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TEST Fujinon GFX 50S : mesures complémentaires du trio optique

07/04/2017 | Jean-Marie Sépulchre

Nous avons pu tester et publier dans notre numéro 94 les pré-séries de trois des six objectifs annoncés pour constituer la gamme Fujinon GF destinés au GFX. Le coup d’essai montre un haut niveau de maîtrise alors même que nous ne disposions que du Jpeg pour en juger. Les logiciels de dématriçage des Raw étant désormais disponibles nous complétons ici notre première impression.

Si les objectifs Fujinon pour la série « X » APS jouissent d’une excellente réputation, bien justifiée selon nos essais, on a pu lire sur certains forums quelques craintes sur le fait que « repartir à zéro » sur une nouvelle gamme était périlleux. C’était oublier non seulement que les Fujinon pour moyen format reflex, télémétriques, ou autofocus constituaient une lignée glorieuse pour la marque, mais aussi que le constructeur a collaboré très étroitement avec Hasselblad pour la gamme des objectifs H donc n’est pas dénué d’expérience pour le « moyen format numérique ». Le trait commun des six objectifs annoncés est leur construction « WR » pour résister aux poussières et à l’eau, mais aussi au froid jusqu’à -10°C avec des joints d’étanchéité. Ils disposent tous d’une large baïonnette en laiton, mais pour l’instant seul le 120 mm macro dispose d’un stabilisateur, on aurait apprécié que le zoom « angle large » de base en soit également pourvu comme c’était le cas au lancement des boîtiers de la série X. Et les concurrents du créneau moyen format n’en disposent pas. Les premiers modèles sont aussi assez timides quant à l’ouverture maximale, mais en ce qui concerne les flous il faut noter que le coefficient de conversion de ×0,8 qui s’applique au cadrage doit aussi être considéré pour l’ouverture et la profondeur de champ : ainsi, un 63 mm f/2,8 se comparera à un 50 mm f/2,2 et un 120 mm f/4 à un 96 mm f/3,2.

Prise en main et formule optique

Les trois objectifs testés sont de même finition traditionnelle, construits en métal avec une baïonnette en laiton elle-même protégée par un joint. Les joints d’étanchéité sont aussi situés à l’intérieur des optiques, notamment au niveau de la lentille frontale. Les bagues de distance et de zooming pour le 32-64 mm sont finement striées et de manipulation très aisées, une bague de diaphragme aux gravures très apparentes permet de commander la priorité ouverture et l’exposition manuelle, une position A permettant de basculer en mode priorité vitesse et programme. Les diaphragmes sont tous à ouverture circulaire avec 9 lames. Les trois objectifs ont des lentilles en verre à faible dispersion, seul celui à focale variable est renforcé par trois lentilles asphériques.

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Position des joints d’étanchéité

Le piqué

Faute de disposer au moment du test de logiciel compatible avec les RAW du GFX, le piqué a été mesuré dans un premier temps en Jpeg avec un style d’image standard sans aucun réglage spécifique de netteté. Dans un second temps, nous avons converti les fichiers Raw avec notre logiciel Ligthroom CC qui a été mis à jour après le bouclage du magazine. Le piqué déjà globalement excellent en « sortie de boîtier » est encore amélioré sans aucun réglage particulier (exportation pour tirage papier brillant, netteté standard) sauf pour les plus petites ouvertures : bien qu’il n’y ait pas de communication à cet égard, il semble bien qu’il y a un contrôle « anti-diffraction » dans le traitement du Jpeg, comme le fait aussi Sony avec sa série A7.

32-64 mm f/4

Seul le zoom nous a causé un petit souci, du fait d’un léger décentrement visible seulement à 46 mm et pleine ouverture, sans doute un peu de jeu dans un assemblage de pré-série. Globalement le piqué est très élevé aux ouvertures moyennes pour l’objectif à focale variable avec une netteté superlative à f/8 et f/11 pour le paysage à toutes les focales, mais globalement de f/5,6 à f/16 la qualité est au moins au grade excellent. Le traitement automatique des Raw donne de meilleurs résultats à 32 et 64 mm, mais pour la focale intermédiaire de 46 mm les angles sont en léger retrait par rapport au Jpeg. Les histogrammes détaillés montrent cependant qu’en zone centrale et zone des tiers on a un léger gain avec Lightroom CC.

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Carte de piqué en Jpeg du zoom 32-64 mm pour le format 62 × 83 cm. Les cases bleues figurent les meilleurs résultats résultats.
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Carte de piqué en Raw converti LR du zoom 32-64 mm pour le format 62 × 83 cm. Les cases bleues figurent les meilleurs résultats résultats.
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Histogramme en Jpeg du zoom 32-64 mm pour le format 62 × 83 cm.
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Histogramme en Raw converti LR du zoom 32-64 mm pour le format 62 × 83 cm.

63 mm f/2,8 et 120 mm f/4

Les focales fixes pour leur part sont aussi de très haut niveau, avec un piqué excellent ou superlatif à toutes les ouvertures pour le 120 mm et de même niveau entre f/5,6 et f/16 pour le 63 mm, dont le piqué est superlatif au centre et zones de tiers dès la pleine ouverture, mais des angles en léger retrait. Quand on traite les Raw avec LR le rendement est encore meilleur aux plus grandes ouvertures, mais comme pour le zoom la diffraction est plus gênante à f/22.

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Carte de piqué en Jpeg des focales fixes pour le format 62 × 83 cm. Les cases bleues figurent les meilleurs résultats résultats.
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Carte de piqué en Raw converti LR des focales fixes pour le format 62 × 83 cm. Les cases bleues figurent les meilleurs résultats résultats.
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Histogramme en Jpeg des focales fixes pour le format 62 × 83 cm.
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Histogramme en Raw converti LR des focales fixes pour le format 62 × 83 cm.

Quid du logiciel Fujifilm ?

Nous n’avions pu disposer durant notre test que d’une version provisoire du logiciel Raw File Converter EX 2 powered by Silkypix, la version définitive est maintenant en ligne et a pour premier avantage d’être totalement gratuite. Autre atout, le logiciel est compatible avec les anciens Windows sous 32 bits alors que LR nécessite un système 64 bits. En contre partie certains réglages sont peu évidents à maîtriser et il est conseillé de consulter l’aide en ligne contenue dans le logiciel. Par défaut le développement des Raw procure des images moins piquées qu’en Jpeg mais nos essais ont montré que pour les tests sur mire une légère correction de netteté (netteté des contours 34, détails 79, faux contours 0) donne des résultats équivalents, et même meilleurs à pleine ouverture sur le 120 mm que nous avons pris comme exemple pour un traitement personnalisé. Cependant le dosage est délicat, car ce piqué en augmentation présente quelques franges qui ont pour effet, sur une photo de paysage, de brouiller les détails les plus fins. Et ce logiciel mérite aussi d’autres critiques, notamment parce que le rendu des couleurs des simulations de film n’est pas exactement semblable au rendu des Jpeg boîtier, ou de la conversion des Raw à l’intérieur du boîtier, et qu’il faudra s’attacher à peaufiner ses traitements, alors que Lightroom est d’un abord beaucoup plus facile et donne d’excellents résultats en piqué et colorimétrie par défaut.

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Interface du logiciel Fujifilm.
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Histogramme comparé du 120 mm pour le Jpeg et pour le traitement du Raw avec RFC pour le format 62 × 83 cm.

Les défauts optiques

Le vignetage est quasi invisible, ne dépassant pas 0,2 IL dans toutes les conditions de test. L’aberration chromatique est exceptionnellement basse, avec au maximum 0,4 pixel pour le zoom et 0,1 pixel pour les zooms. Le vignetage pourra nécessiter une correction minime sur le zoom (- 0,08% au maximum) mais surtout sur l’objectif macro en cas de reproduction de documents ou d’œuvres d’art car la déformation en coussinet de – 0,15 % pourrait se voir. Ces valeurs mesurées en Jpeg se retrouvent lors des mesures effectuées sur les Raw convertis par Lightroom.

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Vignetage et distorsion (grossie × 5 fois) du zoom 32-64 mm.
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Vignetage et distorsion (grossie × 5 fois) des objectifs 63 et 120 mm.

Verdict

- Caractéristiques 8/10 (9/10 pour le 120 mm)
Ces objectifs inaugurent une gamme nouvelle adaptée au moyen format GFX avec un profil « tout temps » mais on aurait apprécié la présence d’un stabilisateur sur les 32-64 et 63 mm comme sur le 120 mm.

- Fabrication 9/10
La construction traditionnelle, en métal avec des joints d’étanchéité et des bagues de réglage très aidées à actionner. 

- Ergonomie 8,5/10
L’autofocus est très précis mais manque parfois de rapidité, sur le 120 mm la stabilisation est silencieuse mais il faut se souvenir qu’un fichier de 50 millions de pixels fera apparaître la moindre vibration et garder une marge de sécurité supplémentaire.

- Qualité optique 9/10
Le piqué est globalement excellent compte tenu du niveau d’exigence d’un capteur 50 Mpxl, vignetage et distorsion sont très bien contenus, seule la distorsion mesurée sur le 120 mm pourra nécessiter une petite correction en post-traitement.

- Qualité/Prix 8/10 pour le 63 mm, 7/10 pour les 32-64 et 120 mm
Le prix est très élevé dans l’absolu, mais contenu par rapport à la concurrence ce qui est un atout pour que le système trouve une place dans un créneau de marché de faible volume.

Notes globales

Fujinon GF 32-64 mm : 8,5/10
 – Fujinon GF 63 mm : 8,6/10
 – Fujinon GF 120 mm : 8,6/10

Verdict technique : oui
Coup de cœur : oui

LES +

- Qualité optique
- Construction tous temps

LES –

- Seul le 120 mm est stabilisé
- Prix élevé du 120 mm

- Lire le test complet du Fujifilm GFX 50S et des trois optiques ci-dessus dans notre numéro 94, actuellement en kiosque, et disponible sur notre application sous iOS et Android

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Messages

  • Avec JMS on ne voit pas la vie en rose mais en bleu avec parfois un peu de vert pour agrémenter le décor :)

  • Merci pour vos tests que je lis toujours avec beaucoup d’intérêt, y compris sur les n° hors série dédiés aux objectifs.
    J’envisage l’achat d’un GFX et j’hésite entre le 63mm et le zoom, dont on dit l’AF plus rapide que sur le 63.
    Mais ma focale de prédilection étant le 50 (en 24x36), et vos test démontrant une qualité d’image d’un très bon niveau, je crois que je pourrais me faire très plaisir avec l’ensemble GFX + 63mm.