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Pourquoi j’aime cette photo : la science de la perception

08/03/2019 | LAURENT KATZ

C’est vrai çà, pourquoi une photo nous attire-t-elle ? Même si elle ne représente pas forcément un sujet original, une situation inhabituelle, un paysage fabuleux. Quelle alchimie se déroule sous notre regard pour que nous soyons fascinés par une image ? C’est ce que décrypte Brian Dilg.

Brian Dilg aurait pu se contenter d’être photographe, auteur de livres, retoucheur professionnel, cinéaste, acteur, formateur, concepteur de sites Web. Il est tout cela. Et c’est à découvrir sur son site. Sa production littéraire se résume à deux livres, le premier 3 minutes pour comprendre les 50 techniques et styles majeurs de la photographie est paru chez Le Courrier du Livre, dans une collection d’initiation à vocation encyclopédique, sur la culture, les sciences et techniques, l’art, la religion, les grandes villes… et l’autre fait l’objet de cette chronique.

À l’intitulé du premier chapitre, l’inquiétude saisit. Faudra-t-il encore subir une introduction technique à la prise de vue ? Pas du tout, c’est au contraire une manière intelligente de tisser un comparatif entre notre vision, large (environ 180°) et restreinte à la fois (seul le centre est net), et celle de l’appareil qui définit un cadre dans lequel apparaît ce que l’on a sans doute vu, mais pas regardé. Cette première section, même si le lecteur se dit souvent « mais oui, c’est évident », a le mérite de regrouper les évidences et d’en tirer les leçons. Et des parallèles sont tracés entre les manières dont l’œil et l’appareil voient la mise au point, la profondeur de champ, la vision stéréoscopique, l’exposition, les couleurs, la plage dynamique. Au fil du livre, des doubles pages Paroles d’expert apportent l’éclairage ou le point de vue d’un spécialiste (chercheur dans le domaine de la perception, conservateur…). Et pour l’illustration, ce sont des photographes reconnus qui complètent la panoplie des images produites par l’auteur.

La section suivante porte sur la manière d’attirer le regard, car s’il arrive que ce qu’il faut voir soit une évidence, il arrive aussi qu’un petit jeu de piste dans l’image s’avère nécessaire pour en percevoir les ressorts. Brian Dilg montre comment construire son cliché, en jouant sur les lignes, les couleurs, le contraste, la lumière pour que l’œil de l’observateur aille où le photographe souhaite le conduire. C’est tout naturellement que la troisième partie du livre porte sur l’interprétation, une fois que l’œil et le cerveau ont perçu ce que le photographe voulait, mais pas forcément son intention.

Deux photos sont emblématiques de la richesse du livre et des pistes de réflexion qu’il suscite. L’une montre un militaire accueilli sur le tarmac par sa famille qui se précipite vers lui. Si le photographe a su saisir les attitudes et les regards, sauf ceux du militaire vu de dos, l’image montre qu’une photo représente à la fois le temps présent, mais que le passé et le futur n’en sont pas absents. Car on se demande pourquoi les retrouvailles suscitent une telle joie. Il faut imaginer l’attente qui a précédé (le militaire a été prisonnier de guerre ce que ne dit pas la photo) et on ne peut s’empêcher d’imaginer les étreintes et embrassades qui vont s’ensuivre.
L’autre image est celle de la couverture. Les réactions d’enfants face au Théâtre de marionnettes du jardin parisien des Tuileries. Pour le photographe, le spectacle, c’est le public. La photo illustre ce que raconte l’auteur dans son livre : le choix de la composition, du contraste, de la profondeur de champ pour réaliser une image réussie. Montrant aussi que chacun d’entre nous réagit face à une photo et l’interprète selon son vécu, comme l’affichent les visages des enfants, reflétant la variété des sentiments ressentis face à Saint-Georges et le Dragon.

La qualité du livre tient pour beaucoup à la pertinence de l’iconographie, au ton adopté et à la concision, sans les longues et interminables digressions d’un David Duchemin. Et nos proches pourraient lire le livre, car chacun a pu vivre leur agacement lorsque l’on se promène avec eux et s’arrête pour photographier quelque chose dans un environnement visuel qui pour eux ne relève que de la banalité du quotidien. « Voir et regarder », tout tient vraiment dans ces deux mots.

Sommaire

  • Voir - L’homme et l’appareil photo
  • Attirer le regard - Les principes de la construction photographique
  • Penser - Décoder les photos
  • Pour finir...

-  Pourquoi j’aime cette photo : la science de la perception , de Brian Dilg, traduction

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