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MDLP en partenariat avec Polka Magazine

23/08/2012 | Benjamin Favier

Dès le numéro 19 de Polka Magazine, en kiosque aujourd’hui, retrouvez des contenus exclusifs produits par Le Monde de la Photo. Dans MDLP, vous pourrez lire les coulisses d’un reportage publié dans Polka.

Partenariat MDLP/Polka

À chaque parution de Polka Magazine (bimestriel), retrouvez les coulisses d’un reportage à l’honneur chez nos confrères, au sommaire du Monde de la Photo. Dans le cadre de ce partenariat, vous pourrez lire des articles inédits produits par MDLP dans les prochaines éditions de Polka Magazine.
Le travail du néo-zélandais Robin Hammond est à l’honneur du numéro 19 de Polka Magazine, en kiosque dès aujourd’hui. Photographe spécialisé dans les projets humanitaires, il a entamé un travail de longue haleine sur le sort réservé aux personnes atteintes de maladies mentales en Afrique. « Condamnés » révèle des images noir et blanc prises au Soudan, au République Démocratique du Congo, en Somalie, en Ouganda et au Kenya d’une rare puissance visuelle. Une partie de ce projet, en cours de réalisation, est publiée dans Polka. « Condamnés » sera aussi visible à Perpignan, dans le cadre d’une exposition au festival Visa pour l’image, dédié au photojournalisme, début septembre. Robin Hammond est également lauréat 2011 du Prix Carmignac Gestion du photojournalisme.

Cet enfant de 14 ans est attaché depuis six ans. Sa mère refuse de l'envoyer à l'hopital de Gulu, qui se situe à deux kilomètres de là. Gulu, Ouganda, avril 2011. Photo : Robin Hammond/Panos
Cet enfant de 14 ans est attaché depuis six ans. Sa mère refuse de l’envoyer à l’hopital de Gulu, qui se situe à deux kilomètres de là. Gulu, Ouganda, avril 2011. Photo : Robin Hammond/Panos

« Condamnés » au sommaire de Polka #19

Dimitri Beck, rédacteur en chef de Polka Magazine, nous explique pourquoi le travail de Robin Hammond a retenu l’attention de la rédaction.

« Nous avons découvert le travail de Robin Hammond en 2011 sur les populations déplacées et les camps de réfugiés en Somalie au moment de la sécheresse. Son reportage, en noir et blanc, était fort et touchant et nous avons publié une de ses images alors que nous étions chez l’imprimeur. Un mois après, je l’ai rencontré à Perpignan au festival de Visa pour l’Image. Il nous a parlé de son projet « Condamnés » sur la santé mentale dans les pays africains en conflit. Un projet personnel, courageux et ambitieux, au long cours qu’aucun média ne peut accompagner et financer seul aujourd’hui. Loin des sujets dits "vendeurs" et chauds, Robin s’intéresse à des sujets en marge de l’actualité. C’est ce qui correspond à la ligne éditoriale de Polka. Très vite, on a décidé de l’accompagner et de participer financièrement à la réalisation de son projet en cours. Il y croit dur comme fer. Nous aussi. »

- Retrouvez le sujet « Condamnés » de Robin Hammond dans Polka #19, actuellement en kiosque.
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Interview Robin Hammond


Le photographe revient pour MDLP sur les coulisses de son projet « Condamnés ». Il explique notamment pourquoi il a choisi de traiter le sujet des maladies mentales en Afrique. Mais aussi quel matériel il a utilisé pour le mettre en image. Et comment il est parvenu à le financer.

MDLP : Racontez-nous la genèse de votre projet « Condamnés », à l’honneur dans le numéro 19 de Polka Magazine

Robin Hammond : J’étais en commande avec un journaliste pour le Sunday Times, pour couvrir un référendum sur l’indépendance au Soudan du Sud en janvier 2011, à Juba. Il y avait beaucoup de journalistes et de photographes. En général, j’évite de me mêler aux attroupements. Il est important qu’un événement soit couvert. Mais quand il focalise trop l’attention, il est crucial à mes yeux de trouver un angle différent. Nous étions dans un taxi. Le long d’une rue, j’ai aperçu une petite fille qui mendiait. Elle était atteinte d’une maladie mentale. J’ai demandé au chauffeur ce qu’il advenait de ces personnes dans le pays. Je savais qu’à l’issue d’une vingtaine d’années de guerre civile, le réseau hospitalier fonctionnait très mal. Il m’a répondu le plus normalement du monde que ces personnes étaient emprisonnées. Je lui ai demandé de me conduire là-bas.

MDLP : Comment avez-vous fait pour pénétrer dans les lieux ?

RH : Pour la prison au Soudan, je me suis appuyé sur le chauffeur de taxi, dont un cousin germain connaissait les dirigeants de l’établissement. J’avais une grande liberté d’action. C’était très étrange. Le directeur de la prison me disait : « Tu peux photographier le gens qui sont atteints d’une maladie mentale. Pas les autres. » Ces derniers bénéficiaient de droits auxquels les personnes malades n’avaient pas accès. Le contexte était affreux. J’ai su à l’instant même qu’il fallait que je documente cela.

MDLP : Comment réagissaient les gens en vous voyant ? Étaient-ils conscients de votre présence ?

RH : Les personnes que je photographiais étaient conscientes de ma présence. La plupart sont sévèrement atteints. Ils sont parfois enchaînés. L’endroit est petit. On se connaît à force et ils ne sont pas surpris. J’ai eu quelques problèmes à Mogadiscio. Certains me disaient : « Pourquoi moi ? ». Face à quelques comportements agressifs je n’ai pas pu faire de photos. J’ai pu m’appuyer sur des fixeurs, dans chaque endroit. Je suis principalement passé par des Organisations Non Gouvernementales pour établir des contacts.

MDLP : Quelles raisons vous ont poussé à réaliser ce projet ?

RH : La raison principale pour laquelle je réalise ce type de travail provient d’une grande frustration, liée à ce que je faisais auparavant. À cette époque je vivais en Afrique du Sud. Les médias sont souvent présents dans les zones de conflits, mais ils n’envisagent pas les conséquences sur le long terme de ces tragédies. J’étais souvent dépêché sur place par des journaux pour un ou deux jours, avec un peu de chance. Parfois une journée ! Mon plus long séjour s’écoula sur une semaine. D’où une couverture superficielle des événements. Au final, le danger est de ne pas pouvoir aller au fond des choses. C’est pour cela que je voulais m’investir dans un projet en y consacrant beaucoup de temps. Beaucoup de gens sont traumatisés lorsqu’ils sont déplacés, qu’ils endurent la famine ou une guerre. Les autorités dépensent de l’argent pour s’armer. Pas dans la santé. C’est ce que j’ai pu constaté au Soudan, puis en Ouganda, en Somalie ou à l’est du Congo.

MDLP : De quel matériel disposiez-vous sur le terrain ?

RH : D’ordinaire, je prends le maximum de choses : j’ai peur de me retrouver coincé, dans un endroit isolé. Mais je me rendais compte petit à petit qu’en prenant autant de matériel, je réfléchissais à deux fois avant de monter au sommet d’une colline, par exemple. Cette fois, mon travail consistait à m’assoir, observer, et attendre le bon moment pour déclencher. Être très patient. Du coup, j’ai laissé mes lourdes optiques et mes torches à la maison. C’était très excitant et effrayant à la fois : je n’avais pas de liste d’image à faire, pour satisfaire une commande, mais d’un autre côté, je limitais mon champ d’action en prenant si peu de matériel. Je suis parti avec le 5D Mark II, un 50 mm, un 28 mm et un flash, que j’ai très peu utilisé. C’est la première fois que je n’utilisais que des focales fixes.

MDLP : Le 5D Mark II permet de faire la vidéo. Avez-vous tourné des séquences animées ?

RH : J’ai un peu filmé dans la prison au Soudan. Mais c’est la seule fois. Je l’ai fait parce que j’étais en commande et je sais que le Sunday Times utilise du contenu vidéo mettant en scène un journaliste sur son site. J’aime bien filmer. Mais pour moi, il est impossible de mener de front photo et vidéo. Je connais des photographes qui s’en sortent très bien. Ce n’est pas mon cas. En revanche, j’utilise un Edirol pour enregistrer des séquences sonores. Je peux ensuite me remémorer des scènes, puiser des citations… Cela n’entrave pas ma démarche photographique.

MDLP : Vous avez réussi à financer, tout récemment, la suite de votre projet via Emphas.is, un site de crowdfunding…

RH : C’est une expérience très intéressante. Je voulais couvrir plus de cinq pays. C’est trop peu pour parler de l’Afrique en général. Ce serait comme prendre la France, l’Italie et la Grèce et parler d’un sujet sur l’Europe. Pour les cinq premiers pays couverts, j’ai tout payé de ma poche. Mon voyage au Soudan a été financé par le Sunday Times, puisqu’ils m’ont envoyé là-bas. J’étais aussi en Ouganda sur commande, mais j’ai décidé de prolonger mon séjour à mes frais. Sans garantie de publication. Grâce à Emphas.is, j’ai pu financer la suite de « Condamnés ». Mais cela représente beaucoup plus de travail que je ne l’imaginais. On se retrouve très exposé et confronté aux réactions des gens, bonnes ou mauvaises. Cela agit comme une piqûre de rappel et oblige à se poser de nouveau la question : « Pourquoi je fais ça ? ». Il est très différent de soumettre des idées au public plutôt qu’à des éditeurs, qui imposent leurs choix. Plus que de voir le sujet figurer dans un magazine ou sur les murs d’une galerie d’exposition, j’aimerais que ce genre de sujet fasse office de campagne en faveur du photojournalisme.

MDLP : Pensez-vous que « Condamnés » puisse trouver un écho dans les pays en question ?

RH : J’aimerais que ce sujet puisse influer sur le sort de ces gens, mais je n’ai pas la moindre garantie. Cependant, je pense qu’il faut au moins essayer. Environ 150 personnes dans la sphère humanitaire reçoivent ma newsletter. Et je me suis rendu compte, à travers mes contacts, que ni Oxfam, ni les Nations-Unies, pour ne citer que ces organisations, ne font quelque chose pour les personnes atteintes de maladies mentales. Elles sont complètement mises à l’écart. On peut obtenir des statistiques sur le nombre de gens qui souffrent de la malaria ou qui sont porteuses du virus du Sida. Il est plus délicat de procéder de la sorte pour ce qui est des maladies mentales. Je pense que lorsque l’on témoigne de ces choses-là, et a fortiori, quand on les photographie, on endosse une responsabilité.

MDLP : Comment êtes-vous devenu photojournaliste ?

RH : Au départ, je ne voulais pas spécialement devenir photojournaliste. En entrant à l’université, je ne savais même pas que cette discipline existait. Dans une librairie, je suis tombé sur l’ouvrage Minamata, de Eugene Smith. Ce fut un tournant. Je ne savait pas qu’il existait de tels travaux. Ces images m’ont profondément bouleversé (NDLR : le photojournaliste américain a enquêté pendant deux ans sur un village de pêcheurs victimes d’empoisonnement au mercure, au Japon, à cause de déchets jetés à la mer). Dès lors, j’ai tout mis en œuvre pour devenir photojournaliste.

MDLP : Avez-vous l’intention d’arrêter la couverture d’événements d’actualité ?

RH : L’an passé je devais aller en Libye. J’ai été bloqué au Caire. j’étais sur une liste noire en Égypte, à cause d’un sujet réalisé quelques années plus tôt. J’allais rejoindre Tim Hetherington et Chris Hondros, qui ont été tués le jour suivant. Cela m’a fait réfléchir. J’allais de nouveau réaliser une commande. Ce n’était pas mon idée à la base. Je suivais les instructions d’un journal. Je me suis dit que si j’effectuais un travail qui avait un sens pour moi, il en aurait aux yeux d’autres personnes. Si on me demandais d’aller en Syrie, je n’irais probablement pas. L’évènement est déjà très médiatisé. Ce ne sont pas forcément les épisodes les plus sanglants qui sont les plus intéressants.

- Propos recueillis par Benjamin Favier

- « Condamnés » sur le site de Robin Hammond
- Le site de Polka Magazine
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