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World Press Photo, suite et fin de la polémique : le jury retire son prix à Giovanni Troilo

06/03/2015 | Sandrine Dippa

Suite à la polémique, le jury du World Press décide finalement, après l’avoir confirmé, de retirer son World Press à Giovanni Troilo auteur d’un reportage sur la ville de Charleroi intitulé, « The Dark Heart Of Europe - La ville noire ».

Bref rappel des faits. Le 2 mars dernier, le jury du World Press Photo décide de conserver le prix du photographe Giovanni Troilo au palmarès, qu’il a obtenu grâce à sa série « The Dark Heart Of Europe - La ville noire » : un reportage consacré à Charleroi supposé refléter « ce qu’il a pu voir sur place ».

Une récompense maintenue malgré la vision « portant préjudice à la ville de Charleroi (…) à ses habitants ainsi qu’à la profession de photojournaliste », avait dénoncé Paul Magnette, le bourgmestre de Charleroi à travers une lettre adressée au World Press (relayée sur le site OurAgeIsThirteen) exigeant le retrait du prix au photographe.

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Le cliché pris à Molenbeek et non à Charleroi mis en cause par le Jury du World Press Photo. Photo : Giovanni Troilo, Italie, Luz Photo / The Dark Heart of Europe

Les membres du jury ont alors expliqué, dans un communiqué publié le 2 mars sur leur site, « qu’aucun fait trompeur n’avait été découvert » après investigation. Une prise de position ambiguë, loin de faire l’unanimité dans la profession. Jean François Leroy, directeur de Visa pour l’image, avait par exemple pris la décision de ne pas exposer les lauréats du World Press cette année au festival.

Nouveau rebondissement en début de semaine. Dans un communiqué publié le 4 mars, le World Press décide « après avoir reçu de nouvelles informations » de finalement retirer son premier prix au photographe Giovanni Troilo. Selon les organisateurs du concours, une des photos de la série n’a pas été prise à Charleroi, mais à Molenbeek, une des communes de Bruxelles. « Troilo a confirmé (…) que l’image n’a pas été prise à Charleroi (…). Cette information falsifiée constitue une violation des règles du concours », explique Lars Boeing le directeur du World Press Photo. « Jusqu’ici, nous avions maintenu le prix, car il n’y avait pas de preuve tangible qu’une règle avait été enfreinte. Nous avons pris la question au sérieux et compris les enjeux. »

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Le photographe Giulio Di Sturco obtient le premier prix dans la catégorie « Sujets contemporains. » Crédit photo : Chollywood, L’industrie du film Chinois, Italie, Giulio Di Sturco

Ce n’est donc pas l’image « faussée » véhiculée par le photographe à travers son reportage et les montages que les organisateurs condamnent, mais le fait qu’une des photos de la série ait été prise en dehors de Charleroi ! Comme lors de la première décision, le World Press apporte des explications peu claires pour justifier leur décision remettant en question la crédibilité de ces explications.

Interrogé par le quotidien suisse Le Temps le photographe Matthieu Gafsou, lauréat du prix HSBC pour la photographie en 2009, s’est exprimé sur la polémique entourant le World Press : « En retirant le prix à Giovanni Troilo à cause d’une image prise ailleurs qu’à Charleroi, le World Press Photo (…) élude les vraies question. »

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Le second prix de la catégorie « Sujets contemporains » est attribué à Tomas Van Houtryve pour son reportage « Blue Sky Days » Crédit photo : Tomas Van Houtryve, Belgique, VII pour le Harper’s, Blue Sky Days

Ce retrait n’est cependant pas une première dans l’histoire du World Press. En 2010, le jury avait disqualifié Stepan Rudik, lauréat du troisième prix dans la catégorie sport, estimant que le photographe avait violé les règles du concours en gommant avec Photoshop un bout de pied parasitant sa photo. Concernant l’œuvre de Troilo cette année, ce ne sont pas des manipulations digitales qui sont pointées du doigt, mais le fait que le photographe ait monté son reportage de toutes pièces bafouant ainsi les fondements du photojournalisme.

Giovanni Troilo disqualifié, les prix dans la catégorie « Sujets contemporains » sont donc redistribués. Ainsi, le photographe Giulio Di Sturco obtient le premier prix pour sa série « Chollywood » consacrée au cinéma chinois, tandis que le second prix est attribué à Tomas Van Houtryve pour son reportage « Blue Sky Days ». Il n’y aura pas de troisième prix décerné dans cette catégorie cette année.

- Crédit photo d’accueil : Giovanni Troilo, Italie, Luz Photo / The Dark Heart of Europe

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  • "Concernant l’œuvre de Troilo cette année, ce ne sont pas des manipulations digitales qui sont pointées du doigt, mais le fait que le photographe ait monté son reportage de toutes pièces bafouant ainsi les fondements du photojournalisme."
    Ici, il n’y a que "de toutes pièces" (et encore) qui est important. Car qui pourrait croire, aujourd’hui comme hier, que les reportages ne sont que des images d’une "objectivité" sans faille où la mise en scène est absente. Il n’est même pas sûr que Giovanni Troilo, que je ne connais pas, n’ait pensé son travail en ce sens, cherchant à mettre l’accent sur la suspicion que tout spectateur éprouve à la vue de n’importe quel reportage. Et en cela, il aurait parfaitement réussi.

  • D’accord, mais il y a encore une grande marge avec une "mise en scène" de lieux et personnages bien réels et une mise en scène avec des figurants proches ou non du photographe......