Tout savoir pour réaliser, optimiser et diffuser ses photos

Juliette Agnel : « J’ai construit cette machine car j’avais envie de filmer en sténopé »

11/04/2017 | Sandrine Dippa

Juliette Agnel présentera ses travaux au festival d’Arles qui se déroule cette année du 3 juillet au 24 septembre. La photographe est - entre autres - la créatrice d’une camera obscura numérique avec laquelle elle réalise la plupart de ses séries.

Le Monde de la Photo : Vous concourrez pour le Prix Découverte des Rencontres d’Arles avec Les Nocturnes. Présentez-nous ces photographies prises dans le désert espagnol et dans les Pyrénées.

Juliette Agnel : C’est une série qui a muri et dont j’ai parlé pendant au moins quatre ans avant de savoir comment j’allais la réaliser. Déjà, il y a vingt ans, lorsque je suis allée en Pays Dogon pour plusieurs mois, j’avais fait construire une "chaise-lit" pour pouvoir regarder le ciel à partir de ma terrasse. Il recouvrait entièrement l’espace. Ça a été une expérience marquante. La question de l’infiniment grand a commencé à m’habiter. Cet été, lorsque je suis allée dormir sur les crêtes des Pyrénées et que je suis passée dans un désert espagnol, j’ai pu faire ce que je voulais. Pendant un mois, j’ai photographié les étoiles la nuit, puis des espaces vides pouvant les accueillir. J’ai fini par assembler les deux images.
Pour cette série, j’ai changé mes habitudes de travail. Je me suis d’une part autorisée à travailler avec un montage d’images et j’ai utilisé un appareil photo numérique. C’est donc la première fois depuis 2011 que je ne fais pas appel à ma camera obscura numérique.

JPEG - 378.8 ko
Photo : Juliette Agnel, courtesy Galerie Françoise Paviot

MDLP : La plupart de vos séries ont effectivement été prises avec cette camera obscura numérique. Que pouvez-vous nous dire sur cet appareil élaboré en 2011 à partir d’un boîtier numérique.

J.A : J’ai construit cette machine car j’avais envie de filmer en sténopé. Pour des raisons pédagogiques, j’ai souvent mis des gens dans une grosse boîte, une camera obscura, afin de vivre l’expérience de l’apparition de l’image. J’ai eu envie de travailler avec cette image qui est une image en mouvement. La camera obscura me permet de passer de la vidéo à la photographie. Le résultat est très pictural et transforme la réalité. On est presque dans un travail de peinture, pas juste photographique. Les clichés pris sont très peu retouchés en dehors de la densification ou d’un adoucissement se rapprochant du travail réalisé par les tireurs argentiques.

JPEG - 270.2 ko
Photo : Juliette Agnel, courtesy Galerie Françoise Paviot

MDLP : Comment avez-vous construit cet appareil ?

J.A : Il s’agit d’une grosse boîte montée sur un trépied que je peux parfois porter sur l’épaule, mais sans trop me déplacer à cause du poids. Dans la boîte, j’ai placé d’une part un écran récepteur de l’image. D’un côté il y a un petit trou, de l’autre mon appareil photo numérique et un objectif. Au milieu du dispositif, dans le noir, la photographie et l’image sont filmées. Il faut savoir qu’avant de réussir à obtenir une camera obscura numérique fonctionnelle, j’en ai fait trois, car filmer en sténopé est quasiment impossible en raison de la très faible quantité de lumière. C’est grâce aux capacités des derniers appareils numériques que je suis parvenue à un résultat satisfaisant.

MDLP : J’imagine que l’utilisation de ce dispositif génère quelques contraintes…

J.A : En effet. La réalisation des images prend un temps considérable. Les prises de vues sont longues, il faut en général compter entre quatre et trente secondes par pause. Je fais du repérage avant la prise de vue. Parfois ce n’est cependant pas nécessaire. Lors d’une résidence en Norvège, par exemple, le fait d’utiliser cet appareil que je ne pouvais pas trop déplacer – le trépied est très lourd – m’a permis d’explorer intensément ce qu’il y avait autour de moi et dans l’environnement proche.

Concernant le rendu, l’image générée a un grain prononcé qui me permet de me décoller du réel. J’aime modeler la réalité et l’idée de la transformation manuelle. Je ne suis cependant pas fermée aux autres appareils. J’utilise aussi une chambre 4 x 5’’, de l’Hasselblad ou encore du Rolleiflex.

JPEG - 179.5 ko
Photo : Juliette Agnel, courtesy Galerie Françoise Paviot

MDLP : Vous exposerez votre série Les Nocturnes à Arles cet été. Quels sont vos autres projets ?

J.A : Je suis en train de réaliser un film pour une exposition en 2018 à la galerie Selma Feriani près de Tunis. Il s’agit d’un film Super 8 autour des ruines de Carthage. Reprendre la caméra Super 8 pour ce projet a été très intéressant. C’est un outil que je n’avais pas utilisé depuis 2005. La première fois que j’ai appuyé sur le bouton, ça m’a fait un drôle d’effet. Le fait de m’y reprendre à plusieurs fois « en faisant semblant de filmer » avant de me lancer était très émouvant. Après la prise de vues, je dois attendre six semaines pour découvrir le résultat, car le film doit être développé et numérisé en Allemagne. Outre ce projet, j’ai un vernissage le 22 avril au Centre d’Art Les Tanneries. J’y montre les trois premières images de la série Les Nocturnes.

- Le site des Rencontres d’Arles
- Le site de Juliette Agnel

Propos recueillis par Sandrine Dippa.

Cet article vous a plu ? Notez le et partagez le sur les réseaux sociaux !



Commenter cet article

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Messages