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Photomaton : histoire d’une machine administrative et créative

23/01/2011 | Benjamin Favier

On a tous un jour au l’autre pris place dans ces cabines, d’où jaillissent des éclairs de flashs derrière un rideau, avant le moment fatidique où l’on découvre l’image finale. Le réalisateur Raynal Pellicer remonte aux origines de ce fascinant procédé, sans oublier de mettre en avant son pouvoir attractif auprès des artistes.


« Photographiez-vous vous-mêmes ! Huit photos en huit minutes. » New York, 1926. Anatol Josepho crée le premier système de prise de vue individuel entièrement automatisé. Il suffit d’insérer une pièce de 25 cents pour obtenir un portrait de soi. Sans le concours d’un photographe. L’ingénieur d’origine russe cède rapidement les droits de son invention au consortium Photomaton Inc. et empoche un million de dollars. Deux ans après, plus de deux cents machines sont implantées sur le territoire américain. Toutes sortes de services se développent autour de ce procédé. On peut choisir son arrière-plan, faire apparaître une date, un lieu… ou son poids, une balance étant parfois à disposition sous les tabourets !

Genèse du procédé automatique

Au cours du premier chapitre, on apprend que de nombreux brevets sont déposés entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, dans le but de soumettre des « procédés de photographie automatique ». L’auteur s’arrête sur les plus emblématiques. Dont le Bosco, appareil qui délivre une image ferreotype en quatre minutes. Ou le procédé nommé Sticky Backs. Ce dernier se rapproche un peu plus de la philosophie du photomaton, bien qu’il nécessite l’intervention d’un photographe : six portraits sont figés sur une bande de papier étroite et collante (sens de l’adjectif « sticky » en anglais). On peut lire le nom du studio ainsi qu’un numéro de série sur chaque image.
La concurrence ne tarde pas à faire son apparition. Le Phototeria, inventé en mars 1928 par le Canadien David A. McCowan, propose des tirages de forme ronde, en monochrome. Mais depuis un an, le Photomaton voyage à travers le monde. Avec succès. En France, une « Miss Photomaton », toute de bleu vêtue, aide le client en ajustant la mise au point et en lui suggérant des poses. Ce n’est qu’en 1968 que les machines seront entièrement automatisées dans l’hexagone.

Savoureux détournements

Raynal Pellicer ne se contente pas d’énumérer les dates les plus marquantes. On se délecte du chapitre consacré aux « détournements artistiques ». L’auteur cite une définition du Photomaton par des membres d’un mouvement surréaliste, mené par l’écrivain André Breton dans les années 20. En voici un extrait : « C’est un système de psychanalyse par l’image. La première bande vous surprend tout de suite à la recherche de l’individu que vous croyiez être. À partir de la deuxième, et à travers les multiples suivantes, vous aurez beau faire le supérieur, l’original, le ténébreux ou le singe, aucune vision ne répondra à celle que vous aimeriez connaître de vous-même. »
Dans Second souffle, Raynal Pellicer donne la parole à divers artistes contemporains, qui, chacun à leur manière, font du Photomaton le sujet principal d’une série. Dans les commentaires, chacun évoque le rapport intime qui s’est instauré avec la machine, à l’instar de celui-ci, signé Andrea Corrona Jenkins : « J’ai fini par aimer cette enseigne brillante qui annonce "Photomaton", ce petit tabouret rond qui n’en finit pas de tourner, ce rideau court et plissé. Rien ne fait battre mon cœur plus vite que ces quatre flashes qui crépitent et étincellent en prenant ma photo. À ce moment-là, je suis qui j’ai envie d’être. Je suis le modèle et le photographe. »

Portraits soignés

Le soin apporté à l’illustration constitue le point fort du livre. Raynal Pellicer s’appuie sur de nombreuses images d’archives. On voit ainsi les divers procédés évoqués. Les portraits, de part leur approche esthétique et les informations qu’ils véhiculent (tenues, attitudes), nous convient à un agréable et surprenant voyage dans le temps. Parmi eux, beaucoup d’anonymes, mais aussi des personnalités : John Lennon, Michel Simon, Jacques Mesrine, Louis-Ferdinand Céline… Depuis un mois, l’auteur poste régulièrement des clichés sur un site dédié à l’ouvrage.
Heureuse coïncidence, la sortie de ce livre coïncide avec l’adoption d’amendements en faveur du retrait de stations biométriques dans les mairies. Un sujet qui fait débat. Depuis le mois d’avril 2006, les Photomatons permettent de délivrer des images conformes dans le cadre de la réalisation de passeports biométriques. Sa mise en place rend l’exercice - déjà largement codifié dans les années 90 - encore un peu plus rigide. Il est décidément loin le temps où l’on pouvait poser avec un chapeau melon, en variant rictus et attitudes, même sur des photos destinées à des documents officiels…

- Photomaton
- Par Raynal Pellicer
- Éditions Eyrolles
- 288 pages
- 35 €

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