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2014 : l’année des experts ?

24/12/2014 | Franck Mée

En 2014, plus d’une centaine de nouveaux appareils ont été lancés sur le marché. Beaucoup ? Oui et non : c’est beaucoup moins qu’en 2013, malgré la poussée de certains marchés.

La fin de l’année, c’est souvent l’heure des bilans. Il est un peu tôt pour tirer celui du marché photo en 2014 – dont les chiffres ne seront sans doute pas connus avant février ou mars –, mais nous pouvons d’ores et déjà observer les tendances dans l’évolution des gammes de produits.

Entrée de gamme : place au smartphone

En 2012, nous avions compté plus de 150 nouveaux compacts. En 2013, les constructeurs sentant venir la contraction du marché (les ventes ont chuté de 40 % cette année-là) ont réduit leurs gammes : seuls 120 modèles sont nés. Et en 2014, nous avons peiné à dépasser les 80 nouveautés, même en comptant les Sigma Quattro et le Hasselblad Stellar II !

En fait, c’est sur l’entrée de gamme que la chute est la plus spectaculaire. En 2012, chaque grande marque avait lancé au moins cinq compacts à moins de 200 €, avec des zooms 4x ou 5x le plus souvent. En 2013, Fujifilm n’avait pas renouvelé sa série J et le minimum syndical était descendu à trois modèles. En 2014, Casio, Olympus, Panasonic et Pentax n’ont tout simplement lancé aucun appareil d’entrée de gamme, et Canon, Samsung et Sony ont quant à eux proposé seulement sept appareils abordables. En fait, un seul constructeur a persisté à renouveler l’intégralité de sa gamme comme par le passé : Nikon, avec sept produits rien qu’au CES et quelques compléments en cours d’année.

Même les gammes étanches ont été plus sobres que l’an passé. Fujifilm n’a lancé qu’un appareil plongeur, le XP70, Panasonic n’a pas donné d’héritier au FT5, et ce sont plutôt les « action cams » qui font parler.

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Ventes mondiales de compacts et bridges, statistiques CIPA. Sur janvier-octobre 2014, le marché a chuté de 64 % par rapport à janvier-octobre 2012.

La cause semble entendue : le marché des appareils photo est saturé et les photographes occasionnels peuvent de plus en plus aisément compter sur leur smartphone. Plus pratique, disposant de fonctions variées, capable de publier immédiatement une image, celui-ci n’a même plus vraiment de handicap technique face à l’appareil photo dédié.

Les smartphones reçoivent en effet des capteurs Cmos BSI dès le milieu de gamme (le Wiko Slide, par exemple) avec souvent des objectifs très lumineux ; au grand-angle, ils offrent donc une qualité comparable à celles des compacts. Et à l’heure de la publication en ligne, les définitions élevées permettent de recadrer sereinement si la focale est trop courte. Les hauts de gammes s’enrichissent également de fonctions jusqu’ici réservées aux appareils photo, comme la stabilisation optique (Samsung Note 4, LG G3) et l’enregistrement Raw. En outre, leur puissance de calcul peut également participer à la qualité d’image : par exemple, certains (HTC One M8, Huawei Honor 6 Plus…) créent une cartographie en relief de la scène pour pouvoir restreindre artificiellement la profondeur de champ et mieux faire ressortir un sujet.

En outre, les modèles étanches ne sont plus exceptionnels, à l’instar des Sony Z3 et Samsung S5 : le smartphone a quasiment remplacé le compact classique et devrait rapidement s’attaquer aux compacts baroudeurs.

Le segment des « gros zooms » reste bien entendu à part et les modèles emblématiques ont été renouvelés (Canon SX600 et SX700, Nikon S9600 et S9700, Panasonic TZ55 et TZ60, Sony HX60). Logique, le zoom optique étant toujours absent de l’immense majorité des smartphones (le Samsung K Zoom est une notable exception). Néanmoins, un premier signe d’inquiétude concerne également ce segment : Fujifilm, qui fut le premier à « sabrer » son entrée de gamme, n’a pas renouvelé son F900 EXR.

Expert : qualité en hausse

Non content de résister, le segment « expert » accélère le rythme des évolutions. La lignée Sony RX100 a secoué le marché en proposant un rapport qualité/encombrement inédit ; Canon G7 X et Panasonic LX100 sont ainsi venus répondre aux Sony avec des solutions assez différentes, mais très intéressantes.

Sont-ils pour autant à l’abri des smartphones ? Si Nokia, puis Microsoft, ont jusqu’ici peiné à imposer le Lumia 1020 et son grand capteur, il a pu être freiné par l’écosystème Windows Phone. Le lancement du Panasonic CM1, fonctionnant sous Android et donc compatible avec une gamme bien plus large d’applications, est un signal intéressant qu’il faudra observer avec attention. Les prochaines versions d’Android vont également permettre des contrôles plus avancés du module photo : l’enregistrement Raw, par exemple, deviendrait possible sur la totalité des nouveaux terminaux.

L’évolution des bridges s’est longtemps résumée à une assez vaine course au gros zoom. Celle-ci n’est certes pas terminée, mais les gammes de bridges abordables se sont simplifiées, tandis que les bridges experts sont de retour, avec les Sony RX10 et Panasonic FZ1000. Olympus propose également, avec le Stylus 1, un bridge-compact à ouverture constante fort intéressant.

Dans l’ensemble, la spectaculaire contraction de l’entrée de gamme s’est donc accompagnée d’un foisonnement de solutions intéressantes en haut de gamme. 2014 restera donc une très bonne année pour le photographe aguerri à la recherche d’un compact ou d’un bridge.

Objectifs interchangeables : le choc

Commençons par un véritable choc : le métronome de Canon s’est arrêté. Voyez plutôt : 450D en janvier 2008, 500D en mars 2009, 550D en février 2010, 600D en février 2011, 650D en juin 2012 (le séisme japonais et les inondations thaïlandaises ont fait perdre quelques mois), 700D en mars 2013… Puis plus rien. Pourtant, en mars 2014, Canon n’aurait eu aucun mal à justifier le renouvellement du modèle : il suffisait d’intégrer le surprenant capteur de l’EOS 70D, comme le 550D avait hérité celui du 7D.

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Entre l’entrée de gamme EOS 1200D et le pro EOS 7D Mk II, Canon n’a lancé qu’un reflex en 2014 : la version blanche du mignon EOS 100D, lancé l’année précédente.

Ne soyons pas alarmistes : nous serions très étonnés qu’un EOS 750D n’arrive pas en 2015. Mais le simple fait de voir cette gamme réglée comme un coucou suisse rester au catalogue au-delà de la date attendue est l’indication d’un ralentissement.

De fait, le marché du reflex à petit capteur n’a vu que peu de nouveautés : cinq modèles seulement, dont les très attendus Canon EOS 7D Mk II et Sony Alpha 77 II. Nikon a soutenu le nombre de nouveautés en renouvelant presque intégralement sa gamme 24x36 mm, mais l’année reste sobre : les traditionnels best-sellers (le milieu de gamme APS) sont partout des millésimes 2013.

La sagesse des reflex est-elle compensée par des hybrides débridés ? Pas vraiment. Seul Sony multiplie les compacts à objectifs interchangeables, avec trois modèles à petit capteur, un « smart lens » et trois « full frame » – les α7 et α7R ont été annoncés fin 2013, mais sont réellement arrivés en masse sur le marché cette année.

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Après une année 2013 sous le sceau de l’expert, Olympus s’est contenté de milieu de gamme en 2014 – dans le couple E-M10 + 14-42 mm EZ, l’objectif a plus fait tourner de têtes que le boîtier.

Fujifilm, Olympus et Panasonic, en particulier, grands fournisseurs de nouveaux hybrides en 2013, ont largement levé le pied en 2014 : le premier n’a lancé qu’un modèle (mais quel modèle : le X-T1 est un de nos coups de cœur de l’année), le deuxième a timidement renouvelé ses produits amateurs et le troisième s’est adressé aux cinéastes au moins autant qu’aux photographes.

Une évolution bienvenue

Pour notre part, nous trouvons que cette évolution du marché va dans le bon sens : moins de produits, mais des produits plus soignés et mieux ciblés. La note moyenne des tests progresse d’ailleurs, de 8,1 en 2013 à 8,3 cette année. Le Nikon D4s et son 8,9 ont bien entendu tiré la moyenne vers le haut, mais de manière générale les appareils testés sont en progrès. Les compacts et bridges experts proposent une qualité difficile à imaginer il y a deux ans, les COI ont désormais des autofocus et des ergonomies aussi efficaces ou presque que les reflex, et ceux-ci gagnent en efficacité en vidéo et en visée sur écran.

Et pour 2015 ? Nul doute que l’évolution des smartphones va rester intéressante à observer. Stabilisation optique et capteur plus grand sont arrivés, les fonctions pour photographes aguerris se répandent et les constructeurs poursuivent leurs recherches pour proposer des zooms optiques compacts (comme chez DynaOptics par exemple).

Après une vague de renouvellements, les compacts experts devraient se calmer un peu, mais deux modèles pourraient être remplacés : les 28 mm à capteur APS, Ricoh GR et Nikon A. Nous ne sommes pas non plus à l’abri d’un remplaçant du Sony RX1R, qui fêtera ses deux ans en juin.

Chez les reflex, les généreux renouvellements de modèles experts devraient laisser la place à une année plus orientée vers le milieu de gamme : difficile d’imaginer que l’EOS 700D, le D5300 ou encore le K-50 n’auront pas de descendance dans les douze prochains mois. Nous pouvons tout de même espérer de nouveaux full-frame rouges, répliquant à la déferlante jaune de 2014, et bien sûr le premier 24x36 mm chez Ricoh, attendu depuis des années.

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