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Les secrets de l’urbex : « Il faut être prudent. On ne risque pas sa vie pour une photo, ça ne vaut pas le coup ! »

15/11/2017 | Sandrine Dippa

Ukraine, France, Allemagne, Italie, Belgique… Depuis 2009, Philippe Sergent parcourt l’Europe en quête de lieux abandonnés à immortaliser. Ses images et conseils sont aujourd’hui réunis dans Les secrets de la photo urbex, un livre récemment paru aux éditions Eyrolles.

« Le » Monde de la Photo : Rappelez-nous ce qu’est l’urbex…

Philippe Sergent : L’urbex tel que nous le connaissons sous sa forme actuelle est apparu en 1996 avec le Canadien Jeff Chapman, alias Ninjalicious. Il a posé les bases de la pratique en lançant le fameux adage « take nothing but pictures, leave nothing but footprints » – soit « ne prenez que des photos, ne laissez que des traces de pas » – bien connu des « urbexeurs ». Cependant, cette devise est plus une sorte de code de bonne conduite qu’un véritable règlement. En effet, l’urbex est une activité illégale, ses pratiquants ne sont donc pas regroupés en clubs ou associations. L’urbex regroupe principalement trois grandes branches : l’exploration de lieux abandonnés (usines, châteaux, terrains militaires, parc d’attractions…), l’exploration des souterrains (notamment avec les courant cataphiles à Paris), et la toiturophilie qui consiste à prendre de la hauteur sur la ville.

Comment êtes-vous devenu adepte de cette pratique ?

Je suis tombé dedans un peu par hasard. Je cherchais à réaliser des photos de nature dans une ambiance brumeuse quand je suis tombé sur un immense bâtiment totalement délabré. À l’époque, je ne connaissais même pas le mot « urbex », qui est la contraction d’urban exploration. En rentrant, j’ai fait quelques recherches sur ce lieu et j’ai alors découvert cette pratique passionnante.

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Photo : Philippe Sergent.

En presque 10 ans de pratique, vous avez exploré des dizaines de lieux travers l’Europe dont des châteaux, un navire de guerre, un sanatorium ou encore le site de l’accident nucléaire de Tchernobyl. Racontez-nous votre expédition la plus mémorable.

La plus mémorable fut sans aucun doute l’exploration du croiseur Colbert. Ce navire de guerre, sur lequel mon père avait servi dans les années 60, avait été transformé en bateau-musée puis avait été destiné à la destruction faute de moyen et de subventions. Le Colbert était la fierté de mon père. Il nous décrivait volontiers la vie à bord si bien que bien avant d’avoir découvert l’urbex, je me disais qu’accéder à ce navire serait génial. À l’époque, je lui avais d’ailleurs montré les photos de l’urbexeur David de Rueda, ce à quoi mon père avait répondu que l’idée était trop dangereuse. Malheureusement, mon père nous ayant quittés, la question n’était plus de savoir si c’était bien raisonnable d’entreprendre une telle exploration, mais plutôt quand. J’étais déterminé à franchir le cap malgré ma peur de l’eau. Avec David de Rueda et Pierre-Henry Muller, nous avons finalement préparé notre exploration. Errer sur les pas de mon père, tout en me remémorant les histoires qu’il nous racontait, restera gravé dans ma mémoire.

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Photo : Philippe Sergent.

Pendant vos expéditions vous avez aussi visité des lieux abandonnés tels que d’anciens terrains militaires ou d’anciens sites industriels. Quels sont les risques liés à cette pratique ?

Il y en a beaucoup. Le premier est lié à la sécurité physique. Nous sommes en effet amenés à explorer des lieux abandonnés, donc non entretenus, les infiltrations d’eau, rouille, champignons détériorent très rapidement les structures. Nous devons donc faire très attention où nous mettons les pieds, car les conséquences peuvent être très graves. Il faut donc éviter de partir seul, car en cas d’accident il est impératif que quelqu’un puisse appeler les secours. L’autre risque majeur est l’illégalité. Nous pénétrons souvent dans des lieux où nous ne sommes pas les bienvenus. Il peut donc y avoir des caméras de surveillance, des gardiens, des propriétaires ou le voisinage qui appellent la police.

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Photo : Philippe Sergent.

Cette pratique est donc illégale. Comment composez-vous avec les interdictions ?

En effet, l’urbex est une pratique totalement illégale car nous entrons la plupart du temps dans des lieux privés sans autorisation, il s’agit donc d’une effraction. Il faut savoir cependant que – même si c’est très rare – parfois en demandant, le propriétaire peut ouvrir ses portes. De plus, la pratique est un peu dans un flou juridique car si nous pénétrons dans un lieu « ouvert » et que nous ne volons rien, nous ne risquons que quelques heures de garde à vue et un rappel à la loi. Certaines zones sensibles comme les terrains militaires restent cependant plus risquées. En théorie, nous risquons donc plus gros. Je n’ai cependant jamais eu d’échos d’histoires sévères, même si quelques plaintes ont été déposées par les autorités.

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Photo : Philippe Sergent.

Qu’emportez-vous comme matériel pour optimiser vos prises de vues ?

Je prends le strict nécessaire, car je suis amené à explorer certains lieux pendant plus de 10 heures parfois. De plus, pour être mobile, je préfère voyager léger ! J’utilise donc trois objectifs maximum, un ultra grand-angle, un 35 mm f/1,8 et parfois un zoom transstandard. En urbex, j’évolue dans des endroits sombres, j’emporte donc impérativement un trépied et une télécommande. En dehors du matériel photo, je prévois aussi un éclairage et une lampe torche ou une frontale pour me diriger. Je m’équipe enfin de bonnes chaussures renforcées type trekking, car j’évolue dans des lieux délabrés, remplis de clous, métaux rouillés, verres brisés, mieux vaut donc être protégé.

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Photo : Philippe Sergent.

En plus de la préparation physique et le choix d’un bon matériel, vous passez aussi beaucoup de temps à repérer les lieux…

Il y a un long travail de préparation en amont. Pour trouver un lieu, il faut savoir tirer parti du moindre indice trouvé sur le web et sur les photographies déjà réalisées. Une plaque d’immatriculation, un quotidien régional, un nom de société sur une facture par exemple peuvent être de très bonnes pistes. Ça prend parfois beaucoup de temps, je dois donc être méthodique et me poser les bonnes questions. La recherche peut s’avérer fastidieuse mais elle est indispensable. Je pars souvent avec plusieurs sites dans la même zone car le lieu convoité peut avoir évolué, été détruit, refermé ou solidement gardienné.

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Photo : Philippe Sergent.

Quelles seraient vos recommandations aux photographes tentés par l’aventure ?

Il faut être prudent. J’insiste beaucoup sur ce point : la sécurité avant tout. On ne risque pas sa vie pour une photo, ça ne vaut pas le coup ! Je conseillerais de bien étudier le lieu en amont (gardiennage, caméras, vigile avec chien…). Lors d’une sortie urbex, vous devez toujours être sur le qui-vive, pour votre sécurité, et avoir conscience de votre environnement. Vous avez un œil dans le viseur tandis que l’autre surveille ce qui se passe autour de vous, les gardiens sont parfois aux aguets ! Enfin, surtout ne jamais partir seul. Comme je l’ai dit tout à l’heure, l’urbex peut être un exercice dangereux. En cas de problème, vos amis pourront appeler les secours. Malheureusement, on constate de plus en plus d’accidents, car la pratique est de plus en plus populaire.

- Propos recueillis par Sandrine Dippa

Informations pratiques :

- Les secrets de la photo urbex, par Philippe Sergent
- Édition Eyrolles
- 17 x 23 cm,
- 138 pages, 23 €

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