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Interview : Sally Bibawy et Matthias Fiegl, co-fondateurs de Lomography

21/11/2016 | Sandrine Dippa

Au début des années 90, un groupe d’étudiants autrichiens remettent le Lomo LC-A – un compact russe 35 mm – au goût du jour après l’avoir chiné sur un marché à Prague. Parmi eux, Sally Bibawy et Matthias Fiegl, co-fondateurs de Lomography. Rencontre.

-  Le Monde de la Photo : Malgré leurs rendus parfois approximatifs (vignettages, saturation profondes, flous, etc.), les appareils Lomo séduisent de nombreux adeptes de photographie argentique. Comment expliquez-vous ce succès ?
Sally : Je crois que chacun de nous – créatif ou non – ressent le besoin de créer sans vraiment oser le faire. Quant on dit, « c’est facile, lance-toi », comme ce que suggèrent nos ’’Dix règles d’or’’, les gens trouve ça marrant et franchissent le pas. Avec la lomo, des personnes qui ne sont pas forcément photographes commencent à prendre des photos et s’autorisent à les diffuser. À l’image de cet Allemand, la soixantaine passée, qui un jour de 1998, vient dans nos bureaux et nous dit : « J’ai un lomo, je suis boucher et j’expose mes photos dans ma boucherie. ». C’était fantastique de voir cet homme s’impliquer autant alors qu’il n’avait auparavant probablement jamais touché à un appareil. La lomography décomplexe, d’où son succès. Mais il ne faut pas non plus oublier que les lomographes forment une communauté qui aime expérimenter et échanger des trucs et astuces. Cette philosophie du partage se retrouve dans les appareils que l’on vend. Ils sont proposés avec des manuels qui expliquent ce qu’il est possible de faire. C’est aussi ce qui séduit.

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Comme la plupart des appareils photo proposés par Lomography, le Lomo’Instant Lake Tahoe est vendu avec un livret dévoilant des trucs et astuces.

- MDLP : La lomography est-elle pour autant devenue mainstream ?
Matthias : Non. La lomography est aux antipodes de ce qui est mainstream. Les lomographes veulent faire quelque chose de différent comme exploiter de nouveaux films. Lorsqu’on s’est lancé, au milieu des années 90, c’était déjà le cas. À l’époque, les gens prenaient peu de photographies et utilisaient une à deux pellicules par an avec des appareils de bonne qualité. Notre approche était radicalement différente, nous avons commencé à utiliser nos appareils pour photographier notre quotidien et réaliser des murs de photos comme ce que l’on peut voir avec les smartphones de nos jours. Cet esprit perdure.

-  Le Monde de la Photo : « Emporte ton Lomo où que tu ailles », « Essaie la prise de vue sans viser », « Sois rapide » ou « Utilise-le à n’importe quel moment » font partie des ’’Dix règles d’or’’ édictées pour les lomographes. Comment les avez-vous élaborées ?
Matthias : « Ne pensez pas shootez », résume l’essence de notre philosophie et les ’’Dix règles d’or’’. Elles ont été élaborées naturellement sans qu’on y réfléchisse vraiment.
Sally : Il n’y a pas de grande philosophie derrière ces règles, mais plutôt de l’amusement. À nos débuts, nous n’étions pas photographes, notre intérêt se concentrait sur ce qu’on photographiait. Avec ces règles, nous avons juste essayé de définir et de cadrer ce qu’on faisait.

-  Le Monde de la Photo : En France, la lomography est parfois considérée comme une lubie de hipster. Qui sont finalement ces lomographes selon vous ?
Matthias : On trouve parmi eux des jeunes et des moins jeunes, de 20 à 50 ans, éduqués, très actifs et sociables. Ils aiment la musique et faire la fête, c’est peut-être une définition du hipster.
Sally : Le lomographe typique aime découvrir de nouvelles cultures et partager. Depuis l’arrivée des objectifs artistiques comme le Daguerreotype Achromat, de nombreux photographes professionnels s’y sont intéressés.

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Le Daguerreotype Achromat 2,9/64 Art Lens, un objectif financé sur Kickstarter permet d’obtenir des bokeh prononcés ou un rendu cristallin grâce à l’utilisation de plaques amovibles.

- Le Monde de la Photo : Justement en parlant du Daguerreotype Achromat, pourquoi avez-vous décidé de le fabriquer – ainsi que d’autres appareils russes – en Chine ?
Sally : Depuis nos débuts, avec l’essor de la photographie numérique, de nombreuses usines ont fermé en Russie. Quand celle qui fabriquait le Lomo LC-A a disparu, on a dû trouver une solution alternative pour continuer sa production. Une entreprise chinoise nous a proposé de se spécialiser dans nos produits. Ils ont très vite compris ce qu’on voulait et nous avons accepté. Au final, le lieu de fabrication importe peu. Ce qui compte, ce sont les compétences des quinze personnes qui fabriquent nos produits, qui peuvent parfois être aussi complexes qu’une montre suisse !

- Le site de Lomography

Propos recueillis par Sandrine Dippa

Crédit image d’accueil : © Sally Bibawy et Matthias Fiegl

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