Tout savoir pour réaliser, optimiser et diffuser ses photos

MBP Nikon

Arles 2021 : une renaissance en quête d’affluence

12/07/2021 | Benjamin Favier

Après une année blanche, la cinquante-deuxième édition des Rencontres d’Arles a débuté le 4 juillet. Le programme initialement prévu l’an dernier a été en partie maintenu et étoffé, sous la direction de Christoph Wiesner. À l’issue de la première semaine, la fréquentation est logiquement en baisse, par rapport à 2019, malgré de beaux rendez-vous.

« Cette édition marquera les retrouvailles d’Arles avec le public », insistait Hubert Védrine, Président des Rencontres d’Arles, il y a quelques semaines, à nos micros (écouter l’épisode 13 de la deuxième saison de notre podcast). Tout en soulignant qu’une bonne partie de la programmation, initialement prévue l’an dernier, chère à Sam Stourdzé, directeur des Rencontres depuis 2014, a été conservée pour cette cinquante-deuxième édition, qui se tient, sous la houlette de Christoph Wiesner. Le nouveau directeur s’inscrit dans la continuité du programme établit par son prédécesseur, comme il l’écrit dans la présentation de l’événement : « J’ai souhaité établir la programmation à partir de ces prémisses, en traçant des prolongements, des variations, des échos, de nouvelles complémentarités ou courts-circuits permettant de saisir aussi une intensité, une urgence à ce que les Rencontres d’Arles prennent le pouls de l’état du monde. Si l’horizon n’est pas encore dégagé, si la lumière sera cet été encore tamisée, il faut faire rendre perceptibles les éclats démultipliés saisis par les photographes et artistes invités. »

JPEG - 173 ko
La Tour Luma vue du Parc des Activités, un des lieux incontournables des Rencontres de la photographie à Arles. Photo : BF

Ce n’est pas l’affluence des années précédentes, à en croire les chauffeurs de taxi locaux. En consultant l’application Arles 2021, proposée gratuitement au téléchargement pendant toute la durée de l’événement, cette impression est confirmée : pour chaque exposition, même celles qui figurent en tête d’affiche, le niveau de fréquentation est fluide – l’utilisation de QR codes facilite le décompte en temps réel. En début d’après-midi, on circule sans encombre dans les étroites rues arlésiennes, et de nombreuses chaises vides demeurent à l’ombre des parasols sur les terrasses des cafés. Le thermomètre affiche 28°, et l’affluence étrangère, logiquement moindre en raison de la situation sanitaire, expliquent certainement cette fréquentation plus timide. À l’issue de la première semaine, les chiffres officiels tout juste publiés par les organisateurs confirment ces impressions. Par rapport à 2019, la fréquentation accuse une baisse de 26%, soit environ quatorze mille festivaliers, entre le 4 et le 10 juillet. Et parmi les visiteurs, environ 20% sont venus de l’étranger, contre quelque 45% lors de la cinquantième édition.
Par endroits, des rassemblements se dessinent tout de même, comme dans la librairie Actes Sud, où Sabine Weiss, qui fêtera ses 97 ans le 23 juillet, signe des ouvrages avec une patience et une espièglerie admirables, tandis que ses photographies font l’objet d’une exposition à la chapelle des Jésuites du Museon l’Arlatan, lieu inédit pour les Rencontres. Et s’il fallait d’autres raisons de se rendre à Arles cet été, en voici quelques-unes, puisées parmi les quelque trente-cinq expositions inscrites au programme officiel (il y en a dix de plus dans le cadre du Grand Arles Express).

JPEG - 135.9 ko
L’exposition The New Black Vanguard à l’Église Sainte-Anne. Photo : BF

S’il ne devait y en avoir qu’une ? Cela se jouerait entre l’Église Sainte-Anne, qui accueille The New Black Vanguard ; et la Mécanique Générale, où est affichée Masculinités. Dans le premier lieu, c’est à une véritable explosion de couleurs, que nous convie Antwan Sargent, commissaire de l’exposition, sous les voûtes gothiques de cette église du XVIIe siècle. Les œuvres de quinze jeunes artistes posent la question de la représentation du corps noir, au travers de la photographie de mode et d’art. Ce mouvement international s’articule principalement autour des travaux de Dana Sruggs, Adrienne Raquel, Awol Erizku, Joshua Kissi, Lucie Rox et Ronan Mckenzie. Leurs photos sont superbement scénographiées sur des pans de murs aux couleurs vives, tout comme de nombreuses couvertures de magazines internationaux. Ce serait notre premier choix.

JPEG - 137.7 ko
Une série de portraits signés Richard Avedon, dans le cadre de l’exposition Masculinités, la libération par la photographie, à la Mécanique Générale. Photo : BF

Ensuite, il faut se rendre dans le Parc des Ateliers derrière la fameuse Tour Luma, réalisée par l’architecte Frank Gehry, à la Mécanique Générale, pour voir l’audacieuse installation Masculinités, la libération par la photographie, sous l’impulsion de la commissaire Alona Pardo. Elle se penche, au travers des travaux de plus de cinquante photographes et réalisateurs, sur la manière « dont la masculinité a été codée, interprétée et construite socialement des années 1960 jusqu’à aujourd’hui ». Des portraits de Richard Avedon, Richard Billingham, Rotimi Fani-Kayode ou Samuel Fosso, des autoportraits familiaux de Masahisa Fukase ou Aneta Baros traitent tour à tour du pouvoir, de la vieillesse, du genre, de la figure paternelle, de la violence… Au même endroit, ne manquez pas l’exposition Princes de la rue, de Clarisse Hahn, plongée intime au cœur de Barbès. Assurément un temps fort de cette édition 2021.

JPEG - 62.1 ko
Exposition Être présent de Pieter Hugo. Photo : BF

Parmi les autres expositions à voir, nous vous conseillons de faire un tour du côté du Palais de l’Archevêché, pour découvrir, ou revoir, en grand, une série de portraits en buste du Sud-Africain Pieter Hugo, réalisés depuis le début des années 2000, rassemblés sous le titre Être présent. À la Croisière, Jazz Power ! Revient sur vingt années fastes de Jazz Magazine, entre 1954 et 1974, qui mirent en avant de légendaires musiciens afro-américains, avec la lutte pour les droits civiques aux États-Unis et le processus de décolonisation en toile de fond. Un vrai coup de cœur.

JPEG - 128.4 ko
Jazz Power ! à la Croisière. Photo : BF

Au même endroit, vous pourrez voir le formidable travail Américaines solitudes, de Jean-Luc Bertini, qui a publié le livre éponyme chez Actes Sud (nous avons consacré un long entretien à ce sujet dans notre hors-série numéro 46 consacré au reportage). Au catalogue du même éditeur, figure le superbe ouvrage Borders, de Jean-Michel André, qui fait l’objet d’une exposition, également à la Croisière. Et si vous aimez les livres photo, allez voir les éditeurs rassemblés sous la bannière France PhotoBook, en face du Théâtre Antique d’Arles.

JPEG - 150.1 ko
Alexandre Dupeyron (Les Associés), Anton Roland Laub, Barbara Wolff et Élie Monferier (Les Associés), auteurs de l’exposition Sauver les corps, exposée à la Fondation Manuel Rivera-Ortiz avec le soutien de WhiteWall. Photo : BF

À la Fondation Manuel Rivera-Ortiz, le programme Échos système explore le phénomène des migrations. Différents récits se mêlent, dont D’ici, ça ne paraît pas si loin, signé du collectif Les Associés, ainsi que Sauver les corps, réalisé par ces derniers, avec ParisBerlin>fotogroup, et le soutien du laboratoire WhiteWall. Enfin, l’Église des Frères Prêcheurs demeure un lieu d’exposition incontournable, avec une scénographie inspirée, mettant à l’honneur les onze projets retenus dans le cadre du Prix Découverte Louis Roederer 2021. Toutes les expositions sont ouvertes au public jusqu’au 26 septembre. En espérant que l’évolution de la situation sanitaire n’accentue pas la baisse d’affluence, de cette renaissance tant attendue.

- Arles 2021 : expositions ouvertes au public du 4 juillet au 26 septembre
- Forfaits sur quatre jours ou à la journée proposés sur le site des Rencontres ; entrée à l’unité de 5,50 € à 15 €
- Le site officiel des Rencontres de la Photographies d’Arles

Cet article vous a plu ? Notez le et partagez le sur les réseaux sociaux !



Archives Le monde de la photo

NOUVEAUTE : Vous recherchez un article, un test ?

Accédez aux archives MDLP