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C-4 Precision Optics : baleine d’avril ou projet osé ?

03/04/2015 | Franck Mée

Un 67 mm f/0,67, un 150 mm f/1, ou encore un fish-eye à 270°. Ça paraît dingue ? Bien sûr, c’est un poisson d’avril. Mais en regardant celui de Lensrentals de plus près, on se prend à rêver que ça ne soit pas une simple plaisanterie.

Dans la foule de poissons d’avril du millésime 2015, vous avez sans doute vu passer nombre d’idées plus ou moins délirantes – la couleur de coque qui influe sur la réception d’un smartphone, un test de Nikon D5, un appareil instantané sous-marin…

Le plus poussé est sans doute celui publié par Roger Cicala, du loueur américain Lensrentals. Dans un billet cosigné avec son compère Aaron Closz et le père du Metabones Speedbooster Brian Caldwell, il annonce en effet rien moins que la fondation d’une nouvelle entreprise d’optique, C-4 Precision Optics, destinée à créer des objectifs sortant de l’ordinaire – parce que, dit-il, « hormis peut-être le Canon 11-24 mm f/4, il n’y a pas eu des masses de nouveaux designs excitants récemment ».

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La Marque de la Bête : 66,6 mm f/0,666 pour Micro 4/3. Document Lensrentals.

Et de publier les schémas de trois objectifs qui pourraient faire saliver bien des lecteurs : une optique 66,6 mm pour Micro 4/3 ultralumineuse (ci-dessus), et deux modèles pour Sony Alpha 7, un 150 mm f/1 et un spectaculaire fish-eye couvrant pas moins de 270° !

Vraiment délirant ?

Outre l’écriture toujours agréable et humoristique de Roger Cicala, un détail rend cette farce particulièrement réussie : les coupes optiques conçues par Brian Caldwell. Celles-ci sont en effet précises, au point que la question finit par se poser naturellement : serait-ce possible ?

Prenons la Marque de la Bête : un 66,6 mm f/0,666. Au delà du jeu de chiffres, cet objectif n’est pas forcément absurde : après tout, Zeiss a produit des Planar 50 mm f/0,7 (conçus pour la Nasa, ils ont été rendus célèbres par Stanley Kubrick). Le schéma signé C-4 Precision Optics dérive étroitement de celui-ci : on retrouve les trois lentilles en avant du diaphragme suivies d’un trio semblable inversé (ces six lentilles quasi-symétriques forment la signature du classique Planar), puis d’un épais bloc convergent – la principale nouveauté du jour se situe ici, l’énorme lentille du Zeiss étant remplacée par quatre éléments.

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Le Traqueur Nocturne : 150 mm f/1 pour Sony full frame. Document Lensrentals.

Même remarque pour le Traqueur Nocturne : si un 150 mm f/1 paraît ahurissant de prime abord, la formule de l’objectif ressemble en fait à une version élargie du Zeiss Sonnar 135 mm f/1,8.

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La Soucoupe Volante : 4,9 mm f/3,5, un fish-eye à… 270° ! Document Lensrentals.

Quant à la Soucoupe Volante, le plus étonnant des trois (pensez : un objectif qui voit à 270°, quand très rares sont les fish-eye dépassant les traditionnels 180° !), il dispose également d’un glorieux antécédent : le Nikon 6 mm fish-eye, qui atteignait 220°. Celui-ci apparaît de temps à autres sur le marché de l’occasion et se vend alors à des tarifs stupéfiants, atteignant parfois les six chiffres – il fait partie d’une poignée d’objectifs mythiques, à l’instar des super-téléobjectifs comme le Canon 1200 mm, que les passionnés traquent inlassablement.

Horizon bouché ou marché d’ultra-niche ?

Au bout du compte, le principal obstacle à la création de ces trois objectifs n’est sans doute pas technique, mais financier. Les concevoir coûterait cher, les fabriquer encore plus, et ces objectifs seraient monstrueux : compter 15 cm de longueur et 11 cm de diamètre minimum pour le 67 mm f/0,67, 22 x 15 cm pour le 150 mm f/1, et plus de 20 cm de diamètre pour le fish-eye ! Comme l’écrit Roger Cicala : « qui voudrait de ça ? »

Mais à la vérité, outre des collectionneurs fortunés susceptibles d’acheter de telles œuvres pour le plaisir de la rareté, ce type d’objectifs pourrait avoir des applications très spécifiques susceptibles d’intéresser une poignée de loueurs. Or, la location, c’est le cœur de métier de Lensrentals…

Un point tout de même laisse penser que le projet n’est pas qu’une simple blague : le logo utilisé par C-4 Precision Optics est issu d’un appel d’offres apparemment sérieux, proposé à l’été 2014 sur Design Crowd pour un fabricant « d’objectifs pour applications spécialisées, y compris la photographie scientifique, infrarouge et macro ».

La conclusion ? Soit ce poisson d’avril est le plus long et le plus poussé de l’année, avec plusieurs mois de préparation minutieuse, soit c’est plutôt une étude de marché qui ne dit pas son nom, les trois compères testant les réactions pour voir s’il n’y aurait pas une place pour un opticien proposant des objectifs sortant totalement de l’ordinaire sans regarder leur prix. Dans les deux cas, cela méritait d’être noté.

- Le billet de Lensrentals (en anglais)

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