Covid-19 oblige, le salon annuel d’Adobe qui se tient traditionnellement à Las Vegas est virtuel, gratuit et ouvert à tous via des conférences Web. Au menu, pour ce qui concerne la photo, des innovations majeures en intelligence artificielle, un souffle d’esprit collaboratif et quantité de nouvelles fonctions dans Photoshop, dans sa version sédentaire ou mobile.
L’édition 2020 d’Adobe Max a dévoilé ce qui se serait appelé une version majeure de Photoshop du temps des versions perpétuelles, avant l’abonnement au Creative Cloud. Les nouveautés concernent la retouche et le domaine de la créativité, ce dernier non évoqué ici. Avec un usage plus marqué l’intelligence artificielle, déjà présente dans la détection et sélection automatique de sujet, la sélection d’objet ou encore le remplissage en fonction du contenu. Mais cette édition y ajoute des filtres neuronaux, le remplacement et la sélection du ciel, des options supplémentaires dans l’amélioration de la sélection et une évolution du panneau Découverte qui tient compte de vos usages. Au point que l’on se dit qu’à terme, une certaine refonte de l’interface de Photoshop sera nécessaire pour regagner en cohérence thématique.
Les filtres neuronaux, comme le dit Adobe, sont « le début d’un changement complet dans la manière dont Photoshop gère la manipulation d’image et les filtres ». Ils apparaissent dans le menu Filtre, au sein d’une interface spécifique sans thématique précise sur les outils. Un fourre-tout en somme. Certains sont même fournis au titre de bêta version et d’autres sont justes listés alors que leur développement est en cours. On voit que les éditeurs qui ne dévoilaient les nouveautés qu’à la sortie effective de la nouvelle version font maintenant feu de tout bois pour occuper le terrain de l’intelligence artificielle, comme le pratiquent ON1 pour ON1 Photo Raw ou SkyLum pour le futur LuminarAI. Adobe a été maligne en proposant, dans l’interface, la faculté de lui envoyer l’image traitée et une zone de commentaire afin d’avoir des remarques, des critiques et des désidératas concernant ces commandes.
Avec Remplacement du ciel, Adobe propose ce que Luminar offre depuis quelque temps. La fonction est ici remarquable dans le sens où l’image avec le nouveau ciel est dans un calque associé au masque de fusion, qui reste modifiable, voire copiable, pour appliquer des retouches au ciel. Ce que l’on peut aussi faire avec la nouvelle commande de sélection du ciel. En revanche, alors que Luminar annonce pour la version AI une gestion de la réflexion quand de l’eau occupe le premier plan. Photoshop se contente d’une relative harmonisation des couleurs.
Adobe liste 14 filtres, et en fournit déjà six en bêta version, par exemple pour zoomer dans l’image et la redimensionner, pour ajouter un voile atmosphérique à l’arrière-plan, coloriser une photo N&B, modifer l’orientation d’un visage dans un portrait ou supprimer des artéfacts Jepg. Là encore, l’avis de l’utilisateur est sollicité, le laissant envoyer son commentaire et même l’image. D’autres filtres, pas encore fournis, sont listés, comme la correction de poussières et d’éraflures, la restauration de photo, le nettoyage de visages, la réduction du bruit (qui va concurrencer Topaz DeNoise AI test dans le numéro 126 de MDLP ou encore DxO PhotoLab 4 dont le test est paru dans le numéro 131). Pour ne citer que ceux qui visent la retouche. D’autres ont une visée plus créative. À signaler que le traitement se fait parfois dans le Creative Cloud, avec envoi de la photo, et non en local et qu’il peut durer… un certain temps.
L’intelligence artificielle se retrouve aussi dans l’amélioration des sélections complexes, notamment pour le contour d’une chevelure ou d’un objet, confrontés à un arrière-plan complexe. Autre lieu d’atterrissage de l’IA, la palette Découvrir, qui propose des outils et des astuces, tient désormais compte de votre pratique.
Avec l’édition 2021, Adobe propose une nouvelle architecture de plug-ins qui apparaissent dans la palette éponyme. On n’y retrouve pas les extensions habituelles de DxO, Alien Skin, ON1, Topaz et bien d’autres qui devront faire l’objet d’adaptations. Pour l’instant n’y figurent que les nouveaux plug-ins conformes à cette architecture et présentés dans une place de marché, gratuitement ou moyennant finance. Pour finir, le travail sur un document stocké dans le nuage Adobe mettant à jour automatiquement un historique des versions, ce dernier est consultable depuis Photoshop pour gérer les anciennes versions (visualisation, renommage, ouverture…).
Camera Raw évolue, avec des nouveaux appareils, mais aussi avec une fonction que l’on retrouve dans les logiciels vidéos ou même d’autres produits comme CaptureOne Pro, à savoir la faculté de travailler en mode Teinte Saturation et Luminosité au niveau des hautes et basses lumières, comme des tons moyens. Pour rectifier les couleurs ou obtenir un rendu bichromique ou trichromique.
Bridge, à l’interface modernisée, est souvent une sorte de parent pauvre face à Lightroom. Ses fonctions s’accroissent pourtant, pour en faire une gare de triage des photos et vidéos. Ces dernières sont visualisables par simple passage du pointeur sur une vignette et transcodables par appel direct d’Adobe Media Encoder, ou modifiables par appel de Premiere Pro, via le menu Outils. Les notes et balises colorées sont applicables par les simples touches 0 à 9 sans avoir à en solliciter une autre en même temps (une option dans les Préférences).
La version iPad de Photoshop n’est pas en reste, avec une commande de diffusion vidéo en direct (streaming) pour montrer à d’autres en temps réel les manipulations que vous effectuez avec le logiciel. Pratique pour organiser un tutoriel en ligne ou travailler sur un projet en direct avec un client. Une autre nouveauté concerne le redimensionnement, associé à plusieurs paramètres, comme la taille bien sûr, mais aussi l’algorithme employé (bicubique, bilinéaire, préservation des détails, etc.). U mode automatique calcule aussi la bonne taille en fonction de celle du support de sortie : feuille A4 ou A3.