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Monture d’objectif en plastique : même les pros…

08/01/2014 | Franck Mée

L’argument revient régulièrement : tel objectif est accusé de ne pas être solide parce qu’il a une monture en plastique, tel autre est réputé indestructible avec sa monture en métal. Et les constructeurs font très attention à ne pas trop communiquer sur le sujet. Et pour cause : si l’on cherche bien, beaucoup d’objectifs reposent sur des fixations en polycarbonate.

Les constructeurs aiment garder leurs secrets de construction et, même pour les journalistes techniques, il est souvent difficile d’obtenir des réponses claires à certaines questions. Du coup, paradoxalement, c’est souvent par des chemins détournés que l’on obtient des informations intéressantes : par exemple, le loueur de matériel américain LensRentals avait l’été dernier publié ses propres statistiques de fiabilité, égratignant quelques idées reçues sur les télézooms professionnels.

La semaine passée, son fondateur Roger Cicala s’est intéressé à une autre question : la vraie nature des montures. Les débats sont en effet vifs chez les utilisateurs, qui critiquent tel objectif ou tel appareil pour sa monture plastique ou louent tel autre pour sa monture métal, supposée plus solide — et ce, bien que les constructeurs répètent à l’envi que le polycarbonate n’est pas forcément moins résistant et absorbe mieux les chocs.

Le problème, c’est que ceux qui parlent de monture métallique pour leur objectif favori n’ont pas tous les éléments pour juger. Photos à l’appui, Cicala montre que beaucoup d’objectifs réputés "tout métal", avec un barillet et une baïonnette en laiton par exemple, ont en fait une monture en plastique entre les deux.

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Le Leica 45 mm f/2,8 possède bien une baïonnette et un fût métalliques… Mais la monture qui assemble les deux est en plastique (flèches). Photo ©Lensrentals

Dans le lot, on trouve quelques surprises : par exemple, l’emblématique Canon 24-70 mm f/2,8L première version, réputé être un "tank" indestructible, a bien une monture plastique entre le fût et la baïonnette, de même que le 14 mm f/2,8L II de la même marque.

L’auteur précise au passage que ces montures en polycarbonate ne posent en fait pas de problème de fiabilité particulier : « La monture en plastique [du 24-70 mm] ne casse jamais, bien qu’elle supporte un kilo d’objectif. Croyez-moi : nous avons transporté des centaines et des centaines d’exemplaires pendant des années et n’avons jamais eu de monture cassée. »

Il ajoute que sur le plan de la maintenance, une monture plastique est un avantage : elle casse sans bouger et se remplace aisément, alors qu’avec les montures entièrement métalliques, « les composants internes et les lentilles sont déplacés et tordus, et cela peut prendre plusieurs heures pour restaurer l’alignement optique ». Et de considérer que le débat sur le matériau des montures est un exemple d’ « hystérie Internet » plus qu’un vrai argument.

Notons tout de même qu’il ne parle pas ici des baïonnettes, le dernier élément de la monture, qui se glisse et se verrouille dans l’appareil. Celle-ci est presque systématiquement métallique sur les objectifs haut de gamme ; cependant, ce n’est pas une question de solidité mais d’usure, les frottements lors du montage et du démontage de l’objectif pouvant plus facilement abraser du polycarbonate que du laiton.

- Le billet intégral de LensRentals (en anglais)

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  • Je suis très heureux de cet article car il confirme ce que j’ai chaque fois répondu ici à des lecteurs arguant du fait que les optiques en métal seraient un gage absolu de resistance à toute épreuve. 99,9 pcts des photographes n’étant pas des experts en resistance des matériaux, il faut bien faire confiance à nos fabricants. Il est heureux que des personnes comme Cicala, et vous par ricochet, lèvent un coin du voile.

  • Excellent article qui donne un coup pied dans la fourmilière des préjugés.

    Les opticiens sont confrontés à la nécessité permanente de réaliser
    des objectifs toujours plus performants et si possible plus légers...et bien sûr au moindre coût !

    Dès lors, si des spécialistes des matériaux vous proposent une alternative
    au métal sans compromettre les propriétés globales de l’objectif dans le temps, pourquoi s’en priver ?
    On sait également que les objectifs en plastique amortissent mieux les chocs (Les objectifs métal ont tendance à se plier ou fissurer).
    J’en ai d’ailleurs fait l’expérience avec un 60 EFS tombé de 1m de haut environ : Les conséquences sur
    la qualité optique ont été nulles et l’impact extérieur invisible.

    Malgré tout, le métal reste roi pour les objectifs de luxe (Leica M , optiques ciné Zeiss,...)
    ainsi que pour les gros téléobjectifs...pour le moment !

  • Il faut dire que vous journalistes vous être aussi responsables.
    Rien ne vaut du poly pour le corps extérieur et le PS des objectifs, c’est plus résistant au petit choc et frottements du quotidien, ça résiste mieux au gros choc car c’est plus souple et de tout façons si le choc est trop fort même de l’alu ça s’abime.
    C’est aussi plus confortable par temps froid et si plus isolant par temps chaud.
    Je pense que ce ne doit pas être une découverte d’avoir du plastique dans un truc extérieur en métal.
    C’est pareil pour les boitiers.
    Qui voudrait encore des pare choc en acier sur sa voiture, pourtant en photo..... .

  • Je me souviens des objectifs zoom Angenieux 35/70 et 70/210 avec leurs bagues en poly, c’était l’idéal en pratique (sauf le problème des sérigraphies), mais c’était moins chic que de l’alu, il ne me semble pas avoir lu des regrets des journalistes au passage des bagues en alu.

    C’est pareil pour les parasoleils.
    Ceux que Canon avait conçu pour la première série des objectifs EF étaient intelligemment conçus, et bien la presse a critiqué par ce qu’il arrivait qu’ils se détachent de l’objectif lors d’un contact.
    Ils étaient en plastique donc souples et résistants, ils étaient retournables, pour certains il étaient clipsés sur le fut fixe de l’objectif donc protégeaient la partie mobile, ils se s’éclipsaient en cas de choc donc ils ne cassaient pas et protégeaient l’objectif du choc, leur fixation par clipse rendait leur montage pratique et ne monopolisaient pas le filetage du filtre.

    Quand je lis les louanges sur les nouveaux parasoleils des objectifs Leica M en alu et visant, alors qu’avant on en avait en plastiques et clipsant... .
    Un parasoleil c’est fait pour protéger des chocs.