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Nikon Df : fan des années 80

05/11/2013 | Franck Mée

Les années 80, ce n’est pas que U2, Full metal jacket et François Mitterrand. C’est aussi les derniers appareils photo de l’ère pré-électronique, avec les Nikon FM et FA. C’est cet esprit que veut ressusciter la marque aujourd’hui, avec son nouveau Df : un boîtier numérique, mais à l’ancienne.

Présentation

Nostalgie d’appareils réputés historiques ou goût pour les design indémodables, le rétro est à la mode. Fujifilm et Olympus, en particulier, ont beaucoup capitalisé sur des looks évoquant des appareils anciens : le X-Pro1 lorgne du côté des télémétriques, les OM-D reprennent les angles des reflex à pentaprisme...

Les poids lourds des reflex ne semblaient guère attirés par ces retours vers le passé. Canon et Nikon continuent en effet à fournir des gammes de reflex aux lignes arrondies, en mettant en avant leurs écrans orientables et leurs modes vidéo. Dans cette vague de néo-rétro, seront-ils les derniers bastions du modernisme ? Nikon a décidé que non : la marque nous propose de revenir directement au début des années 80 avec son nouveau Df, un reflex anguleux, destiné uniquement à la photographie et bien équipé pour les réglages manuels.

Un FA numérique ?

Le premier coup d’œil sur le Df est plutôt sympathique. Son prisme taillé à la serpe, ses commandes manuelles, son capot gris (pour la version chromée, dont le pentaprisme reste recouvert façon croûte de cuir), tout cela fleure bon le temps des boîtiers mécaniques, indestructibles et capables de fonctionner sans piles, avec la seule énergie du pouce du photographe. Esprit des Olympus OM-1, Minolta SR-T101, Pentax MX et autres Nikon FM, es-tu là ?

À regarder de plus près, c’est en fait en héritier du Nikon FA que le Df se place. Pour mémoire, le FA était un appareil particulièrement sophistiqué, le premier à proposer les modes PSAM chez Nikon, et il affichait des indications d’exposition grâce à une couche de cristaux liquides dans le viseur — en 1983, c’était encore exceptionnel — et était le tout premier reflex à mesure d’exposition multizone.

Du FA, le nouveau Df reprend bien des choses, à commencer par la disposition des éléments : bague de sensibilité et correction d’exposition concentriques à gauche du prisme, barillet des vitesses à droite avec synchro-X et pose B séparées, deux commandes entre l’objectif et la petite poignée, la prise flash de studio au-dessus du verrouillage d’objectif, et même le filetage pour un déclencheur souple sur la commande de prise de vue. De face et de dessus, on s’y croirait, à un détail près : le levier d’armement laisse la place au sélecteur PSAM, libérant un espace pour un écran de contrôle minimaliste (vitesse, ouverture, capacités de la batterie et de la carte mémoire).

De dos, en revanche, l’illusion disparaît : le Df est bien un boîtier numérique, avec un large écran, des connexions USB, HDMI et télécommande, une série de touches de réglages, un trèfle de navigation... Il a également deux molettes de réglages, ce qui peut paraître un peu chargé puisqu’il dispose déjà de molettes dédiées à la sensibilité, à la correction d’exposition et à la vitesse d’obturation : il ne reste donc plus que l’ouverture à placer sur les deux molettes restantes...

Un D4 mécanique ?

La base électronique est celle du D4, avec un capteur format 24x36 mm de seulement 16 Mpxl (soit des photosites d’un peu plus de 7 µm). Comme le D4, le Df est ainsi capable de monter à 12 800 Iso nativement, et jusqu’à H4 en extension — soit un équivalent 204 800 Iso.

Il faut tout de même noter une différence : le Df a été étudié pour diminuer sa consommation électrique et augmenter son autonomie, un peu à la façon dont les premiers reflex électroniques pouvaient fonctionner de manière totalement mécanique en renonçant aux automatismes. Ici, c’est l’obturateur qui est modifié, réduisant la rafale à 5,5 im/s (contre 10 im/s sur le D4) et l’obturation au 1/4000 s.

Intéressant ? À voir : la batterie est la EN-EL14, qui équipe également les D3200 et D5200. Avec ses 7,7 Wh, celle-ci fait pâle figure face aux EN-EL15 du D7100, D610 et D800 (14 Wh), sans même parler de l’EN-EL18 du D4 (22 Wh !). Nikon annonce tout de même 1400 photos selon les normes CIPA, mais il faut d’abord noter que le Df est ici avantagé par l’absence de flash (la CIPA impose son utilisation une photo sur deux lorsqu’il est présent) et ensuite se demander si dès lors, la batterie du D7100 n’aurait pas effectivement permis de partir en rando une semaine...

Nikon peut également faire valoir l’absence de vidéo, qui ravira ceux qui sont convaincus que cette fonction augmente le prix ou diminue l’autonomie des appareils. Mais en réalité, le Nikon Df conserve la possibilité de viser sur l’écran : dès lors, la consommation électrique est comparable à celle d’un enregistrement vidéo, et l’économie financière est douteuse puisque le processeur doit rester capable de gérer un flux continu de 30 images par seconde : seule la compression H.264 (en fait incluse dans les derniers processeurs) et la gestion du son sont évités...

Et puis, est-il justifié de conserver autofocus à 39 points et système d’exposition du D610 ? Là encore, le D7100 fait mieux avec l’AF à 51 collimateurs du D800...

Au final, le Df est ainsi un mélange de D4 et de D610, privé de certaines fonctions (vidéo) mais pas d’autres (LiveView), dont les ajouts ergonomiques viennent perturber la logique d’ensemble (les deux molettes de réglages des reflex numériques côtoient les barillets à l’ancienne des reflex argentiques), et qui veut améliorer l’autonomie en utilisant une batterie d’entrée de gamme... Le tout, pour 2 899 € avec un 50 mm f/1,8 G — donc une optique sans bague de diaphragme, sur un appareil visant les habitués du tout manuel...

- Le site de Nikon

Premier avis

Des semaines de rumeurs, un "teasing" insistant à base de vidéos intitulées "Pure photography", des messages comme "les bonnes choses prennent du temps, elles valent la peine d’attendre" et "il est de retour dans mes mains"… Tout cela pour un capteur de D4 dans un châssis de D800 déguisé en FA, avec une bague de vitesses et pas de flash intégré ?

Nous aurions beaucoup aimé un reflex dans la lignée du FM, capable de fonctionner de manière largement mécanique (avec, pourquoi pas, un armement manuel, quitte à ne l’utiliser qu’en option, comme avec les moteurs d’entraînement des années 80) en réduisant la consommation électrique aux éléments qui ne peuvent s’en passer : capteur, processeur et carte mémoire.

Mais ici, Nikon semble avoir choisi la voie de l’entre-deux, sans choisir ou en accumulant des solutions concurrentes comme lorsque les premiers automatismes ont été empilés sur les contrôles manuels pré-existants. Sur le FA, la concomitance entre sélecteur PSAM et sélecteurs manuels de vitesse et d’ouverture venait de la nouveauté ; ici, il s’agit d’une redondance passéiste, loin de la logique de vrai retour aux bases des Fujifilm X-Pro1 et X-E1 par exemple. Le tarif, enfin, reste très proche d’un D800 pour un appareil techniquement moins avancé, doté d’une batterie moins généreuse et dépourvu de flash intégré...

Fiche technique

  • Capteur : CMOS 24x36 mm, 16 Mpxl
  • Protection du boîtier : oui
  • Stabilisateur : -
  • Définition maximale : [24x36] 4928x3280 pxl ; [APS] 3200x2128 pxl
  • Monture : Nikon F avec couplage AI
  • Vidéo : -
  • Sensibilité : 100 à 12 800 Iso, extensions de 50 à 204 800 Iso
  • Formats de fichiers : Nef, Jpeg
  • Autofocus : Détection de phase sur 39 points dont 9 croisés
  • Mode d’exposition : PSAM
  • Type de mesure : TTL sur 2016 points RVB
  • Bracketing d’exposition : 5 im sur +/- 3 IL
  • Vitesse : 1/4000 s à 4 s, B, T
  • Rafales : 5,5 im/s
  • Balance des blancs : NC
  • Contrôle du flash : iTTL
  • Flash intégré : -
  • Visée : Reflex pentaprisme, 100 %, 0,7x
  • Moniteur : TFT 3,2", 921 kpts
  • Stockage : SD, SDXC, SDHC
  • Interfaces : USB, HDMI, prise synchro flash, télécommande, déclencheur souple
  • Alimentation : Batterie Li-Ion EN-EL14 (autonomie annoncée pour 1400 photos)
  • Dimensions/poids : 143,5 × 110 × 66.5 mm / 710 g nu, 765 g avec accu et SD

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