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Chicago Sun-Times : 28 photographes licenciés, un Tumblr ouvert

10/06/2013 | Franck Mée

La semaine passée, le plus vieux journal de Chicago, le Sun-Times, a licencié ses 28 photographes et éditeurs photo — y compris John H. White, qui lui avait rapporté un prix Pulitzer en 1982. L’un d’eux a pris son parti de raconter son histoire... avec son iPhone.

« Notre activité change rapidement et notre public souhaite toujours plus de contenus vidéo pour accompagner les articles. Le Chicago Sun-Times continue à évoluer avec ses clients friands de hi-tech et en conséquence, nous avons dû restructurer notre gestion du multimédia, y compris la photographie. »

Cette formule du Chicago Sun-Times, plus vieux quotidien de la ville (ses racines remontent à 1844), signifie tout simplement que l’équipe photo du journal, soit 28 photographes et éditeurs, est priée de trouver un autre emploi. Il ne s’agit pas d’une simple compression de personnel, mais de la suppression pure et simple de l’équipe, la production de contenu multimédia (photo, vidéo, son) étant confiée aux reporters et aux pigistes.

Un média parmi d’autres

Un quotidien d’actualité peut-il se passer de photographes ? Toute la question est là. Le couple classique reporter / photographe a, depuis des décennies, montré son bien-fondé pour les supports papier : l’image et le texte utilisent des langages différents, mais se complètent et se renforcent mutuellement.

Avec la généralisation du multimédia, cette complémentarité est remise en question : le reporter est de plus en plus censé être multi-cartes, capable d’employer différents médias et différents tons en fonction des nécessités. Le phénomène est sans doute naturel et doit être pris en compte : un photographe peut être amené à faire de la vidéo, un rédacteur à créer un commentaire en voix-off, non seulement parce que leurs outils de travail le permettent mais aussi parce que chaque titre utilise plusieurs médias et qu’il n’est pas toujours possible d’envoyer une demi-douzaine de personnes spécialisées sur un seul événement.

De là à supprimer toute une équipe, il y a sans doute une marge. Surtout que celle du Sun-Times comportait des gens compétents, voire prestigieux : parmi les licenciés, John H. White, prix Pulitzer en 1982 !


John H. White, photographe au Sun-Times depuis 1978, prix Pulitzer 1982 pour « l’excellence constante de son travail sur des sujets variés ».

Le journal n’a d’ailleurs pas pour autant monté une équipe pluridisciplinaire de gens habitués à jongler avec différents types d’images : les rédacteurs ont été priés de suivre des formations sur la photo avec un iPhone, les bases du montage vidéo et la transmission sur les réseaux sociaux. Ce mélange des genres ne plaît ni aux photographes, qui rappellent à raison que leur support a un langage propre et que la narration en photos ou en vidéo n’est pas la même qu’à l’écrit, ni aux rédacteurs, qui estiment avoir assez à faire avec la prise de notes, les interviews et la rédaction sans devoir en plus fournir des illustrations.

Réflexe professionnel

Il suffit de quelques minutes pour que les 28 membres de l’équipe, spécialement réunis, apprennent leur éviction. Passé le choc, Rob Hart réagit... en journaliste : documenter l’instant. Du pot improvisé entre photographes néochômeurs à ses interventions à l’université où il enseigne, en passant par sa nouvelle vie de jeune père chômeur et les interviews accordées aux médias, il immortalise sa vie quotidienne.

Et puisqu’il doit être remplacé par un reporter et un iPhone, il décide d’utiliser la même arme : sur son Tumblr, sobrement intitulé « licencié du Sun-Times », « il documente sa vie avec un iPhone, mais avec l’œil d’un photographe formé à la narration graphique ».

Son objectif : montrer que ce n’est pas l’outil, mais l’humain qui fait l’histoire, et qu’un photographe de presse avec un iPhone peut faire une série d’images plus cohérente et plus explicite qu’un rédacteur sans formation à la narration graphique. Pas pour affirmer la supériorité des photographes, mais la spécificité de leur travail : selon lui, le cerveau d’un reporter et celui d’un photographe ne voient pas les mêmes choses, ne fonctionnent pas de la même manière, et les compétences de chacun sont le résultat d’années d’expérience et non de la possession d’un outil adapté.

Dans une interview à WGN Radio, il résume ainsi : « ils peuvent prendre mon travail, mais ils ne peuvent pas prendre ma passion. Je le ferai pour quelqu’un d’autre ; pour moi, l’endroit où est publié un travail n’est pas aussi important que le fait qu’il soit publié. Même si c’est sur un stupide Tumblr que j’ai ouvert ».

- Laid off from the Sun-Times
- Page Facebook de Rob Hart

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