Publié le : 01/08/2014

Mémoire de l’oubli : Patrick Chauvel met le grand reportage en lumière sur Arte

Le photojournaliste français propose, avec le réalisateur Louis-Pascal Couvelaire, une série de quatre documentaires de 26 minutes : à chaque fois, il recueille le témoignage d’un grand reporter qui relate ses conditions de travail sur un conflit… et se met lui-même en scène dans un épisode. La série sera diffusée chaque samedi durant le mois d’août à 18h50, à partir de demain.

Patrick Chauvel fait partie des grands noms du photojournalisme, lui qui a couvert la guerre des Six Jours ou celle du Vietnam dans les années 60/70. Il a souhaité, avec le réalisateur Louis-Pascal Couvelaire, mettre en lumière certains de ses confrères, dans une mini série documentaire intitulée Mémoire de l’oubli, qui sera diffusée sur Arte pendant le mois d’août. Le but : avoir un aperçu des conditions de travail des reporters sur le terrain. Rémy Ourdan, Bénédicte Kurzen et Marcel Mettelsiefen racontent ainsi leurs expériences respectives en Irak, au Nigéria et en Syrie, tandis que Patrick Chauvel revient sur la guerre en Tchétchénie.

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Le général Mc Coy en Irak en 2003. Photo : Laurent Van der Stockt

Nous avons pu visionner ces documentaires, dont le premier sera diffusé demain sur la chaîne franco-allemande, en avant-première. Des quatre, ceux consacrés à la prise de Bagdad et à la guerre en Syrie sont les plus réussis, car la narration mêle habilement les sujets couverts par les journalistes sur ces conflits et leurs anecdotes. Rémy Ourdan, grand reporter au quotidien Le Monde (seul protagoniste à ne pas être photographe), raconte avec brio comment il a travaillé les semaines qui ont précédé l’intervention américaine en Irak, en mars 2003, échappant aux services secrets dans l’hôtel Palestine, QG des journalistes, pour mener des interviews clandestines. Avant de rencontrer le général Mc Coy, grâce au photographe Laurent Van der Stockt, et d’assister à la destruction de la statue de Saddam Hussein, ordonnée par le Marine. Son point de vue est d’autant plus passionnant qu’il est retourné à plusieurs reprises dans le pays depuis – il a failli être exécuté un an plus tard à Falloudjah avec un photographe italien et leurs chauffeurs respectifs.

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Photo effectuée en Syrie avec un smartphone. Photo : Marcel Mettelsiefen

Le récit de Marcel Mettelsiefen donne froid dans le dos. Il a dédié une partie de son travail sur la guerre en Syrie à la manière dont les enfants la vivent. Son arrivée à Alep dès le début des événements en 2011, les changements d’adresse quotidiens pour dormir, l’utilisation du téléphone pour faire des images, son rapport aux productions des rebelles postées sur You Tube… le propos du photographe allemand s’avère captivant de par la précision des faits rapportés et la pertinence des images et vidéos choisies.

Le travail mené par Bénédicte Kurzen au Nigéria sur les tensions religieuses, au lendemain de l’élection présidentielle en 2011, mérite aussi d’être salué, car peu de journalistes se rendent dans ce pays. Mais le rythme est un peu plus inégal que lors des deux épisodes mentionnés précédemment : l’illustration est moins prolifique et Bénédicte Kurzen n’a pas le bagout de ses deux confrères. Dans les trois cas, Patrick Chauvel, très sobre, excelle dans la peau de l’interlocuteur.

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Image prise en Tchétchénie en 1995. Photo : Patrick Chauvel

À l’inverse, il apparaît seul, souvent face caméra, dans l’épisode sur la Tchétchénie, le premier de la série à être diffusé. Les aficionados de son œuvre ne seront pas déçus : langage fleuri, tentative de séduction, sauvetage d’un confrère… Chauvel est en roue libre et n’a rien perdu de son charisme. Il est moins question de géopolitique que d’aventure, lui qui, entre autres anecdotes, rejoue une scène d’Out of Africa pour séduire une belle photographe américaine. Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage, nous conseillerons plutôt son excellent film Rapporteur de guerre (ou lire le livre éponyme). Cette série documentaire, initiée par Louis-Pascal Couvelaire, réalisateur des épisodes, est tout de même une réussite et atteint son principal objectif : saluer le courage de ces témoins en première ligne dans les endroits les plus dangereux de la planète.

- samedi 2 août à 18h50 : Patrick Chauvel ; Grozny, le massacre oublié d’une ville

- samedi 9 août à 18h50 : Rémy Ourdan ; Irak 2003, La prise de Bagdad

- samedi 16 août à 18h50 : Bénédicte Kurzen ; Le Nigéria, un pays dévoué aux Dieux

- samedi 23 août à 18h50 : Marcel Mettelsiefen ; Syrie 2013, agonie à Alep

- Le site d’Arte

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