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Sony A9 : premiers essais

30/05/2017 | Jean-Marie Sépulchre

Nous avons pu passer quelques heures avec le Sony A9, et prendre le pouls de ce boîtier événement, qui entend tenir la dragée haute aux Canon EOS-1D X Mark II et Nikon D5. Nos premières impressions.

Pour le reportage de choc en matière sportive ou animalière, cela fait une bonne dizaine d’années que vivait en 24 × 36 le duopole Canon / Nikon avec les déclinaisons de l’EOS-1D à 1D X Mark II pour l’un et de D3 à D5 pour l’autre. Avec aujourd’hui des caractéristiques proches – 20 Mpxl, 12 à 14 images secondes, vidéo 4K et hauts ISO utilisables sans difficulté en reportage – et une construction exemplaire de reflex monobloc intégrant une grosse batterie et le système autofocus le plus sophistiqué de la gamme, le tout pour un tarif supérieur à 6 000 € boîtier nu. Le Sony A9 les attaque frontalement avec un hybride qui a pour ambition d’être plus performant que les meilleurs reflex, en proposant une cadence de 20 images secondes en autofocus continu avec une couverture AF sur la plus grande partie du champ (693 points), un obturateur électronique montant à 1/32000s contre 1/8000s chez les concurrents et un capteur stabilisé. Le tout pour des dimensions équivalentes à celles des séries A7 et une masse de 673 g alors qu’il est protégé contre poussière et humidité… un Nikon D5 pèse le double. Après la présentation effectuée en avril), nous avons pu faire une prise en main de terrain, en attendant un nouveau test au bord des pelouses de rugby et nous l’espérons aux 24 heures du Mans pour tester la capacité de l’appareil en rafale et photos de nuit !

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Châssis en magnésium de l’A9.
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Joints internes de protection contre les poussières et l’humidité.

Prise en main

La prise en main est familière quand on connaît bien la série A7, mais il y a quand même quelque chose en plus…qui répond aux critiques justifiées sur l’ergonomie de la série d’origine : l’A9 accueille enfin des commandes directes pour régler l’autofocus et la cadence de tir sous forme d’une double molette avec verrou de sécurité à gauche du viseur. Il reste juste à doter d’un verrou la commande de correction d’exposition. La taille d’image dans le viseur ne change pas mais le nouveau viseur électronique présente une définition supérieure (3,7 Mpts contre 2,4). On note un défaut commun à la plupart des EVF, une image trop contrastée par grand soleil, on peut régler la luminosité mais un réglage de contraste serait également utile. L’écran arrière affiche 1,4 Mpts. Deux ports de cartes sont désormais disponibles (SD et mixte SD/MS), on peut s’étonner du fait que Sony, promoteur des cartes ultra rapides XQD n’en n’ait pas doté son vaisseau amiral. On remarque aussi que la batterie a changé pour un nouveau modèle, une poignée en option permet de travailler avec deux batteries. La capacité avancée par Sony est faible (480 photos par charge) et pourtant au cours de notre test de prise de vue en rafales après 1300 vues il restait encore 51% de charge. On peut supposer que la consommation est beaucoup plus forte en vue par vue quand on prend son temps pour le cadrage puis la visualisation de l’image qu’en rafale où le viseur électronique est sollicité moins longtemps…une seconde pour une vingtaine d’images contre deux à trois secondes par image en vue par vue tranquille.

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Contrairement aux A7, l’A9 dispose de molettes avec verrou de sécurité pour régler l’autofocus et la cadence de déclenchement.

Les rafales

Notre prise en main a été assez brève et en un lieu plus touristique que sportif, mais l’essentiel pour nous a été de vérifier si les promesses de l’autofocus semblaient tenues : plusieurs tests ont été faits avec des canots à moteur se rapprochant ou s’éloignant du photographe, en utilisant un zoom 70-200 mm f/2,8 calé à pleine ouverture à la focale de 200 mm. Sur une séquence de 10 secondes d’un bateau se rapprochant du photographe, nous avons compté 184 images enregistrées sur une carte Sony SDHC 1 à 90 MB soit une moyenne de 18,4 i/s. En examen 100 % écran nous avons constaté que 6 images étaient floues et 9 présentaient un léger front focus, toutes les autres étaient impeccables soit un taux de réussite de 92%. Sur une séquence de 5 secondes d’un bateau s’éloignant du quai tout en amorçant un virage, même cadence de 18,4 i/s et 6 images floues, 6 d’une netteté juste moyenne (apte au tirage A4). Enfin sur un suivi latéral de type filé (mais à vitesse d’obturation élevée) l’autofocus travaillait moins car le sujet variait peu de distance, une cadence de 19,4 i/s a été constatée sur 136 photos.

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Extrait de 6 secondes en rafale sur une séquence de 10 secondes d’un bateau approchant du quai.

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Première des 184 vues analysées avec le bateau se rapprochant et extrait 100% écran.

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Dernière des 184 vues analysées avec le bateau se rapprochant et extrait 100% écran.
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Première des 92 vues analysées avec le bateau s’éloignant et extrait 100% écran.

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Dernière des 92 vues analysées avec le bateau s’éloignant et extrait 100% écran.

Hauts ISO

Canon et Nikon ont poussé très haut l’ambition en hauts ISO sur leurs vaisseaux amiraux alors que Sony s’est limité à 51 200 ISO (avec une possibilité de « dopage » jusqu’à 204 800 ISO)… On ne cherche pas encore les 3 million d’ISO. Nous avons essayé l’appareil en intérieur entre 3 200 et 51 200 ISO, en Jpeg et en Raw traité dans Ligthroom CC. Avec une lumière correcte sans être très abondante (1/60s f/5,6 à 3 200 ISO) le rendu en Jpeg est encore excellent à 6 400 ISO et bon à 12 800 ISO, avec une perte de détails fins et un obscurcissement des couleurs. Il vaut mieux passer en traitement du Raw à partir de 12 800 ISO et a fortiori à 25 600 ISO, alors que l’image n’est pas bonne à 51 200 ISO même en Raw, elle passerait néanmoins en usage presse.

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Scène de test en hauts ISO, focale 35 mm f/5,6.


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Extrait 100% du JPEG boîtier, de 3 200 à 12 800 ISO.


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Extrait 100% du Raw traité à vue avec LR CC, de 12 800 à 51 200 ISO.

Nous avons doublé cet essai avec une prise de vue plus sévère, avec un sujet plus sombre et à l’ombre en intérieur : un lit à baldaquin de couleur rouge sombe se trouve dans une alcôve alors qu’à droite de la scène un tableau assez clair est sur le mur blanc. Dans ces conditions, le traitement des Jpeg dans le boîtier montre ses limites, la texture du velours du baldaquin s’estompe fortement en montant en ISO, le traitement du Raw sous LR garde le relief du tissus mais le grain devient plus présent.

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Scène de test en hauts ISO avec zone à l’ombre, focale 35 mm f/5,6.



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Extrait 100% lumière et ombre, Jpeg et Raw traité à vue avec LR CC, 3 200 ISO.



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Extrait 100% lumière et ombre, Jpeg et Raw traité à vue avec LR CC, 6 400 ISO.



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Extrait 100% lumière et ombre, Jpeg et Raw traité à vue avec LR CC, 12 800 ISO.

Un système encore incomplet

Pour un usage pro un boîtier doit disposer d’une vaste gamme d’objectifs dédiés à la plupart des usages. Si les gammes très fournies de Canon et Nikon peuvent être complétées par une offre abondante de compatibles de haute qualité – Sigma Art, Tamron SP, Zeiss par exemple – ce n’est pas encore le cas des Sony E, la marque faisant des efforts pour faire vivre deux montures différentes selon la catégorie du boîtier : à miroir fixe, ou sans miroir. Certes, les objectifs A destinés à l’origine aux reflex peuvent se monter sur l’A9 avec un adaptateur LA-E3 mais la vitesse descendra alors à 10 images seconde… moins bien que sur l’A99 II ! Si l’A9 veut vraiment se faire une belle place en photo de sport mécanique et d’animalier il faut moderniser les incontournables 300 mm f/2,8 et 500 mm f/4 qui n’existent qu’en monture Sony A, c’est là un handicap incontestable par rapport à Canon et Nikon qui proposent des fixes de 300 mm, 400 mm, 500 mm, 600 mm et 800 mm. Une autre faiblesse peut être notée en matière de grands angles ultra lumineux et d’objectifs macro en longue focale, mais des solutions alternatives avec des bagues d’adaptation peuvent être imaginées. En matière de zooms de base en revanche la gamme est bien fournie, et certaines optiques dont nous avons critiqué lors de nos essais la netteté « limite » avec le capteur 42 Mpxl de l’A7 R II passeront toutes très bien avec la définition plus raisonnable de 24 Mpxl de l’A9.

L’annonce des nouveaux zooms 12-24 mm f/4 et 16-35 mm f/2,8 est une bonne nouvelle pour le reportage rapproché…attendons désormais quelques grands tromblons !

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Zoom 12-24 mm, 12 mm à f/5.
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Zoom 12-24 mm, 12 mm à f/5,6.
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Zoom 16-35 mm, 20 mm à f/2,8.
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Zoom 16-35 mm, 25 mm à f/9.

- Le site de Sony

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  • Selon vos dires : "un Nikon D5 pèse le double"...
    Certes mais quand on utilise des optiques qui dépassent un certain encombrement/poids, un reflex tel que le D5 prend le dessus en terme de prise en main et de stabilité !
    Vos allégations sont uniquement celles de journaliste-commerçants et non d’utilisateurs.

  • Peut-être ais-je utilisé un NIkon F2 à moteur (5 images seconde avec l’alimentation spéciale !!!) avant vous. Ou pas. Et un D3 pendant presque dix ans...ou pas. Ou un Pentax 6 x 7 et une chambre Sinar. Ou pas...

    On peut quand même comparer des offres sans se faire traiter de non utilisateur, je passe sur le reste ...

  • Qu’en est il de la dynamique dont certains essayistes d’outre manche disent qu’elle est inférieure aux modèles beaucoup moins chers de la marque ?

  • Difficile de juger de la dynamique lors d’une première prise en main, j’ai cependant noté qu’il fallait faire attention à ne pas griller les hautes lumières !

  • C"est normal ce taux de déchets sur des photos d’un pauvre bateau à moteur ? Je n’ose imaginer le même test sur un offshore.

  • @2
    F2, FM2, F3 HP, Pentax 6x7, Chambre technique, etc. j’ai utilisé en studio et en extérieur...
    J’utilise encore D3 et suivants, Mamiya 7II, etc.
    Avec ces outils, j’ai fait de la pub, de la mode, du portrait de presse, du reportage, etc.
    Maintenant, je m’attache aux livres pas du Eyrolles ou du ePub... ;)
    Mon expérience reste néanmoins modeste face à certains autres photographes mais j’assume tout de même mes propos précédents.
    Je respecte votre business mais respectez mon désaccord.
    Je n’ai jamais fait de photos de briques pour voir la vie en bleue, désolé.

  • Il n’y a pas que des isos et des rafales en photo si ont ne voit rien dans le viseur électronique en plein soleil, sans parler de l’ergonomie et la consommation de la batterie, pour un appareil à 4000 euros cela fait beaucoup il ne faut pas oublier la revente les puristes préfèrent avoir autour du cou des marques connus....pas un électronitien

  • @1 et 6
    Avant de demander le respect, il faudrait en faire preuve !! vos post non rien de respectueux sur le travail de JMS, qui n’a plus grand chose à prouver en terme de test de matos photos

  • On voit par ces quelques commentaires les limites de certains "puristes" complètement hermétiques à la technologie, à la nouveauté et à l’innovation...
    Parler de cet article comme étant commercial... On voit que vous ne présentez aucun respect pour le journaliste qui présente pourtant un article totalement objectif...sans jeu de mots hein ;)
    Pour vos "vrais reflex", ils sont amenés à disparaître, quelle voiture utilisé encore un carburateur de nos jours... ?

  • @9 Moi ce que je vois, c’est un appareil qui fait des rafales de ouf sur un sujet statique. Dès que le sujet bouge un peu (on parle ici d’un bateau à moteur), il y a 8% de déchets. Et franchement, on va attendre encore un peu avant d’enterrer les vieux reflex.

  • @9
    "Pour vos "vrais reflex", ils sont amenés à disparaître, quelle voiture utilisé encore un carburateur de nos jours... ?"

    On s’en fout, on sera mort avant... :)

  • A chaque fois que sony sort un appareil photo ont prédit la mort des reflex cela fait dix que j’entend ce discourt

  • Pour les utilisateurs de réflex purs et durs, il faut noter qu’on a enfin avec l’A9 une visée continue en rafale (chose impossible avec un réflex) et une rafale complètement silencieuse. Essayez de prendre une rafale avec un Canikon dans un concert classique et vous êtes viré dans les 30 secondes. Ne pas voir ces progrès très utiles est une preuve d’étroitesse d’esprit. La gamme d’objectifs natifs est encore un peu courte mais un utilisateur Canon pourra utiliser ses caillous sans problème avec un A9 et même stabiliser les optiques qui ne le sont pas en utilisant des bagues d’adaptation Commlite ou Sigma. La seule solution à court terme pour Canikon pour arriver au niveau de Sony, c’est le miroir fixe semi-transparent comme utilisé sur le Canon RT mais au prix d’un obscurcissement de la visée de 50% et d’une perte ´quivalente au niveau de la lumière arrivant au capteur.

  • L’autre jour une vendeuse (la cinquantaine) sur un vide-greniers m’a affirmé que l’argentique "reviendra un jour, c’est sûr" !
    Si vous le dites, ma bonne dame, mais votre Minolta Dynax à 150 euros vous pouvez vous le garder.
    Tout ça pour dire .... Zut j’ai oublié !
    Ah oui : je ne sais pas les autres mais moi je suis ravi de mon A7rII et je ne me prends pas la cabeza.

  • Ha, ha ! 20 images à la seconde ça s’appelle une caméra et pas un appareil photo et franchement, 20 images à la seconde ça sert à quoi si ce n’est considérer qu’on à la plus longue et la plus grosse ? Quand aux ISO, vivement qu’on puisse faire une image sur exposée dans le noir total, ce sera la classe. A ce train là, le monde de la photo va ressembler de plus en plus au monde de la bagnole, des trucs parfaitement inutiles mais satisfaisant l’égo. Sans intérêt à mes yeux.