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Prison Valley

05/09/2010 | Benjamin Favier

Un an après sa création, le Prix France24-RFI du Web-documentaire va au photographe Philippe Brault et au journaliste David Dufresne, pour Prison Valley, qui nous plonge au cœur d’une ville-prison, dans le Colorado. Il succède à un autre reportage interactif sur l’univers carcéral, Le corps incarcéré. Un sujet impressionnant, décliné sous plusieurs formes, qui prend tout sons sens sur le Net.

« La version clean de l’enfer ». Cañon City et Florence, dans le comté de Frémont, au Colorado comptent treize pénitenciers, qui abritent 7 731 prisonniers. Sur une population totale de 36 000 âmes. Bâtiments, routes : tout ou presque a été construit de leurs mains. Si bien qu’en dépit de leur isolement, leur présence se fait sentir à chaque coin de rue. Le commentaire en off parle même de « pesanteur sous les nuages noirs », lors de l’arrivée en ville.

Check-in

Pour savourer pleinement ce web-documentaire, il faut s’enregistrer. Dans le cas contraire, de nombreux contenus seront inaccessibles. Direction le Riviera Inn. Ce motel miteux constitue le point de départ. C’est là que les deux auteurs de cette enquête participative ont pris leurs quartiers. Depuis la chambre, on peut lancer le film, consulter divers documents, se rendre sur le forum ou envoyer des messages aux principaux protagonistes ! Philippe Brault et David Dufresne vont même jusqu’à proposer une vue sur l’extérieur, probablement celle qu’ils avaient depuis lors de leur séjour (Fenêtre sur cours). Un lieu qui n’a pas été choisi par hasard : c’est ici que le week-end, les familles qui rendent visite aux détenus viennent se loger.

Témoignages

Le premier témoignage donne le ton : Christine Donner, militante, n’hésite pas à établir un parallèle avec l’esclavage, soulignant le bannissement dont sont victimes les personnes incarcérées. Ainsi, un afro-américain a une chance sur trois de se retrouver en prison dès sa naissance. La journaliste Erin Rosa, l’une des rares à enquêter sur le sujet au niveau local, enfonce le clou et déclare : les États-Unis incarcèrent un Américain sur cent. Plus qu’en Chine… Elle évoque la loi du silence qui règne dans les couloirs de la prison. La rencontre avec Brenda, épouse de détenu, est l’un des moments les plus poignants. Pas d’entretien filmé. Par pudeur. Le récit, manuscrit, n’en est pas moins éloquent. C’est à elle que les deux auteurs doivent le titre Prison Valley.

Multimedia

Le récit alterne séquences animées et clichés, soutenus par une voix off, ou des bruits d’ambiance caractéristiques. On est au cœur de l’enquête. Le spectateur devient même acteur, selon le principe du web-documentaire. À l’issue d’un portfolio relatant une cérémonie annuelle des surveillant morts, l’internaute est invité à livrer son sentiment. Le forum offre la possibilité d’envoyer des messages au personnages du film ou de poursuivre le débat en ouvrant des discussions. D’où un rythme haletant. Le film s’apparente à un road movie, durant lequel on est libre d’effectuer des pauses pour consulter des documents ou revenir sur certains points précis. Au fur et à mesure de la progression, d’autres apparaissent. D’un coup, le téléphone se met à sonner : en écoutant la messagerie, le fort accent polonais de la gérante de l’hôtel conseille d’aller faire un tour au cinéma…

Fond

Le principe comporte toutefois un danger. Ce foisonnement interactif peut parfois prendre le pas sur le fond, notamment quand on s’écarte de la route, c’est-à-dire du film. Mais les liens entre les différentes rubriques sont suffisamment clairs pour ne pas s’égarer.
Philippe Brault et David Dufresne souhaitent avant tout sensibiliser le public sur les absurdités et l’aspect inhumain du système carcéral aux État-Unis. Ils y parviennent brillamment. L’entretien avec un surveillant à Supermax, « l’Alcatraz des Rocheuses », ou avec un certain Frank Smith, à propos des rouages des prisons privées, sont édifiants à cet égard. On en apprend beaucoup sur le quotidien des prisonniers, leurs conditions de détention, de travail. Celui des habitants également, dont la vie « est cadenassée par cette industrie carcérale ».
Force est de constater que la forme séduit et laisse entrevoir tout le potentiel du web-documentaire. Reste à trouver un modèle économique. Produit par Arte et Upian, le sujet est décliné à toutes les sauces : documentaire télé, application iPhone, livre (à paraître bientôt)… Mais c’est bien sur le Net que Prison Valley donne sa pleine mesure.

- Le site de Prison Valley
- Télécharger l’application iPhone
- Prison Valley sur le site de Visa pour l’image

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