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Nikon : « Nous n’arrivons pas tard. Nous sommes là depuis le D3 »

17/10/2018 | Benjamin Favier

Bientôt deux mois après l’annonce du retour de Nikon sur l’hybride, cette fois avec des modèles 24 x 36, nous faisons le point avec Benoît de Dieuleveult, président de Nikon France, et Nicolas Gillet, directeur marketing et communication, alors que le test du Z7 figure au sommaire de notre numéro 110, disponible en édition numérique et en kiosque cette semaine. L’expérience des Nikon 1, la cohabitation avec les reflex, la concurrence de Sony, la tentative avortée sur le marché du compact expert avec les DL, l’emprise des smartphones sur le grand public : tout y passe.

MDLP : Les Z marquent le retour de Nikon dans l’univers de l’hybride. Quels enseignements avez-vous tirés de votre première expérience sur ce marché avec les Nikon 1 ?

Nicolas Gillet : Nous avons pu nous familiariser avec la plate-forme d’un appareil sans miroir, et la gestion du système autofocus, qui était déjà très bon sur le J5. L’histoire des Nikon 1 est un peu regrettable. Nous avions essayé en 2011 de proposer une alternative aux photographes et aux utilisateurs de compacts un peu frustrés par la qualité d’image, qui voulaient aller plus loin, sans pousser jusqu’au reflex – qui pouvait sembler plus imposant, plus compliqué. Je pense que si le J5 était sorti à la place du J1, l’histoire de la gamme Nikon 1 aurait été différente. Désormais, nous ne visons pas les mêmes utilisateurs avec les Z6 et Z7. Ils s’adressent à des photographes plus exigeants sur l’ergonomie, la finition, la qualité d’image…

Benoît de Dieuleveult : Nous apprenons autant de nos réussites que de nos échecs. Le Nikon 1 était un échec. Nous ne pouvons pas dire autre chose, puisque nous avons arrêté la gamme. C’est vrai que cela nous a permis de développer des technologies au niveau de l’autofocus et du capteur. Une expérience qui nous a servi sur les Nikon Z. Nous avons aussi appris à écouter le marché. Sur le papier, le concept Nikon 1 était très cohérent. Ce n’était hélas pas ce que le marché attendait. Il fallait un hybride à grand capteur, quitte à ce que le système soit moins compact et que les optiques aient le même gabarit que celles conçues pour les reflex. La qualité d’image prime sur l’encombrement. Nous avons appris que le consommateur recherche ce que Nicolas appelle « la cameraness » : c’est-à-dire une adéquation optimale entre l’utilisateur et son appareil. Nous y sommes parvenus sur les Z. C’est en tout cas le sens des premiers retours que nous avons : le produit tient bien en main, la finition s’inscrit dans la lignée des reflex Nikon et les menus ne sont pas déconcertants.

MDLP : Sony est arrivé en 2013 sur l’hybride 24 x 36 avec les A7 et A7R : pourquoi avoir attendu 2018 pour lancer les Nikon Z ?

NG : C’est un point important. Rappelons que Sony n’a pas été la première marque à lancer un boîtier plein format. Il existe un marché des appareils 24 x 36, reflex et hybrides compris, sur lequel nous avons l’ambition de redevenir numéro un à l’échelle mondiale. Nous continuons de vendre et de développer des reflex, plein format et APS-C. Nous sommes présents sur le marché du 24 x 36 depuis le D3. Sony a d’abord essayé de nous attaquer sur ce créneau avec leurs reflex et leurs SLT (NDLR : appareils à miroir fixe semi-transparent). Ils ont échoué. Ils ont ensuite adopté une approche différente et innovante avec des hybrides, qui a un petit peu secoué le marché. D’une certaine façon, cela nous a permis de nous remettre en question. Mais nous ne sommes pas arrivés tard. Encore une fois, Nous sommes là depuis le D3.

BD : La raison fondamentale, c’est qu’il est très long, industriellement, de développer un nouveau système. Cela ne se fait pas en trois ans. Il faut plutôt tabler sur quatre à cinq ans. Non seulement on développe un système avec une nouvelle monture ; mais on assure également, avec la bague adaptatrice FTZ, la rétrocompatibilité avec l’ensemble des optiques Nikkor. Des ingénieurs m’ont confirmé avoir réécrit des millions de lignes de codes, de pilotage, pour chaque objectif : tout fonctionne impeccablement, alors qu’à la base, ce ne sont pas les mêmes fréquences de communication entre le boîtier et l’optique. Et il n’y a pas le même nombre de connecteurs. C’est une des explications du délai de développement, en dehors de tout ce qui est lié à la mécanique ou au traitement de l’image.

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Benoît de Dieuleveult, président de Nikon France. © Nikon

MDLP : Combien de temps a-t-il fallu pour développer les Z6 et Z7 ?

NG : Je n’ai pas d’information à ce sujet. En revanche, je sais que lors du lancement des Nikon 1, nous avions commencé à réfléchir sur le concept des hybrides à capteur 1 pouce cinq ans auparavant. Donc pour un système 24 x 36, ça ne peut être que plus long…

BD : Il y a deux parties. D’une part, la recherche, qui n’est pas fondamentale, mais durant laquelle on expérimente des concepts, on fait des tests d’une certaine manière. Puis, au cours de la seconde partie, le développement, on arrête un produit, on sait ce qu’on veut mettre dedans.

NG : Il y a même une troisième étape, une fois le concept et les premiers samples (échantillons) élaborés, se pose la question : est-ce qu’on y va, ou pas ? Il arrive que des produits arrivent jusqu’à la seconde étape, mais ne passent pas la troisième… Nous ne sommes pas toujours dans la confidence de ce qu’il se passe du côté de Tokyo, avant la phase de développement.

MDLP : Comment avez-vous accueilli l’annonce de l’alliance autour de la monture L lors de la Photokina ?

NG : L’alliance entre Panasonic et Leica n’a rien de nouveau. Ni le fait que Sigma fasse des objectifs pour différentes montures. Je ne vois rien de réellement nouveau autour de cette annonce, si ce n’est un peu de marketing.

MDLP : La monture Z, du fait de ses caractéristiques, semble particulièrement propice à l’essor d’optiques tierces…

NG : Étant donné le tirage mécanique très court et le diamètre, très large, il est évident que la monture Z va favoriser l’arrivée d’optiques d’autres constructeurs. À quelle échéance, je n’en ai aucune idée. Tout ce que je peux dire, c’est que Sigma pourra proposer des choses. Je ne sais pas si c’est parce qu’on leur fournit les éléments nécessaires, et je ne sais pas quand cela sera possible – il leur a fallu un peu de temps pour la monture Sony E – mais c’est une certitude.

MDLP : Canon fournit d’emblée la bague avec l’EOS R : pourquoi ne pas avoir inclus la FTZ avec les Z6/Z7 ?

NG : Nous avons décidé, sur les premiers mois de livraison, de fournir une carte-mémoire XQD de 64 Go avec les boîtiers. Nous avons estimé que c’était un pied à l’étrier plus évident. En kit, la bague revient environ à 150 €. Dans l’absolu, c’est aussi une promotion. Et puis la bague n’est pas indispensable pour tout le monde. Évidemment, notre principale cible, ce sont les utilisateurs de reflex Nikon, déjà équipés. Mais nous avons aussi l’ambition de séduire d’autres personnes, qui vont entrer dans le monde des boîtiers à optiques interchangeables, directement avec un Z : ils n’ont pas forcément besoin de la bague. Vu les niveaux de commandes aujourd’hui, cela ne semble pas être un frein pour l’instant.

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Nicolas Gillet, directeur marketing et communication chez Nikon France. © Nikon

MDLP : Peut-on s’attendre à voir des Z au format APS-C ?

NG : On ne peut pas dévoiler le plan produit de la gamme Z. Ce qui est sûr, c’est que la monture, conçue pour le 24 x 36, peut technologiquement accueillir d’autres formats.

MDLP : Que dites-vous aux photographes qui ne jurent que par la visée reflex ? Le D850 est-il le dernier modèle haut de gamme avec un miroir ?

BD : Nous allons continuer à développer une gamme complète de reflex. Et nous disons aux photographes qui ne jurent que par le viseur optique : nous avons des solutions pour vous.

NG : Le D850 n’a qu’un an d’existence, donc il n’aura pas de succession aussi rapidement. En revanche, d’autres reflex seront remplacés avant lui.

MDLP : Sur les Z6/Z7, vous avez mis l’accent sur les performances, en prônant l’usage de la carte XQD ; or, à l’issue de nos tests (lire MDLP 110) les performances du Z7 sont en retrait, à cadence équivalente, par rapport à un D850 avec sa poignée optionnelle et l’accu du D5 : la mémoire-tampon digère moins de fichiers…

NG : Les D5, D850 et D500 affichent un niveau de performances hors norme. Les données sur la fiche technique sont flatteuses et une frange de photographes très pointus en tirent pleinement parti. Les deux Z n’ont pas été pensés de la même manière. Ils sont plus polyvalents, d’une certaine façon. Dans l’usage, il y a quand même peu de cas où on a besoin de faire une rafale de 20 secondes à 9 im/s. Enchaîner 3 secondes de prise de vue à cette cadence, puis accéder à nouveau à la mémoire-tampon en ayant relâché le doigt une demi-seconde, comme c’est le cas sur un Z7 grâce aux cartes XQD, devrait convenir à 95 % des photographes.

MDLP : On constate sur le marché de la photo, une tendance de plus en plus marquée vers l’expertise, et un matériel de plus en plus cher. La photo – sous-entendu avec un appareil et pas smartphone – ne risque-t-elle pas de se limiter uniquement à des produits haut de gamme ?

BD : Oui, la photo est aujourd’hui un domaine pour les passionnés et les professionnels. Mais il existe aussi des passionnés qui feront des photos avec un D5300. Je me souviens, au Salon de la Photo, il y a quelques années, nous avions découvert Julie de Waroquier, aujourd’hui très connue : à l’époque, elle faisait ses photos avec un reflex Nikon de série D5000 ou D7000. En revanche, quelqu’un d’indifférent à la pratique photographique fera des photos avec son smartphone et s’arrêtera là. Ce mouvement-là est bien engagé. Il est inéluctable.

MDLP : Panasonic avait lancé le CM1, un smartphone à capteur 1 pouce, en 2014. Les fabricants d’appareils photo n’ont-ils pas raté une occasion d’investir ce marché ?

BD : Le patron du développement chez nous vient de la division smartphone chez Sony. Il sait à quel point le marché est gigantesque et à quel point il est difficile de s’y faire une place. Aujourd’hui, même Sony ou Panasonic, qui sont des généralistes de l’électronique avec un très fort savoir-faire, n’y sont pas arrivés. Je ne pense pas que Nikon ait raté quelque chose en n’allant pas sur ce marché là. On voit bien que c’est un marché partagé entre Apple, qui fait de la « premiumisation », au risque de perdre année après année des volumes, et puis des acteurs chinois qui ont une puissance de tir phénoménale, basée sur le plus gros marché du monde. Peut-être que ce marché va-t-il finir par se spécifier. Nous verrons alors des smartphones plus orientés vers tel ou tel domaine, ce qui pourrait dégager un créneau pour des acteurs de la photo.

MDLP : Nous avons été déçus par le non-lancement des DL, très prometteurs sur le papier… Et le Coolpix A n’a pas eu de successeur. Vous avez abandonné les compacts à grand capteur ?

BD : Nikon est un généraliste de la photo. Dans notre histoire, à l’exception du moyen-format, on a fait à peu près tout ce qui pouvait se faire dans ce domaine, du sous-marin, du reflex APS-C, 24 x 36. Nous n’excluons aucune possibilité. La question c’est quand, et avec quelle approche, pour apporter une vraie différenciation par rapport à une offre déjà conséquente.

NG : C’est aussi un marché qui continue de baisser. Ce n’est donc pas si simple. Nous nous sommes pris une douche froide avec la non-commercialisation des DL. Nous allons donc y réfléchir à deux fois. Mais nous restons persuadés que nous serions légitimes pour proposer une offre cohérente en matière de compact expert.

- À lire, le test du Nikon Z7 dans notre numéro 110, disponible en édition numérique

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