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SOTCHI 2014 : DANS LES COULISSES DE L’AGENCE GETTY IMAGES 2/2

23/02/2014 | Benjamin Favier

Ce soir aura lieu la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Sotchi. Après l’entretien avec le photographe Pascal Le Segretain, publié hier, Clément Caplain, technicien pour Getty Images, revient sur son expérience sur le terrain pendant les quinze derniers jours.

Combien de personnes ont représenté l’équipe photo de Getty Images à Sotchi ? En quoi a consisté votre travail sur place ?

Il y a cinq techniciens, plus de trente photographes et une quinzaine d’éditeurs. Les photographes et éditeurs sont d’une certain façon les premiers pour qui nous travaillons. Ils sont ceux qui nécessite notre attention et notre disponibilité à tout moment. La mise à disposition rapide des images dépend en grande partie d’eux, et leurs flux de travail ne doit jamais être interrompu. L’installation du bureau, la mise en réseau des postes de travail, la connexion aux serveurs et aux périphériques de stockage des images est notre première mission pour les éditeurs. Le support la maintenance et le monitoring de ces services constitue la deuxième phase, un fois les Jeux débutés.

Quelles étaient les principales tâches à accomplir auprès des photographes ?

Une fois les positions Getty Images de chacun des onze sites olympiques attribuées, il a fallu connecter le réseau virtuel de l’agence jusqu’au boitier du photographe. Cela nécessite l’installation de câbles réseaux jusqu’aux tremplins de saut à ski, aux sièges des tribunes, en passant par les sous-sols d’une arène de Hockey ou de patinage, de la même façon les appareils connectés fixés au plafond des arènes doivent eux aussi être reliés au réseau informatique. Une fois le travail accompli, le photographe n’a plus qu’à brancher le ou les câbles à son ou ses boitiers et se préoccuper uniquement de la qualité de ses photos.


Le photographe Clive Rose, de l’agence Getty Images, aux Jeux olympiques de Sotchi.
Photo : Doug Pensinger/Getty Images

Quelles méthodes de transferts étaient employées ?

Depuis le boitier photo jusqu’aux serveurs, il s’agit d’un lien réseau de 100 Megabits. Disponible depuis chaque position de photographe, sur chaque site olympique et dédié à Getty Images, ce réseau virtuel reliant toutes les zones de compétition est connecté à l’appareil photo via un câble réseau. Les paramétrages réseaux du boitier permettent de rentre disponible tous les clichés aux éditeurs. Automatiquement et quasi-instantanément (1,5 seconde) les images de chaque photographe sont disponibles pour l’editing depuis le bureau du centre de presse.
 Si l’accès à certaines positions avec du câble réseau s’avère impossible, un système d’ondes radio est utilisé avec des transmetteurs WFT fixés aux appareils photos.

Quels sont les principaux problèmes que vous avez rencontrés au niveau technique ?

Avant le début des épreuves, l’accès à certaines parties des sites olympiques était impossible lors des premières semaines, à cause des travaux. Au niveau du réseau, la qualité du lien fourni n’assurait pas 100 Megabits en continu, mais nous avons néanmoins rapidement résolu ce problème. Nous avons aussi du composer avec les interférences sur les ondes radio utilisées par les différents media : cela est problématique pour les émetteurs-récepteurs radio déclenchant les appareils photo à distance

Combien d’images ont été traitées par jour ?

Cela dépend des compétitions et de la densité de l’agenda olympique du jour. Une moyenne basse serait d’environ 58 000 photos ingérées quotidiennement pour environ 2 800 photos publiées.

Quel est le matériel utilisé par les photographes ?

Les photographes sport sont intégralement équipés de Canon EOS-1D X (NDLR : Pascal Le Segretain, membre de Getty Images qui nous a accordé un entretien, travaille pour sa part en Nikon, mais s’occupe de la rubrique Entertainment, c’est-à-dire l’extra sportif). La site suivante est l’équipement utilisé en supplément du matériel que possède déjà chaque photographe. Il s’agit principalement de boîtiers et optiques de secours, également utilisés pour les prises de vue à distance, le matériel étant alors fixé au toit des arènes de Hockey, sur des positions supplémentaires en montagne, etc.


Le matériel de secours pour les photographes de sport de Getty Images à Sotchi, comprend notamment vingt EOS-1D X et trois EOS 5D Mark III.

Les infrastructures étaient-elles bonnes à Sotchi ? En comparaison avec les J.O d’été de Londres, par exemple ?

Oui. Le système de transport et l’hébergement, même si ils étaient perfectibles, furent efficaces et corrects. Le site, très différent de Londres, a été construit de façon intelligente. Sur la côte, en dix minutes à pied maximum on peut passer du Hockey au Curling, patinage de vitesse… Concernant les sites « Montagne », la nature de chaque sport fait que les distances entre les disciplines sont plus importants. Des volontaires étaient là pour nous aider quand c’était nécessaire.


Le skieur français Thomas Mermillod Blondin en pleine action lors du Super-G, le 16 février à Sotchi. Photo : Clive Rose/Getty Images

Comment avez-vous vécu la concurrence et l’urgence de transmettre, de par votre fonction ?

C’est le principal défi des Jeux olympiques et autres événements importants sur lesquels Getty Images intervient. C’est aussi ce qui m’anime. La concurrence entre les agences photos est stimulante, nous n’avons pas le droit à l’erreur. Les équipements réseau, les serveurs, sont des services critiques qui se doivent d’être opérationnels en permanence. D’un point de vue personnel, il est gratifiant de savoir que les heures passées à ramper sous des tribunes ou en sous-sol afin de tirer les câbles réseaux des photographes sont récompensées par des images uniques et des moments de sports souvent émouvants !


Portrait de Clément Caplain. Photo : Ekaterina Serova / Privé

Le flux de production à la loupe


Chaque image reçue depuis les boitiers et stockée sur les serveur Getty Images du bureau situé au Centre de presse est immédiatement ingérée. Cela signifie que les clichés sont disponibles quelques secondes plus tard dans le logiciel d’édition d’images de Getty Images ; ainsi, chaque éditeur peut se connecter au flux d’images de chaque photographe ou de chaque sport/lieu, et suivre en temps réel l’arrivée des photos dans le système.
Les éditeurs se partagent ensuite le travail. Une personne d’expérience va « prioriser » les images, selon leur importance, leur pertinence, leur qualité. Elles seront ensuite éditées afin d’ajuster, si nécessaire, les niveaux, la colorimétrie, etc. La troisième équipe se charge d’inclure les métadonnées : nom des sportifs et mots-clés, permettant des recherches précises une fois les photos publiées sur les sites Getty Images. Le nom du photographe, l’événement, la date, le lieu et le sport sont au préalable ajoutés aux données IPTC lors de l’ingestion des images sur les serveurs.
Une fois l’editing terminé, le clichés sont envoyés sur les serveurs Getty de Londres et disponibles quelques secondes plus tard sur le site gettyimages.com.

- Le site de Getty Images
- Lire l’entretien avec Pascal Le Segretain, photographe de Getty Images, sur son expérience lors des Jeux olympiques de Sotchi

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  • Très intéressant duo d’articles sur Getty, sans doute une des raisons qui me font font continuer à suivre le site :-)

    Néanmoins, la conclusion de ces interviews montrant les méthodes de travail d’un acteur photo désormais quasi incontournable, est assez symptomatique de l’époque dans laquelle nous vivons aujourd’hui, et fait un parallèle explicite avec la devise des JO : toujours plus de photos, toujours plus vite transmises, jusqu’à l’écœurement. Ou la photo discipline sportive à part entière...

    Et même si la multiplication des moyens permet souvent de capturer des images à couper le souffle - que d’ailleurs on ne pourrait sans doute pas obtenir d’une autre manière -, on est très très loin de l’interrogation sur l’image, de la réflexion du photographe qui a une idée et prend le temps de la penser/structurer, au profit d’une production massive aux flux hyper tendus, d’une concurrence exacerbée, avec au final des images jetées au moins aussi rapidement (et injustement) qu’elles sont produites et consommées. C’est le "direct aux oubliettes" propre aux industries de masse...

    Sans nier l’existence de tout ça, et tout en concédant que cette vision des choses enfonce un peu des portes ouvertes, je me réjouis qu’à côté, quelques artisans photographes irréductibles arrivent tout de même à gagner leur vie avec un travail disons plus contemplatif (ou engagé), malgré les difficultés rencontrées au quotidien pour s’imposer ou s’en sortir.