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Manuello Paganelli : « J’ai documenté Cuba en noir et blanc car ça me rappelait les films noirs des années 40 »

14/12/2016 | Sandrine Dippa

Après les cow-boys noirs, la Roumanie et la Chine, Manuello Paganelli nous invite à découvrir Cuba : a personal journey 1989-2015. Avec cette série réalisée sur 25 ans, le photographe adepte d’Ansel Adams nous plonge au cœur de l’histoire cubaine.

- Le Monde de la Photo : Cuba : a personal journey regroupe notamment des photos prises à La Havane entre 1989 et 2015. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet ouvrage ?
Manuello Paganelli : Ce livre contient une centaine d’images en noir et blanc capturées dès 1989 à travers lesquelles on découvre l’essence de l’île, sa musique, sa culture, sa nourriture mais aussi le quotidien des Cubains, au travail par exemple. Au fil de mes voyages, j’ai photographié des paysages, des portraits, des villages de pêcheurs, des campagnes luxuriantes, des carnavals, des mariages, des funérailles, l’architecture coloniale, baroque et art déco, des rassemblements politiques, les conséquences des difficultés économiques liées à la fin des relations cubano-soviétiques suite à la chute du mur ou encore des événements historiques tels que la visite du Pape Jean Paul II de 1998.

- MDLP : En 1989, les relations entre Cuba et les États-Unis n’étaient pas des plus simples. Pourquoi, en tant que photographe américain, avez-vous eu envie de vous rendre sur cette île ?
M.P : Je suis allé à Cuba car je cherchais une partie de ma famille que nous avions perdue de vue. La première fois que j’ai atterri, j’ai été happé par les paysages arrêtés dans le temps. J’ai décidé de tout documenter en noir et blanc, car ça me rappelait les films noirs des années 40 avec Humphrey Bogart. Ce n’est qu’à mes troisième et quatrième voyages que j’ai retrouvé ma famille.

- MDLP : J’imagine que même si vous aviez de la famille sur place, aller à Cuba ne devait pas être évident…
M.P : En effet ! Aller à Cuba, pour un citoyen américain, n’était pas une mince affaire et l’obtention d’un visa pouvait prendre des mois. Il fallait souvent partir d’un autre pays comme le Canada, le Mexique, la République Dominicaine ou les Bahamas. Quand j’arrivais à Cuba, je devais m’enregistrer auprès d’un service du gouvernement. J’étais obligé confirmer mon lieu de résidence et certifier que je n’allais pas sortir de La Havane. Tout était très contrôlé. C’était, selon eux, pour ma sécurité.

- MDLP : Racontez-nous l’évolution de Cuba au fil de vos voyages...
Au début des années 90, les dollars américains n’étaient pas autorisés et si un Cubain était attrapé avec 1 dollar il allait en prison pour 1 an de même que s’il avait 5 dollars sur lui, il en prenait pour 5 ans. L’île s’était arrêtée dans le temps. Les gens portaient des vêtements d’un autre temps, les seuls véhicules qu’on croisait étaient des voitures nord-américaines datant d’avant les années soixante, des Lada ou encore des Muscovite russes. La population avait beaucoup de mal à trouver des produits d’hygiène de base tel que le dentifrice le savon ou encore l’huile et le pétrole. La nourriture manquait aussi. On estime que les Cubains pesaient 9 kg de moins que ce qu’ils devaient peser. Tout était délabré, triste mais beau. Depuis, les choses ont changé. Les Cubains portent des vêtements modernes. Ils ont des téléphones y compris des iPhone. Les rues sont pleines de véhicules modernes en provenance d’Asie ou d’Europe. Les Cubains n’ont plus faim. Il gagnent de l’argent avec l’afflux quotidien de touristes se déversant chaque jour sur l’île. Une nuit dans un hôtel comme le Nacional peut coûter jusqu’à 400 dollars !

- MDLP : Comment vos premiers séjours se sont-ils déroulés ?
M.P : La plupart du temps, je descendais au Nacional ou à l’Ambos Mundos pour 30 dollars. Pour 10 dollars, je pouvais même loger dans un petit hôtel appelé le Lido. Quand je sortais de La Havane ou quand je ne dormais pas dans les hôtels, je devais obtenir une permission et m’enregistrer auprès du service que j’ai évoqué tout à l’heure. Lors de mes premiers voyages, même en tant que touriste, trouver de la nourriture était compliqué. Parfois, je mangeais que des haricots toute la journée. D’autres jours, ça pouvait être du riz avec du porc ou du poulet. Je pouvais aussi manger du poisson acheté au noir auprès des pêcheurs des villages en dehors de la Havane. Il n’y avait pas de structures pour les touristes.

- MDLP : En dehors du manque de nourriture, avez-vous rencontré d’autres contraintes ?
M.P : Oui, me déplacer à travers Cuba a été une vraie aventure ! L’essence était difficile à trouver et coûtait très cher. La plupart du temps je l’achetais au noir auprès des Cubains que je croisais. Ils étaient pleins de ressources. J’ai donc toujours pu trouver un mécanicien pour me dépanner ou improviser lorsque j’avais des soucis avec mon véhicule. La route principale était impraticable et pleine de gros trous. Il m’est arrivé d’atterrir dans l’un d’eux. On ne voyait plus que les roues arrière de ma voiture.

- MDLP : Vos appareils ont-ils été bien accueillis par les Cubains ?
M.P : Oui, je n’ai jamais eu de problèmes pour prendre une photo. Les Cubains étaient très accueillants. Ce qui est toujours le cas même si désormais ils connaissent la valeur du capitalisme et qu’ils veulent souvent se faire payer. Ils diront d’ailleurs souvent « un dólar por cada foto  » ce qui signifie, un dollar par photo. À l’époque, ils étaient contents et curieux de savoir pourquoi j’étais à Cuba avec un Leica à l’épaule. Certains se demandaient si j’étais un espion étranger ou si j’étais payé par le gouvernement cubain. Parfois, ils avaient peur de me parler pour ne pas être surpris par un policier, même si je n’ai jamais vu un policier embêter un citoyen pour de telles raisons. À cause de leur histoire, ils pouvaient avoir une crainte profonde.

- MDLP : En dehors de votre Leica, avez-vous utilisé d’autres appareils ?
M.P : J’ai utilisé du film noir et blanc, des Leica M6, M4-P ou encore des boîtiers en plastiques Holga ou Diana comme pour mes autres travaux personnels. Les photos du livre sont brutes et non retouchées. Ce que j’ai capturé, ce sont les images finales.

- MDLP : Pensez-vous continuer la série ?
M.P : Non car même si je vais toujours à Cuba, cette série est terminée. Je donne désormais des workshops là-bas, deux à trois fois par an. J’apprends aux photographes, débutants ou non, à améliorer leurs compétences, à voyager comme j’ai pu le faire mais aussi à voir l’île sous un nouvel angle.

- Le site de Manuello Paganelli
- Instagram/manuellopaganelli
- Facebook/manuellopaganelli

Photos : Manuello Paganelli

Cuba : a personal journey 1989-2015 de Manuello Paganelli
192 pages
30,5 x 27 cm
60 $
Éditions Daylight Books

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