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75 ans : joyeux anniversaire Angénieux !

13/12/2010 | Jean-Marie Sépulchre

Angénieux fête aujourd’hui ses 75 ans d’existence. L’occasion de revenir sur l’histoire de cette marque à part, qui a longtemps fait le bonheur des cinéastes…

Nous l’avons remarqué sur beaucoup de forums Internet. Citer le mot Angénieux au cours d’une discussion sur la qualité des objectifs fait affluer beaucoup de témoignages de photographes qui restent enthousiastes sur la qualité des objectifs. Des modèles qu’ils ont pu utiliser dans les années 1980, quand la marque commercialisait des optiques compatibles avec les boîtiers des plus grandes marques, des cinéastes amateurs qui ont connu la grande époque du cinéma 16 mm et Super 8 avec ces zooms qui faisaient rêver, ces objectifs ultra-lumineux qui traquaient la même parcelle de lumière. Même les enfants avaient pu recevoir une Rétinette avec objectif Angénieux lors de leur première communion !

Hélas, beaucoup de ces nostalgiques croient que la marque a disparu avec son fondateur, Pierre Angénieux (1907-1998) qui avait installé ses ateliers dans son village natal de Saint-Héand, dans la Loire. Il n’est en rien. Si Angénieux a malheureusement quitté le marché amateur, ce lundi 13 décembre, la marque fête son 75e anniversaire et inaugure une extension de ses locaux. Désormais incorporée au groupe Thalès (société Thalès Angénieux), l’entreprise a gardé la taille humaine des PME de très haute technologie, avec environ 200 collaborateurs, et reste très active dans le domaine du cinéma, de la télévision et la video, et dans l’optronique de défense.

Né un 14 juillet, Pierre Angénieux obtient à 21 ans le diplôme d’ingénieur des Arts et Métiers à Cluny puis, un an plus tard, celui d’ingénieur opticien de l’École Supérieure d’Optique. 
Il commence sa carrière chez Pathé où il appréhende pour la première fois le monde et dès 1935 fonde à Paris les Établissements Angénieux et rencontre les plus grands cinéastes de l’époque (Renoir, Abel Gance...). En 1939, il quitte Paris et transfère sa société à Saint-Héand son village natal, où existaient déjà des ateliers de production.

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Pierre Angénieux au début des années 1950.
Photo : Angénieux

Pierre Angénieux était un défenseur du calcul trigonométrique de la trajectoire des rayons lumineux, rejoignant en cela l’Ecole Allemande (Carl Zeiss et Ernst Abbe). Il révolutionne les méthodes de calcul optique en réduisant considérablement le nombre de rayons lumineux à suivre et, par là-même, le nombre de calculs : il réduit ainsi de près de dix fois le nombre d’heures nécessaires à la conception d’une optique. Des 70 000 heures initiales pour la conception d’un objectif 16 mm, il ne fallut plus que 6 000 heures.

En 1950, Pierre Angénieux apporte une nouvelle solution aux photographes et cinéastes en inventant le principe révolutionnaire du Rétrofocus. En rejetant le plan principal image (et donc le foyer) loin derrière la lentille, il est désormais possible de monter un objectif grand angle sur un système reflex mono-objectif à miroir basculant, et fournit des grand-angles de la plus haute qualité aux pionniers de la visée directe mono-objectif, comme Alpa en Suisse, Rectaflex en Italie, Exakta et Pentacon en Allemagne.

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Objectif Rétrofocus Angénieux monté sur un Exakta.
Photo :Cameraquest
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Formule optique du Rétrofocus Angénieux.

En 1953, Pierre Angénieux accède à un nouveau challenge. Il parvient à repousser les limites de l’ouverture d’un objectif et met au point un objectif atteignant F0,95 d’ouverture contre F1,4 auparavant, autorisant ainsi un apport de lumière deux fois plus important dans l’optique. Pour la première fois, des images en couleur du métro de Paris peuvent se faire. Cet exploit vaut à Pierre Angénieux le privilège d’être choisi par le constructeur américain Bell and Howell pour équiper ses caméras BH 70, un partenariat qui durera 35 ans.

En 1956, s’appuyant sur ses méthodes de combinaisons optiques, il relève le défi de créer un objectif à focale variable - ou zoom - à mise au point rigoureuse et constante. Pour ce faire, un ou plusieurs groupes compensateurs se déplacent de façon non linéaire et très précisément coordonnée aux déplacements du groupe servant à modifier la distance focale (le variateur). Cette compensation dite mécanique permet, moyennant un mécanisme à cames très précis, la construction de zooms de haute définition et de grande amplitude de variation. Le rapport limité à 4 (17-68 mm) en 1956, atteint 10 (12-120 mm) dès 1958 avec une gamme qui sera au sommet de la qualité en cinéma de reportage 16 mm dans les années 60 et 70.

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Le célèbre zoom 12-120 mm des années 60, pour cinéma 16 mm.
Photo : Bolexcollector

À partir de 1958, il sortira jusqu’à cinq mille zooms par mois des ateliers de Saint-Héand et, en l’espace de 10 ans, les effectifs d’Angénieux passeront de 100 à 600. Ses optiques équipent aussi les hauts de gamme du cinéma 8 mm puis Super 8 avec les célèbres camera françaises Beaulieu, mais aussi les Paillard Bolex suisses. 

Le 31 juillet 1964, le sol lunaire est photographié pour la première fois par la sonde spatiale Ranger 7, équipée d’une caméra RCA et d’un objectif Angénieux 25 mm F0,95. La première image fut prise à 2 500 km de distance, la dernière à 500 m. Une coopération s’instaure à cette époque entre la Nasa et Angénieux à l’occasion des missions Ranger, Gemini et Apollo et aboutira le 21 juillet 1969 à l’incroyable succès de la mission Apollo XI et au plus grand moment de télévision de tous les temps : les images du premier pas de l’homme sur la lune filmé par un zoom Angénieux.


Entre les années 1960 et 1990, Angénieux continue aussi à développer des modèles pour reflex 24 x 36, choisi par Leica pour concevoir et produire le premier zoom transstandard du Leicaflex (1964) il va développer une gamme de zooms à grande ouverture commercialisés dans les principales montures du marché.

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Zoom Angénieux 70-210 mm des années 80, pour reflex 24 × 36.

Pierre Angénieux prend sa prend sa retraite en 1975 mais continue à soutenir ses équipes notamment pour la conception de téléobjectifs à mise au point rapprochée. L’effondrement du marché du cinéma amateur et les difficultés à percer sur le marché photo grand public auraient pu conduire à la disparition d’Angénieux, à l’instar de si nombreuses entreprises françaises de matériel photographique qui ne purent survivre à la concurrence japonaise, mais l’entreprise est rachetée en 1993 par le groupe Thomson, devenu ensuite Thalès et hautement spécialisé dans les activités de sécurité et de défense. C’est la société Thalès Angénieux qui défend toujours la marque Angénieux, car la commercialisation des produits civils comme les objectifs pour la télévision, la vidéo et le cinéma n’a jamais été interrompue.

En parcourant aujourd’hui le catalogue de la marque, on est pris d’en espoir : et s’il était possible à nouveau d’utiliser ces zooms prestigieux sur son appareil photo ? En effet, les objectifs conçus pour les exigences les plus sévères du cinéma, comme le 24-290 mm F2,8, présentent un cercle de couverture pour le film 35 mm, qui n’est pas si éloigné de nos capteurs APS-C. Il pourrait être possible qu’ils soient produits sur demande en monture Canon et Nikon… pour filmer en Full HD, mais aussi photographier en tenant compte bien entendu des particularités et du poids de ces engins : mise au point manuelle, construction lourde ne tolérant aucun jeu mécanique, et surtout pour la vidéo mise au point constante pendant les opérations de zooming ! Mais si le 24-290 mm dépasse les 10 kg, un petit 15-40 mm de 2 kg pourrait devenir plus maniable. Qui sait s’il se monterait sur un EOS 7D ou sur un D7000…La réponse après notre visite de l’usine !

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Photo : Boxcollector

- Le site d’Angénieux

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