuvre de Sabine Weiss. Pour l’occasion, la photographe, qui commença la photographie à 12 ans avec « un appareil en plastique acheté 2,50 francs », revient sur ses soixante-dix ans de carrière.

- Le Monde de la Photo : On vous qualifie souvent de « dernière représentante des photographes humanistes » ? N’est-ce pas un peu réducteur ?  
Sabine Weiss : J’ai fait beaucoup de photographies humanistes, mais je préfère me qualifier d’artisan photographe, car j’ai aussi fait d’autres types de photographies qui requièrent plus de technique. Tout ce que je faisais en couleur, pour la publicité ou la mode, était bien plus compliqué que le noir et blanc à la sauvette !

- MDLP : Photographies de mode, de publicité ou humaniste... Avec le recul, avez-vous une préférence pour un genre ?  
S.W. : J’ai préféré les photographies de rue. Elles étaient ma récréation. Que je sois en promenade ou en reportage, j’en faisais pour le plaisir. J’aimais retranscrire avec une photographie ce que la personne pouvait sentir ou ressentir. Pour la photographie de mode et de publicité, c’était différent. Il fallait satisfaire la demande d’un client. C’était, encore une fois, très technique, très calculé tandis que les photographies de rue, c’était mon instantané. J’y ai d’ailleurs photographié beaucoup d’enfants.

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Enfants prenant de l’eau à la fontaine, rue des Terres-au-Curé
Paris, 1954
Sabine Weiss
© Sabine Weiss

- MDLP : Justement, pourquoi cette fascination pour les enfants ? 
S.W : Quand vous voyez un enfant, vous réagissez. Vous voyez une femme de 40 ans assise sur un banc, vous ne réagissez pas toujours. Un enfant, qu’il pleure, qu’il rie ou qu’il s’amuse dégage une spontanéité et une sincérité qui m’a toujours séduite. Ce qui est amusant c’est qu’à force de photographier des enfants dans la rue, j’ai été contactée par des agences pour faire des publicités de produits pour bébé et cela a très bien marché ! Des couches aux petits pots... on me croyait d’ailleurs spécialisée dans ce domaine alors que je faisais tant d’autres choses.

- MDLP : Et pour le noir et blanc ?  
S.W : J’aime le noir et blanc mais au départ ce n’était pas un choix. Il ne faut pas oublier qu’au début de ma carrière, il n’y avait pas de film couleur. Quand ils sont arrivés, ils étaient lents et difficiles à utiliser. Il fallait des films différents pour l’extérieur et l’intérieur. De plus, on ne pouvait pas mélanger les lumières. Les résultats étaient atroces. Avec les photographes de l’époque, on utilisait donc le noir et blanc car c’était plus rapide mais aussi par habitude. Au final, tout mon travail lucratif de commande est en couleur tandis que mes photographies intimes et personnelles sont en noir et blanc.

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Marchande de frites
Paris, 1952
Sabine Weiss
© Sabine Weiss

- MDLP : Comment avez-vous vécu le passage du film au numérique ? 
S.W : Je l’ai bien vécu même si, quand le numérique est arrivé, j’étais déjà âgée. Je trouve leurs objectifs merveilleux car ils procurent une belle netteté. On a tout le temps des photographies formidables ce qui peut même être parfois frustrant pour les photographes de ma génération. Mais pour moi, les appareils numériques sont soit trop lourds, soit trop légers et pas assez stables. Comme je ne fais plus de photographie, je n’ai plus ce problème.

- MDLP : Pensez-vous reprendre la photographie un jour ?  
S.W : J’ai arrêté progressivement car j’avais de moins en moins le temps de partir photographier librement. Entre les expositions, les demandes pour l’édition ou la presse et tout le travail sur les archives en général, je suis très occupée. Je ne pense donc pas reprendre. Vous savez, j’ai 92 ans. Il serait quand même temps que je me calme.

Propos recueillis par Sandrine Dippa

- Le site de Sabine Weiss

La présentation de l’exposition consacrée à Sabine Weiss au Château de Tours peut être lue ici.

Crédit image d’accueil : ©Bruno Fabien

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