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Leica Q2, le nouveau Tri-Elmar : premiers tests

07/03/2019 | Jean-Marie Sépulchre

Un compact original, doté d’un système de recadrage donnant l’équivalent de focales célèbres sur les Leica télémétriques : c’était le modèle Q lancé en 2015, qui est rejoint par le Q2 doté d’un capteur de très haute définition et d’une construction tout terrain.

Présentation

En 1998 alors que les zooms semblaient avoir gagné la partie, Leica annonçait le Tri Elmar f/4, sur ce petit objectif tri-focale, en tournant une bague crantée on choisissait la focale de 28, 35 ou 50 mm sur son télémétrique. Leica s’en est inspiré en numérique et le Q2 (proposé à 4 790 €) présente des perfectionnements notables par rapport au Q pour un tarif de lancement qui est très proche de celui de l’actuel Q-P. Et quelle différence sous le capot : le capteur passe de 24 à 47 millions de pixels, le boîtier est désormais protégé contre l’humidité et les poussières par de nombreux joints, mais pour l’aspect extérieur, le Q2 ressemble à son grand frère.

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Leica insiste sur la résistance à la pluie du nouvel appareil.

Nouveau capteur

Le principe « tri-focal » en numérique ne s’appuie pas sur des traitements logiciels avec interpolation des fichiers comme le proposent des compacts et des téléphones. En fait, c’est en recadrant sur une portion du capteur, comme on pourrait le faire en post-traitement, qu’à partir d’une prise de vue au 28 mm on peut simuler d’autres focales, grosse différence avec le Tri-Elmar optique qui délivre toujours des images 24 x 36. Mais comme la définition d’un film couleur équivaut à environ 8 millions de pixels, le Summilux du Q2, un f/1,7 stabilisé (11 lentilles en 9 groupes, dont 3 asphériques), va permettre une finesse supérieure à celle de l’ancêtre argentique, sauf en… quadri focale avec la position 75 mm qui n’existait pas sur le premier modèle Q. La taille optimale des tirages souhaitée dépend du cadrage, puisque la définition baisse quand on recadre. Par exemple, à 28 mm avec une définition de 47 Mpxl, on réalisera un tirage 56 x 84 cm à 254 ppp ; en recadrage 35 mm, la définition passe à 30 Mpxl et on pourra faire un tirage 46 x 67 cm à 254 ppp ; en mode 50 mm, la définition sera de 15 Mpxl, avec à la clé un tirage 31 x 47 cm à 254 ppp ; enfin à 75 mm, on passe à 6,5 Mpxl (21 x 31 cm, 254 ppp).

Nouveau viseur

Le Q était le tout premier appareil à intégrer un viseur électronique de 3,68 millions de points, le Q2 garde cette définition, mais remplace le LCD d’origine par un Oled nettement moins sujet aux scintillements. Le grossissement est de 0,76x, ce qui est tout à fait honorable pour un boîtier compact, bien des reflex 24 x 36 sont en deçà. Contrairement à d’autres systèmes de visée électronique qui affichent plein cadre l’image recadrée si on monte une optique APS sur un boîtier 24 x 36, Leica a fait le choix par défaut d’afficher toujours l’image du 28 mm et, comme sur les M télémétriques, d’insérer un cadre blanc qui montre le cadrage sélectionné, lequel se choisit par une simple pression sur un petit bouton situé près du creux qui sert à caler le pouce à l’arrière du boîtier. Certains Leicaïstes ne sont pas inconditionnels du 28 mm et préfèrent le 35 mm pour la photo de rue, dans ce cas, le Q2 offre une visée qui évoque celle du modèle historique, qui permet de voir le sujet « entrer dans le cadre ». En revanche, les cadres 50 et surtout 75 mm sont bien petits… certes là aussi comme le veut la tradition M.

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Seules trois touchent jouxtent l’écran arrière (le Q en avait 5), le pad situé à droite permet de naviguer dans les menus.

Autofocus, rafale et vidéo

Le système autofocus (qui permet aussi la reconnaissance des visages) a des cibles qui peuvent se positionner dans tout le champ sélectionné, plein écran à 28 mm, dans le cadre pour les autres cadrages. Pour rester précis à 50 et 75 mm, il vaut mieux préférer le mode « spot » pour la netteté. La cadence en rafale passe de 10 im/s en mécanique à 20 im/s en obturateur électronique, mais le Q2 n’est cependant pas dédié au sport, pour un bon suivi AF continu il vaut mieux se limiter à environ 4 im/s (cadence série intermédiaire), c’est plus périlleux au-delà, et indisponible à la cadence maximale. La vidéo enfin offre la 4K à 24 et 30 im/s, le modèle précédent n’était que Full HD et au WiFi du modèle Q s’ajoute un Bluetooth sur le Q2, sur ce point il s’agit d’un véritable bond en avant... même si le Q2 a perdu son déclencheur vidéo dédié.
Nous avons eu la chance non seulement de pouvoir prendre en main le Q2 avant sa présentation officielle d’aujourd’hui, mais encore de lui faire subir nos mesures habituelles de piqué et notre test de bruit numérique.

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La petite touche près du creux de maintien du pouce commande le recadrage, la molette à droite du viseur le réglage dioptrique.

Prise en main naturelle

Les habitués du Leica M font retrouver leurs marques… à l’exception du viseur optique. L’appareil fait à peu près la même épaisseur, l’oculaire est à gauche, sur le dessus une bague de vitesses, sur l’objectif une bague de diaphragme. Quand on positionne ces deux commandes sur A on se trouve en mode programme, sinon on peut choisir priorité vitesse, diaphragme… ou tout manuel avec quand même l’assistance des Iso automatiques. Trois touches seulement jouxtent l’écran arrière : lecture, fonction, et menu. Mais ce dernier comporte beaucoup d’options de personnalisation notamment pour la molette qui tombe sous le pouce aisément quand on tient l’appareil de la main droite. Il est possible de personnaliser les commandes, nous vous conseillerions plutôt de rester simples... un pilotage tour manuel avec correction d’exposition à vue sera dans la tradition Leica de la photo de rue. Reste qu’en explorant les menus on trouvera aussi des modes scène, pour le sport, le portrait, le paysage diurne ou nocturne, etc., plus un mode panoramique et un mode HDR. On notera cependant qu’il y avait la place pour 1 ou 2 touches supplémentaires sur la face arrière sans entraver leur accessibilité, c’était le cas sur le Q, ce qui aurait pu offrir des accès directs à la sensibilité ou la correction d’exposition par exemple. On pourra affecter à ces fonctions la touche Fn ou la touche située au centre de la molette, mais c’est moins intuitif.

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Le Q2 vu de haut ressemble fort à un M ! La bague de diaphragme se situe à l’avant de l’objectif, comme sur les optiques destinées aux télémétriques de la marque.

Une haute qualité d’image

Comme le SL ou le récent CL, le Q2 procure par défaut, en Jpeg style standard, des images fines et douces qui évoquent l’argentique par leur absence de franges d’accentuation et par leur grain en hauts Iso. Bien sûr, il est possible d’augmenter les niveaux de netteté, de contraste et d’accentuation dès la prise de vue ou de préférer un style « éclatant ». Les modes noir et blanc sont très séduisants, mais bien sûr irréversibles en Jpeg. Pour exploiter au mieux les images dans toutes leurs nuances, on préférera le DNG qui est bien servi par le logiciel Lightroom conseillé par la marque. Dans ces conditions en développement par défaut (sortie pour papier brillant netteté standard) les mesures de piqué de l’objectif ont donné d’excellents résultats : à f/1,7 le centre en superlatif et les zones de tiers excellentes, les bords très bons et les angles bons, à f/2, 8 ils deviennent très bons et excellents de f/4 à f/8 alors que le reste du champ est au meilleur grade, puis la diffraction se fait sentir. La distorsion est invisible en pratique (0,06 %) et l’aberration chromatique maîtrisée (0,8 pixel). En position 35 mm la qualité est excellente dès la pleine ouverture et le rendement superlatif sur toute l’image de f/2,8 à f/8.

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Carte de piqué pour les cadrages 28 mm (47 Mpxl) et 35 mm (30 Mpxl), les cases bleues indiquent les très bons résultats.

En hauts Iso Les Jpeg donnent de bons résultats, mais Leica n’applique que peu de réduction du bruit : les fichiers restent bons à 6 400 Iso mais assez granuleux, à 12 800 Iso les couleurs gardent leur saturation, mais pour des agrandissements importants on préférera rester à 3 200 Iso. En revanche un bon traitement manuel avec Lightroom offre des 6 400 Iso exemplaires, avec un petit grain ressemblant à une pellicule argentique, et des 12 800 Iso moins saturés mais aptes sans difficulté à être tirés en 40 x 60.

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Scène de test pour les hauts Iso


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Extraits 100 % écran de fichiers DNG traités par Lightroom, de 3 200 à 12 800 Iso.

Sur le terrain

Au-delà de la prise en main et de l’ergonomie, très calquées sur le Leica M, deux points sont vraiment concluants : d’abord le confort de visée est excellent, comparable à celui des plus récents « hybrides », ensuite le silence est impressionnant, car l’obturateur mécanique est quasi-inaudible ce qui rendra de grands services dans les lieux où il faut être très discret et où l’obturateur électronique causerait des zébrures si l’éclairage est à base de Led ou de lampes au sodium. Nous avons eu le plaisir de faire quelques images à l’Aquarium de Paris (visite conseillée) et pendant le spectacle notre appareil n’a attiré l’attention de personne en obturation mécanique.

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Crépuscule sur la Seine, cadrage 28 mm pleine ouverture pour rester en bas Iso, et extrait 100% écran.
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Durant le spectacle de l’Aquarium de Paris, 28 mm à 6 400 Iso.


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Prises de vues au 28 mm à travers les vitres des aquariums, 6 400 Iso.

À lire, le test complet du Leica Q2, dans le numéro 114 du Monde de la Photo, en kiosque la semaine prochaine.

- https://www.leica-camera-france.fr/Le site de Leica

Fiche technique

  • Prix : 4 790€
  • Capteur : Cmos 24 x 36 mm – 47,3 Mpxl
  • Définition maximale : 8 368 x 5 584 pixels
  • Objectif : 28 mm f/1,7
  • Mise au point minimale : 0,30 m - Macro 0,18 m
  • Sensibilité : 50 -50 000 Iso, fixe ou auto
  • Vidéo : 4K 30p – 24p/ C4K 24p / FHD 24 à 120p
  • Formats de fichiers : Jpeg, Dng, MP4
  • Construction du boîtier : Magnésium, joints d’étanchéité
  • Stabilisateur : Optique dans l’objectif
  • Visée : EVF OLED 3,68 Mpts 0,76x dégagement oculaire 21 mm réglage dioptrique Moniteur : 7,6 cm TFT LCD 1,04 Mpts tactile
  • Mesure de lumière : Multizone, centrale pondérée, spot
  • Modes d’exposition : P, S, A, M
  • Autofocus : Détection du contraste 225 collimateurs sélection automatique, manuelle ou tactile et focus peaking pour mise au point manuelle
  • Vitesses mécanique : 1/2 000s – 60s / électronique 1/2 500s – 1/ 40 000s,
  • Rafales : 10 im/s sur 25 Jpeg, 20 im/s sur 21 Jpeg en obturateur électronique
  • Balance des blancs : Auto, Soleil, Nuageux, Ombre, Incandescent, Flash, Température de couleur, Flash, Carte de gris mesurée
  • Réglages photo : Standard, Éclatant, Naturel, Noir et Blanc avec ajustement contraste, saturation, netteté. Modes scènes et panoramique
  • Stockage : 1x SD, SDHC, SDXC
  • Flash : -
  • WiFi/Bluetooth/GPS : WiFi 2 / Bluetooth LE / -/ Application Leica Fotos télécommande et transfert gratuite sur Apple store et Google store
  • Interfaces : -
  • Alimentation : Batterie Li-Ion BP-SCL 4 / 7,2v 1 860 mAh
  • Accessoires : Batterie, chargeur, courroie, manuel
  • Dimensions : 119 x 70 x 30 mm (boîtier + objectif 68 mm) / 734 g avec accu et carte SD

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Messages

  • 28 mm, 35 mm, 50 mm, 75 mm

    Quadri-Elmar me paraît plus approprié

  • Je lance le débat :
    Quel est l’intérêt de mettre une fonction crop dans un APN ?

  • @2
    Ce n’est pas nouveau, par exemple depuis plus de 10 ans tous les reflex Nikon 24 x 36 ont une fonction crop, très pratique pour resserrer le cadrage des téléobjectifs sans utiliser de multiplicateur qui dégrade la qualité optique et mange un diaphragme...sur un D850 on conserve 20 millions de pixels en cropant, soit la définition des "pros sport" D5 et D500...Dans le cas du Q2 je vois surtout l’intérêt pour le 35 mm, focale fétiche des Leicaistes, on va conserver 30 Mpxl et voir le sujet "entrer dans le cadre" comme avec un télémétrique M. Et pour 1...si j’ai titré Tri Elmar au lieu de Quadri Elmar c’est une critique : à 75 mm le cadre est tout petit et la définition trop pauvre pour un A2....
    Reste bien sûr qu’avec n’importe quel APN...et n’importe quel scanner....on peut croper après coup en recadrant son image. Ce qui n’est pas ma pratique...sauf scoop, mal cadré = effacé.

  • "très pratique pour resserrer le cadrage des téléobjectifs sans utiliser de multiplicateur qui dégrade la qualité optique et mange un diaphragme..."

    parce que le recadrage aboutit à une qualité meilleure qu’en utilisant tout le cadre de l’image fournie par un multiplicateur ? à voir...

    "on peut croper (sic) après coup en recadrant son image. Ce qui n’est pas ma pratique...sauf scoop, mal cadré = effacé."

    Joli pléonasme de la 1° partie, mais il est vrai que cropper (in french in the text) c’est tellement moins classe que recadrer !
    Sauf scoop (in french in the text), je respecte le droit de ceux qui sont incapables d’imaginer LEUR recadrage dès la prise de vue (ce qui est fondamentalement la même chose qu’ imaginer LEUR cadrage à partir de leur vision à l’oeil nu, appareil dans la poche ou la sacoche). Etonnant, non ?

  • @4
    1° merci de m’indiquer quel multiplicateur efficace se monte sur un compact à objectif fixe
    2° pas la peine d’enfoncer les portes ouvertes, il y existe encore des photographes qui ont été déformés par 40 ans de prise de vue en diapos destinées à la projection, on cadrait bien à son goût tout de suite ou on mettait la dia à la poubelle quand elle revenait de Sevran.
    3° contaminé par cette abominable pratique argentique je m’appliquais à cadrer pareil en noir en blanc et très peu recadrer sous l’agrandisseur...
    ....ces méthodes m’ont définitivement corrompu et je cadre comme je l’entends en numérique, mais je respecte ceux qui mettent un 14 mm sur le boîtier et recadrent pour avoir le portrait au 85 mm.... ;o)

  • @3
    "si j’ai titré Tri Elmar au lieu de Quadri Elmar c’est une critique : à 75 mm le cadre est tout petit et la définition trop pauvre..."
    Que vous le vouliez ou non, "28 mm, 35 mm, 50 mm, 75 mm" font quatre et non trois même avec un petit cadre.

    Vous qui êtes un adepte du M ne devriez pas être surpris par le choix de Leica qui permet de voir le total de la scène dans le viseur tout en indiquant la zone qui sera enregistrée.
    Logique.

  • Afin de dissiper les doutes, je suis le responsable du message #2 mais pas des réponses successives !
    Ma question concernait plus l’intérêt de la fonction "crop" intégrée à l’ APN sachant qu’on peut la trouver dans n’importe quel logiciel de retouche d’image et non pas de l’intérêt de la fonction "crop" en général (encore que ce soit le sujet d’un autre débat).
    Mais j’ai bien noté qu’il s’agissait d’une habitude de travail. C’est parfois compliqué d’en sortir. Je suis moi même prisonnier d’une vieille version de Photoshop et je ne veux pas entendre parler de Lightroom.

  • " merci de m’indiquer quel multiplicateur efficace se monte sur un compact à objectif fixe"
    Exact ; merci de m’indiquer quel journaliste a parlé de multiplicateur dans le message 3 !

    Nous sommes donc en présence d’un compact à objectif fixe de 28, agrémenté de 2 gadgets logiciels incorporés, qui n’ont vraiment rien d’original (disponibles dans tous les traitements d’image) :
    - surafficher un cadre dans l’image, même pas en continu, seulement sur 3 paliers
    - découper l’image selon ce cadre

    Le moindre producteur japonais aurait au moins ajouté les options "aligner le cadre affiché sur l’horizontale", "panoramique", "carré", etc... , les plus entousiastes même "ovale/circulaire". L’étape suivante : le cadre qui s’ajuste automatiquement de manière à sortir la "meilleure" image visible dans le viseur 28 mm, un petit coup d’ "intelligence" artificielle et hop ! (inutile de vous précipiter, j’ai déjà breveté)