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Mélanie Dornier : « Dans le cadre de l’estran et son double, les algues ramassées dans la laisse de mer ont été placées sur du papier photo »

06/01/2022 | Sandrine Dippa

Le travail de Mélanie Dornier s’articule autour de l’identité et de l’empreinte. Après s’être intéressée à la place des femmes du nord de l’Inde, la photographe auteure nous invite à découvrir l’Estran et son Double. La série a été réalisée dans le cadre d’une résidence soutenue par l’association Tulipe Mobile.

Le Monde de la Photo : Quelle est la genèse de votre projet ?
Mélanie Dornier : En 2007 je suis allée vivre entre l’Inde et la Chine où j’y ai exploré la photographie documentaire pendant plus de 8 ans. De retour en France en 2017, je suis venue vivre en Normandie, région que j’ai également parcourue avec un appareil photo à la main. J’étais alors basée dans le bocage et je souhaitais découvrir photographiquement le rivage, les deux composantes de la Région. La résidence de recherche du département de la Manche m’a permis cette découverte ; et le projet l’estran et son double a vu le jour. Elle a été soutenue par Tulipe Mobile ; une association de photographie documentaire basée dans la Manche. La résidence m’a permis d’explorer le mélange de deux écritures photographiques. La première une documentaire, classique et maîtrisée avec une seconde, ancienne de photographie par contact. C’était la première fois dans mon travail.

MDLP : Parlez-nous des territoires explorés pour cette série...
M.D : Le territoire que j’ai choisi pour mon travail, l’estran, m’a captivé dans son paradoxe d’espace naturel aux limites floues et lieu de production. Cette implantation de l’ostréiculture avec des limites territoriales et biologiques au profit d’un marché que l’on découvre au fil des marées. Entre la Pointe d’Agon au phare du Sénéquet dans la Manche, nous sommes dans le plus gros parc de production européen d’huîtres avec plus de 355 hectares. L’activité des ostréiculteurs a été photographiée au numérique avec une approche documentaire. Rappelant que la pratique de la photographie s’est démocratisée de manière massive et mondialisée, grâce à l’industrie de la chimie, de la mécanique, de l’optique puis de l’électronique. Un parallèle avec l’aquaculture qui, dans les 50 dernières années, s’est transformée d’un principe de cueillette de ressources en culture avec des avancées technologiques.

MDLP : Pour ce projet, vous avez réalisé des empreintes d’algues sur du papier photosensible. Pouvez-vous nous en dire plus sur le processus ?
M.D : Il s’agit de photogrammes, des images photographiques obtenues sans utiliser d’appareil photographique. Lors du processus, on dépose un objet sur une surface photosensible que l’on expose à la lumière. Ce sont les débuts de la photographie, une des techniques les plus connues de photogramme est le cyanotype. Dans le cadre de l’estran et son double, les algues ramassées dans la laisse de mer ont été placées sur du papier photo. D’où la référence au pinceau de la nature d’Henry Talbot, l’inventeur du papier photographique. On parle également de lumen print, une fois exposé à la lumière, c’est le moment émouvant et fragile, où le papier est plongé dans un bain de fixateur puis d’arrêt. L’image apparaît et l’empreinte de la nature prend forme.

MDLP : Comment pensez-vous faire évoluer ce projet ?
M.D : Avec Tulipe Mobile, nous travaillons à une exposition du projet à proximité de l’estran pour pouvoir le présenter au plus grand nombre et de plus ; dans une démarche d’action culturelle, nous travaillons à le valoriser en milieu pénitencier. Depuis mon retour en France, je travaille régulièrement dans une volonté de partage de mon travail avec différents types de publics autant en milieu hospitalier, pénitentiaire que scolaire.

MDLP : Quels sont vos autres projets ?
M.D : Aujourd’hui au niveau de mes projets artistiques, je continue l’exploration des techniques alternatives de photographie autour de questionnement éco-féministe. Un projet est en cours sur les sorcières, questionnant présent et passé autour de la thématique de la désignation. Et une réflexion plus personnelle est à ses débuts sur le thème d’habiter et voir comment on s’approprie un territoire. Il se base sur un collectage de mémoires visuelles et orales que j’ai réalisé en EHPADS courant 2020-2021. Un bouillonnement de projets et d’idées qui j’espère verront le jour en 2022…

- Le site de Mélanie Dornier
- Instagram.com/melaniedornier

Photos : Mélanie Dornier

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