Transformer des plaques photographiques en or, c’est possible. Rick Norsigian, peintre californien, le sait mieux que quiconque. Après dix ans de recherches, il vient de prouver que des négatifs achetés il y a dix ans pour une bouchée de pain, sont l’œuvre d’Ansel Adams.
Cela s’appelle avoir le nez creux. Quand il déniche ces soixante-cinq plaques photographiques, en 2000, dans une brocante à Fresno, en Californie, Rick Norgisian n’a aucun doute : pour le peintre, elles sont l’œuvre d’un photographe de talent. Il négocie le tout pour 45 dollars. En les développant, il reconnaît la patte du père de la photographie américaine, Ansel Adams. Dès lors, il s’efforce de prouver leur authenticité. En vain. Dix ans plus tard, un panel d’experts affirme que ces négatifs ont été réalisés par Adams. L’AFP rapporte que le galeriste David Streets, qui a accueilli la présentation des travaux à Beverly Hills, ce mardi, a estimé la valeur de ces plaques à quelque 200 millions de dollars.
Durant trois ans, différentes analyses ont été effectuées pour déterminer l’authenticité de ces mystérieuses plaques. Arnold P. Peter, avocat de Rick Norgisian, a réuni un expert en grand format, un graphologue, un météorologue, un historien et un expert en affaires criminelles autour de la table. Rien que ça ! Comme il l’explique à l’AFP, il n’y avait guère d’autres moyens : « Il n’y a pas d’autorité officielle qui puisse authentifier des photographies, contrairement aux peintures, et il n’y a pas de signature qui lie l’œuvre à l’artiste. »
Dans la foulée de ces heureuses conclusions, Rick Norgisian s’est empressé de proposer des tirages à la vente sur son site, en édition limitée. Dix-huit au total. Compter 1 500 $ pour une impression numérique (250 exemplaires par photo) et 7 500 $ pour un tirage gélatine (50 par clichés). Ces derniers se situent dans la fourchette basse de ce que propose le site officiel du photographe, où les originaux valent en moyenne 8 000 $. Mais ils sont livrés avec un certificat d’authenticité.
Ces révélations ne font pas plaisir à tout le monde. À commencer par Matthew Adams, petit-fils du maître. Selon lui, trop d’éléments restent inexpliqués. Il les liste longuement dans une réponse aux résultats de l’enquête. Son scepticisme laisse froid l’entourage du propriétaire des plaques. Joint par Le Monde de la Photo, Arnold P. Peter relativise ses propos : « Chaque fois qu’il y a une découverte de cette magnitude, il y a des contestations. Je pense que ses objections ne sont pas valides. Je l’ai rencontré personnellement. Il a eu tous les éléments de l’enquête en mains. Mais il n’est jamais revenu vers moi. Deux études menées en parallèle arrivent aux mêmes conclusions. »
Matthew Adams conteste notamment le fait que la femme d’Ansel Adams, Virginia, ait pu écorcher les noms des lieux mentionnés sur les enveloppes contenant les plaques, étant donné qu’elle connaissait la région par cœur, et qu’elle était, alors, âgée de 33 ans. Donc en pleine possession de ses moyens. En bon avocat, Arnold P. Peter trouve la parade : « Ces négatifs ont été sauvés lors d’un incendie (NDLR : en 1937, 5000 négatifs ont disparu dans les flammes, lorsque la chambre noire d’Ansel Adams pris feu, soi un tiers de son œuvre). Or, dans un tel contexte, il est évident que n’importe qui pourrait commettre des fautes d’orthographe. Elle a vraisemblablement écrit tout cela dans la précipitation. » À ses yeux, les travaux effectués par le graphologue constituent une preuve suffisante.
Et maintenant ? Selon Arnold P. Peter, son client n’a pour l’instant pas l’intention de vendre les négatifs. Il se contentera des tirages disponibles sur son site. Depuis le début de l’année, un documentaire est en route, Ansel Adams : Lost and Found. Il est actuellement en post-production et sera présenté au Festival International du Film d’Anaheim, en Californie, au mois d’octobre. On pourra notamment suivre le cheminement de l’enquête. Dans le même temps, une exposition verra le jour à l’Université de Fresno, en Californie. La ville est située près du parc Yosemite, où Adams a réalisé ses plus belles images. Elle sera présentée dans cinq autres villes aux États-Unis, dont Chicago et Los Angeles. En attendant que d’autres portes s’ouvrent, comme le confesse Arnold P. Peter : « Nous n’avons pour l’instant aucun contact à l’étranger. Mais nous aimerions bien qu’elle voyage ensuite en Europe, en Asie. » Un vrai rêve américain…
Photos : Collection Norgisian
Le site de Rick Norgisian
Le site consacré à l’œuvre d’Ansel Adams
Le blog de Matthew Adams
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