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Interview : Fred Goudon, photographe des Dieux du Stade

27/02/2016 | Sandrine Dippa

Fred Goudon est photographe de nu masculin artistique. Il est, entre autres, l’auteur des éditions 2006, 2014, 2015 et 2016 des Dieux du Stade. L’artiste revient sur sa collaboration avec le célèbre calendrier mettant en scènes des athlètes et leurs plastiques.

Depuis plus de trente ans Fred Goudon immortalise des corps nus et sculptés de sportifs pour le célèbre calendrier les Dieux du Stade. À l’occasion de la sortie de Dieux du Stade, un ouvrage compilant, entre autres, ses meilleurs clichés d’athlètes et de joueurs du Stade Français, l’artiste, qui commença la photographie à dix-neuf ans au cours d’un voyage aux États-Unis, se livre sur sa collaboration.

- Le Monde de la Photo : Comment êtes-vous devenu photographe pour le calendrier les Dieux du Stade ?
Fred Goudon : À 19 ans, je suis allé aux États-Unis où j’ai rencontré mon premier modèle. Il souhaitait intégrer une agence de mannequins et m’a proposé de réaliser ses photos. Lorsqu’il les a présentées à son agence, on m’a proposé de devenir testeur. J’ai réalisé beaucoup de portraits pour l’agence, puis très vite des nus masculins qui ont fini par être publiés par un éditeur allemand. En 2001, lors de la sortie de premier calendrier, je me suis dit que j’allais tenter ma chance. J’ai fini par envoyer un portfolio en 2005 présentant ma vision de l’homme sportif et mon idée des Dieux. Ils ont été emballés. En 2006, j’ai shooté mon premier calendrier.

- Comment ce premier shooting s’est-il déroulé ?
FG : Ça a été une expérience très compliquée. J’étais très créatif, mais le producteur de l’époque avait engagé deux D.A. qui m’ont un peu trop cadré. Ils ne m’ont laissé aucune liberté. Bien que l’expérience ait été enrichissante, ce calendrier a été très dur à réaliser, car on avait pas la même approche. Au final on fait un beau calendrier qui s’est bien vendu. J’en ai tout de même énormément souffert, car je n’imaginai pas que ça pouvait se passer comme ça. Heureusement, pour l’édition suivante, j’ai eu plus de liberté. J’ai pu revenir à l’essence des Dieux du stade et faire ressortir le côté pin-up au masculin.

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Jordan Amoros © Fred Goudon/ Dieux du Stade 2015

- Comment organisez-vous la préparation du calendrier ?
FG : Il y a beaucoup de travail en amont, avant la prise de vue. On réalise une réunion pour savoir quelle direction prendre et choisir les sportifs, on a décidé de choisir des rugbymen, mais aussi des lutteurs ou des judokas. On savait où on allait. On a donc pu réaliser un moodboard assez rapidement. J’y ai posé mes idées. Je me suis par exemple inspiré de tableaux et d’images de films.

- Et concernant les prises de vues ?
FG : C’est plus compliqué. On doit s’adapter aux calendriers des sportifs qui s’entrainent pratiquement toute l’année. Ils n’ont que quelques heures à nous accorder pour réaliser les photos. La période propice correspond à la fin des championnats, fin mai. Il faut aussi savoir que je dois produire quarante photos (trois par mois, en plus de la couverture) en un temps record. C’est très dense. Parfois, j’ai à peine une heure pour photographier un athlète. Pour le dernier calendrier, j’ai réalisé les prises de vues en cinq jours. Ça a été intense.

- Est-ce compliqué pour ces modèles d’un jour de se dénuder ?
FG : La plupart des sportifs sont à l’aise. Le tout est de respecter leurs limites et de savoir ce qu’ils veulent faire ou pas. Il faut aller dans leur sens et réaliser des images dont ils pourront être fiers. Souvent, en cours de shooting, je leur propose d’aller plus loin en enlevant le bas, par exemple. Je prends ensuite cinq photos. Si le résultat ne plait pas, je m’engage à les effacer. Je ne veux rien leur voler. En donnant ce confort au sportif, ça se passe bien.

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Vincent Valee © Fred Goudon/ Dieux du Stade 2015

- Leur arrive-t-il de regretter d’avoir participé au calendrier ?
FG : Je n’ai jamais entendu un joueur le regretter, d’autant plus que la nudité frontale n’existe quasiment plus dans les dernières éditions. C’est plutôt le contraire. J’ai parfois dû refuser des sportifs car je n’arrivais pas à imaginer une photo sensuelle pour le calendrier. Si j’ai un doute, je ne préfère pas sélectionner le sportif.

- Et de votre côté est-ce un challenge d’imaginer un Chabal en homme sensuel ?
FG : Mettre un homme nu et de surcroit un sportif sans que ce soit ambigu est un réel challenge en effet. La majeure partie de la clientèle est féminine ; elles doivent se sentir concernées. Il faut donc tenter d’enlever tout ce qu’il pourrait avoir d’homo-érotique. Un homme peut être doux et sensuel sans que ce soit ambigu car la douceur fait partie de l’individu. Il est navrant que dans nos sociétés la nudité masculine soit automatiquement associée à l’homo-érotisme.

- Y a-t-il une grosse part de retouche ?
FG : Oui et je n’ai aucun complexe à le dire ! Je trouve que les photographies numériques ont besoin de retouches. L’argentique apportait un côté poétique aux images grâce à ce que captait la pellicule. Le numérique enregistre trop d’informations et par moments, il faut en enlever pour donner un côté argentique aux photos. C’est pratique. Le corps du sportif est son instrument de travail. Parfois, il se blesse ou perd en tonicité. Si un angle est peu flatteur, il m’arrive de retoucher pour raffermir le corps afin que ça reste cohérent. Le plus important est l’image finale et pas le cliché brut.

- Le site de Fred Goudon
- Le site des Dieux du Stade

Propos recueillis par Sandrine Dippa

Crédit image d’accueil : © Fred Goudon

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