Publié le : 15/08/2013
Par : Franck Mée

Les objectifs les moins fiables ? Les gros télézooms !

Quels sont les objectifs les moins fiables ? La question intéresse les acheteurs, mais les chiffres sont rares... Lensrentals, loueur américain, a compilé les pannes des centaines d’objectifs de son parc. Les résultats sont plutôt rassurants, assez variables et fort logiques quand on y réfléchit.

Les études sérieuses sur la fiabilité du matériel photo sont rares. Les constructeurs refusent généralement de donner des chiffres ; ceux des assureurs sont biaisés par le matériel et les clients (on ne prend une assurance que pour du matériel coûteux, et les utilisateurs brise-tout les prennent plus facilement que les autres)...

Les données de Lensrental sont donc particulièrement intéressantes. Cette entreprise américaine propose de la location de matériel à grande échelle, d’objectifs relativement abordables (transstandard à ouverture constante) à très coûteux (téléobjectifs lumineux) et chez toutes les marques. Roger Cicala, leur fondateur, indique sur leur blog acheter environ 5 000 objectifs par an, certains étant disponibles à plusieurs centaines d’exemplaires. Renvoyer des optiques en SAV fait donc partie de la vie quotidienne de l’entreprise et il sera difficile d’obtenir des statistiques plus précises sans s’introduire dans les secrets industriels des constructeurs...

Fiabilité variable

La première bonne nouvelle, c’est que la fiabilité des objectifs est plutôt bonne : en moyenne, il faut une centaine de semaines de location pour qu’un objectif ait une panne — les chocs, rayures et autres accidents dus à l’utilisateur sont exclus des statistiques. Pour un propriétaire un minimum soigneux et qui n’utilise pas son matériel tous les jours, le temps moyen entre deux pannes devrait donc se compter en années.


Les rampes de zooms bougent beaucoup, déplaçant parfois des groupes optiques assez lourds, et finissent par s’user. © Lensrentals

Ceci étant, il y a des variations importantes : les objectifs à très bas prix (Rokinon, Samyang, etc.) peuvent avoir une probabilité de panne élevée dès quelques mois, au point que Roger Cicala les considère comme « les premières optiques jetables » — pas assez chères pour qu’une réparation soit rentable, mais pas construites pour durer. À l’inverse, certains objectifs haut de gamme dépassent allègrement les deux ans et demi sans panne...

Dans le lot, une petite surprise : les 70-200 mm f/2,8, que toutes les marques ou presque proposent au catalogue et qui sont généralement considérés comme des objectifs de choix pour leurs utilisateurs. Le Nikon, le Sigma, le Canon et le Sony sont tous listés dans les dix-huit objectifs qui ont le plus fort taux de panne ! Leur barillet métallique peut donner une impression d’indestructibilité, mais ces objectifs réunissent les technologies les plus évoluées de leurs constructeurs, avec ce que cela entraîne de complexité mécanique et électronique...

Complexité vs fiabilité

De manière générale, d’ailleurs, Roger Cicala considère les gros télézooms comme le type d’objectif le plus enclin à la panne : leur complexité inhérente (mise au point interne, stabilisation, zoom, électronique complexe) multiplie les sources de pannes potentielles, le poids des pièces mobiles met les moteurs de mise au point et les commandes de zoom à rude épreuve et leur utilisation en sport les confronte à des conditions hostiles. Les Sigma 50-500 mm et 120-300 mm sont d’ailleurs également dans la liste des mauvais élèves, de même que le Canon 70-200 mm f/4.


Les motorisations USM ne sont pas toujours exemplaires de fiabilité. Ceci dit, Sigma, réputé pour avoir des problèmes sur les moteurs d’autofocus, aurait beaucoup progressé en 2012-1013. © Lensrentals

À l’inverse, sans rentrer dans le détail, les focales fixes sans stabilisation seraient les objectifs les plus fiables : la simplicité paie...

Le blog de Lensrentals indique également des statistiques sur le SAV : coût de réparation et temps d’immobilisation, marque par marque. Cependant, ces données varient beaucoup selon la politique régionale de chaque constructeur : intéressantes pour les Nord-Américains, elles ne fournissent pas d’indication fiable sur les SAV européens.

L’ensemble du billet fourmille de détails et d’explications supplémentaires : si votre anglais vous le permet, n’hésitez pas à le lire intégralement.

- Les données de réparation de Lensrentals (en anglais)

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Messages

  • Je suis "sur le cul" en voyant les stats de panne des 70-200 f2,8. C’est vraiment un basique du photoreportage, et quelque soit la marque les taux de panne sont très élevés. C’est peut être du à une utilisation très intensive, mais justement ils devraient être conçus en fonction d’un usage de ce type.
    Très instructif , merci pour cet article.

    • J’avais trouvé une liste des objectifs Canon avec leur date de conception. (Depuis, je ne retrouve plus cette liste. Si quelqu’un peut m’indiquer le site ?)

      Il y a un lien entre l’expérience et l’évolution technique. Un 100-400 vieux de dix ans ayant quasiment le même process de fabrication et les mêmes pièces qu’à sa conception, est évidemment moins fiable qu’un objectif de conception récente (Moteurs, traitements des optiques, mécanique, etc...).

      Comme pour les voitures, on devrait pouvoir connaître le "millésime" (la date de conception) et la "version" (l’année de màj de la fabrication).

    • J’ajoute que ces données sont partie intégrante du plan qualité que ces grands fabricants ont forcémment mis en place depuis des lustres.

  • Je ne suis qu’à moitié convaincu par la pertinence de l’article.
    Si les 70-200/2.8 ou 70-200/4 sont les objectifs les plus affectés, c’est peut-être aussi parce qu’ils font partie des zooms les plus intensivement utilisés par les pros, non ?
    De plus, certains utilisateurs utilisent leur 70-200/2.8 en dépit du bon sens : Combien de fois ai-je vu un utilisateur tenir son 70-200 par le boîtier en faussant la monture
    et le barillet ?
    J’imagine que les zooms pro transtandards f/2.8 doivent également faire partie des "mauvais élèves"....

  • C’est tout à fait logique
    1° la loi du marché oblige ( le renouvellement du parque optique).
    2°Ces objectifs pro sont des vitrines technologique et en ce domaine toute les pièces qui composent ces optiques sont soumise à plus rude épreuve.
    3°Les chaînes d’assemblage robotisée aussi ne sont pas toujours aussi bon que l’assemblage et le contrôle manuel un à un de chaque objectif ( rentabilité oblige )
    4°Les techniques et les procédés de fabrication ne sont pas toujours aussi fiable que l’on voudrait bien nous faire croire pour justifier le prix de ces objectifs.
    Se ne sont pas des objectifs Leica avec rampes hélicoïdales construit dans du laiton et aluminium monté à la main avec des tolérances de fabrication beaucoup plus serrées.
    Bon article avec une bonne réflexion sur ce monde d’obsolescence programmée, avec nos commerciaux qui nous vendent le bonheur au bout de chaque achat.

  • L’is n’est pas une pièce inusable de toute façon. ensuite, les zooms ont tendance à bousiller leur nappe à l’usage. le 17-85 de chez canon par exemple, est bien connu pour ça.

  • M. Mée omet de faire part d’un élément non négligeable que j’ai lu dans cet article il y a déjà une semaine : certaines optiques seraient affectées d’un probleme de conception dans la mesure où soit des pieces électroniques sont trop fragiles ou bien alors des pieces mécaniques sont mal calculées. Cela arrive fréquemment dans le domaine de l’electronique de masse (audio video, informatique, etc) et il ne faut pas s’en étonner sauf que au prix où coutent ces "jouets ", on pourrait s’attendre à plus de rigueur dans le.process de fabrication, en particulier lors des tests. dans le domaine de l’audiovideo, on a connu ainsi des tv Samsung rendre l’âme apres moins de deux ans, tout cela a cause d’un petit composant trop fragile car calculé a l’économie.

  • Il serait également bon d’étudier l’accessibilité des pièces détachées : il y a des pannes simples à remédier, mais, par exemple Sigma, refuse catégoriquement de vendre des pièces détachées (ce n’est pas le cas de tous les constructeurs !) ce qui, sur un objo un peu vieux, entraine une fin de vie prématurée, alors qu’il pourrait fonctionner parfaitement juste en remplaçant un contact électrique.
    Que les zooms puissent avoir des pannes, oui, logique, mais attention donc à la capacité qu’on a (ou pas) de les réparer !

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