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SIGMA Nikon

4.Retouche et presse généraliste

01/02/2010 | Benjamin Favier

Des abus, des lignes jaunes franchies, on en trouve aussi dans la presse généraliste. Été 2006, conflit au sud du Liban. Adnan Hajj, photographe pour l’agence Reuters, noircit et duplique une colonne de fumée s’échappant de Beyrouth.


Ci-dessus, le fichier original. En-dessous, celui fourni par le photographe libanais Adnan Hajj à l’agence Reuters.
Photos : Adnan Hajj

Hajj, de nationalité libanaise, avait délibérément accentué l’effet pour dénoncer les attaques israéliennes sur la capitale du pays des cèdres. Il est licencié dans la foulée par son employeur. En France, les exemples de ce genre ne manquent pas. Parmi les plus remarqués, ceux qui mettent en scène le Président de la République, Nicolas Sarkozy.


En haut, la photo retouchée en double dans Paris Match, en bas, l’originale.
Photo : Reuters

Deux publications dans Paris Match. Sur l’une, on le voit en canoë, tous bourrelets dehors (voir image ci-dessus). Sur la version originale en tout cas, car l’image qui paraît dans l’hebdomadaire fait état d’une belle liposuccion numérique. Et que dire du cliché montrant la réception de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni lors de la visite du pape Benoît XVI en France, en septembre 2008 ! On aperçoit un pied, derrière les jambes du président. Plus haut, rien ! Le membre appartenant à un garde du corps a survécu aux coups de tampons. L’affaire provoque un scandale. La Société des journalistes de Paris Match rappelle que « l’altération des photos déforme la réalité et doit être, en ce sens, interdite. » Pour sa part, Pascal Rostain, auteur de la photo, reconnaît son erreur, tout en se justifiant, dans un communiqué de l’AFP : « Il faut arrêter l’hypocrisie, depuis l’avènement du numérique, les photos sont évidemment retouchées, on rend nos photos plus esthétiques. » Rostain, pris la main dans le sac, tandis que tout le monde retouche à tort et à travers, impunément. Pourquoi pas ? Après tout, sa retouche est plutôt grossière, l’auteur le reconnaît volontiers. Mais qu’en est-il exactement ? Sans moyens de vérification, difficile de dire si telle ou telle image dépasse les bornes… ces dernières n’étant pas définies.


Sur la droite de l’image, on voit bien le pied qui a survécu aux coups de tampons destinés à effacer le garde du corps qui se trouvait derrière Nicolas Sarkozy.
Photo : Pascal Rostain

Pourtant, les photographes ne se cachent pas et assument leur parti pris, quitte à s’attirer les foudres de leurs collègues. Plus que d’autres champs photographiques, le portrait semble exposé. Un petit nombre de photographes se partage régulièrement les pages des titres les plus prestigieux de la presse dans l’hexagone : Le Monde, Libération, L’Express, Telerama, etc. Chacun avec un style bien à lui. Le travail de Léa Crespi est régulièrement à l’honneur. Pour elle, l’idée d’une loi est absurde : « Toutes les photos sont retouchées aujourd’hui. Personne n’est dupe. Tout le monde sait que Photoshop existe. C’est un peu stupide cette histoire. C’est comme si on disait à la fin de chaque discours de Sarkozy qu’il a été écrit par un autre. » Olivier Roller, portraitiste de renom, voit au-delà du projet de Valérie Boyer et revient aux devoirs du photographe et plaide pour une régulation des pratiques : «  La retouche en soi, ce n’est pas mauvais. Le travail d’un photographe est de faire réfléchir. Pas de faire la com de son sujet. On se doit d’être pro. Exigeant. Quand on parle de retouche, on ne sait pas de quoi on parle. Ce n’est pas normal. On est un des seuls métiers où il n’y a pas de charte de déontologie. On pourrait imaginer une sorte de Conseil constitutionnel qui veillerait au respect de certaines règles. "Dans la retouche, on s’arrête là. Dans la mise en scène, on s’arrête là." Une charte ne sert à rien si aucun organisme ne surveille. Je trouverais ça formidable. » Pierre Labbe approuve : « Je pense que l’indication de "photo retouchée" ou non me paraît intéressante. Elle ne nuira pas à la créativité des retoucheurs et permettra d’éviter certaines tromperies soit chez les gens incrédules soit avec ceux qui n’ont pas de regard critique (parfois par méconnaissance des possibilités de retouches avec des logiciels tels que Photoshop). Restera-il des photos non retouchées ? »


Le photographe Olivier Roller dans son studio, situé au cœur de Paris. À ses côtés, un portrait de l’actrice Jeanne Moreau.
Photo : Benjamin Favier

Selon Olivier Roller, ces problématiques amènent un débat d’ordre philosophique, sur la place de l’image dans notre société. « Quel est le statut des images aujourd’hui ? Qu’est ce qui va rester dans l’histoire ? Les amateurs et les pros ont leur responsabilité pour les générations futures. Les gens avaient tous 20 ans à la fin du XXe siècle , qu’ils en aient 20 ou 60 ? Ils faisaient tous 37 kg ? Ils avaient tous les yeux bleus ? Les couvertures de magazines féminins sont effrayantes. »

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