Tout savoir pour réaliser, optimiser et diffuser ses photos

Noor a 10 ans : « J’ai toujours considéré Stanley Greene comme un poète »

12/10/2017 | Benjamin Favier

« Lumière » : c’est le sens du mot Noor en arabe. Un collectif de photographes fondé en 2007. À l’occasion de la vingt-quatrième édition du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre, qui s’est déroulée du 2 au 8 octobre, une exposition inédite rendait hommage aux travaux des membres de Noor, qui fête ses dix ans d’existence : Conflits oubliés, conflits de demain.

Dans le même temps, Pep Bonet et Kadir van Lohuizen animaient un workshop avec douze jeunes talents de moins de 30 ans. Six hommes. Six femmes. À l’image de la parité en vigueur au sein de l’agence. Les deux photographes nous expliquent l’intérêt de ces rendez-vous pour Noor, dans un marché en proie à de profondes mutations. Et nous rappellent la vocation de Noor, alors que l’un de ses membres fondateurs, Stanley Greene, est décédé en mai dernier.

- Quelle place occupent ces workshops dans l’activité de l’agence Noor ?

Kadir van Lohuizen : Depuis la création de Noor, l’éducation s’inscrit au cœur de notre activité. Nous avons toujours estimé qu’il est de notre devoir de partager nos connaissances et notre expérience. Au bout d’un an, nous avons mis en place un programme, en partenariat avec Nikon, dans le but de cibler de jeunes talents. Nous nous sommes concentrés sur des régions du monde où les photographes avaient plus difficilement accès à l’éducation.

Pep Bonet : Autre point important : nos workshops sont gratuits. Nous apprenons beaucoup de la nouvelle génération. Il est fascinant de voir à quel point les jeunes mélangent différents médias dans leurs projets. C’est une source d’inspiration pour nous. Le marché a énormément changé. Noor est une petite agence. Nous voulons que cela reste ainsi, car cela nous permet de nous adapter et de réagir plus vite.

JPEG - 75.3 ko
Ambiance studieuse : pendant cinq jours, les douze participants présentent leur travail, sous l’égide de Pep Bonet et Kadir van Lohuizen. Photo : G. Cuvillier/Nikon

- Quels sont les critères de sélection pour participer aux workshops ? Quels messages souhaitez-vous faire passer ?

Kadir : Dans les faits, il faut avoir moins de 30 ans. Mais il arrive que nous fassions quelques entorses au règlement… Par ailleurs, nous veillons à ce qu’il y ait une répartition égale entre hommes et femmes. Comme au sein de l’agence. Pep et moi appartenons à la « vieille génération », même si nous nous sentons jeunes dans nos têtes. Nous avons grandi avec la photographie. Aujourd’hui, Pep est devenu cinéaste. Il est nécessaire de s’exprimer sur différentes plates-formes, et nous insistons sur ce point auprès des jeunes. C’est devenu indispensable pour survivre dans ce métier.

Pep : Quand la vidéo a fait son apparition sur les reflex, je me suis tout de suite intéressé à l’image animée et j’ai commencé à faire des films, en me disant que je pouvais combiner photos et vidéos. Lorsque je ne faisais que des photos, je me sentais moins journaliste, car je me concentrais plus sur la dimension esthétique. Quand j’ai commencé à faire des films, j’ai réalisé que ce n’était plus moi qui parlais de mon travail ou de mes sujets : ce sont eux-mêmes qui racontaient leur propre histoire. Cela m’a beaucoup plu, d’autant que je n’ai pas fait de concessions sur le plan esthétique, par rapport à mon travail photographique.

Kadir : L’histoire montre que les photographes peuvent devenir de formidables réalisateurs. Nous sommes habitués à regarder et à composer. Je pense que c’est un avantage non négligeable.

- Quelle est la signature de l’agence Noor ?

Pep : J’ai envie de citer Stanley (NDLR : Stanley Greene, l’un des membres fondateurs de l’agence, décédé au mois de mai dernier) : « Notre mission consiste à mettre en lumière les endroits les plus sombres de la planète. » Il faut aussi souligner le fait que nous menons des projets au long cours. Nous nous accordons le temps nécessaire pour avoir la meilleure expertise possible dans les domaines sur lesquels nous travaillons. La plupart du temps nous nous retrouvons en marge du flux médiatique, en adoptant des angles éludés ou oubliés dans les médias.

JPEG - 105 ko
Les participants à la masterclass animée par Noor, réunis dans un escalier de l’Hôtel du Doyen, en face de la cathédrale de Bayeux. On pouvait y voir l’exposition Conflits oubliés, conflits de demain, qui célébrait le dixième anniversaire de l’agence. Photo : Benjamin Favier

Kadir : Nous formons un groupe de photographes très éclectique. Nous avons en commun le fait d’être tous indépendants. Chacun est libre de mener ses projets à sa guise. Le fait que nous ayons un équilibre hommes/femmes (NDLR : cinq membres sur treize sont des femmes) est assez unique dans l’univers des agences photo. Nous venons tout juste d’accueillir trois membres, en provenance d’Inde (Calcutta), et de Belgique (un homme et une femme). Quand on regarde leurs travaux, on s’aperçoit qu’ils rompent avec une certaine tradition du photojournalisme. Nous sommes tous à la recherche d’un langage visuel, dans ce monde en perpétuelle mutation. Il nous arrive d’élaborer des projets en groupe, ce qui nous permet de traiter différentes thématiques en peu de temps, avec des regards très différents. Cela enrichit l’histoire.

- Quel héritage laisse Stanley Greene à Noor ?

Kadir : C’était l’un de mes meilleurs amis. Nous avons tous les deux eu l’idée de créer Noor à l’époque. Il est comme un parrain. Il avait une personnalité unique. Un langage visuel unique. Il a été une grande source d’inspiration pour les membres de Noor, mais aussi pour la jeune génération. Nous ferons tout pour préserver cet héritage, maintenir un accès aux jeunes, et accroître notre visibilité auprès du public…

Pep : Il nous manque beaucoup, mais il est toujours dans les parages. Il laisse une quantité incroyable d’œuvres. C’était un excellent photographe. Il a été une source d’inspiration pour moi, avant que je fasse sa connaissance. Par la suite, nous sommes devenus de très bons amis. J’ai tellement de bons souvenirs de Stanley… Je l’ai toujours considéré comme un poète. Lors d’un anniversaire de l’un d’entre nous, chaque membre adresse un petit mot. Stanley écrivait toujours un long mail. Un long poème.

- Propos recueillis par Benjamin Favier

- Crédit image d’accueil : Pep Bonet et Kadir van Lohuizen, à Bayeux, lors de l’édition 2017 du festival des correspondants de guerre. Photo : Benjamin Favier

Quelques liens pour aller plus loin

- Lors de la cérémonie de clôture du festival Bayeux-Calvados des correspondants de guerre, Noor a annoncé un partenariat avec l’agence Upfront, spécialisée dans les contenus vidéos ; voir la présentation du projet
- Pour en savoir plus sur l’agence Noor http://noorimages.com/
- Notre entretien avec Stanley Greene, à l’occasion de la sortie de son livre Black Passport, en 2009

Cet article vous a plu ? Notez le et partagez le sur les réseaux sociaux !



Commenter cet article

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.