Gris de Chinesamedi 19 avril 2008, par Benjamin Favier « Elle sait d’où elle vient, mais n’est pas certaine de savoir où elle va… Mais elle y a va à vive allure. » Pierre Haski, rédacteur en chef et cofondateur de Rue89, ancien correspondant du quotidien Libération en Chine pendant cinq ans analyse en ces termes la transition actuellement subie par ce pays.
Il montre ainsi un pays à l’abandon. Moyenâgeux. Des clichés bien éloignés de l’image dynamique d’un pays touché par la grâce en matière de croissance économique (10 % en moyenne par an). La couverture du livre résume très bien la crise d’identité traversée par les Chinois : un vélo, posé sur une béquille, fait face à un mur sur lequel des inscriptions sont à moitié effacées. Derrière pointent des immeubles ultra modernes, fortement éclairés. L’humain est absent, comme sur la majorité des images. Quand il apparaît, à deux ou trois reprises, il est flou. Impossible à identifier. La faute aux longs temps de pose privilégiés par Konopka. Ce procédé lui permet de créer un contraste saisissant entre un décor figé, délabré par endroits, tandis que les hommes se ruent vers l’avenir, qu’ils voient lumineux, pressés d’en finir avec un passé obscur. Le photographe nous laisse seuls juges devant ses images : ni titres, ni légendes. Comme si chaque cliché faisait parti d’un ensemble. Il faut aller à la fin du livre pour chercher des informations sur les lieux photographiés. Pierre Haski prête une dimension historique à l’œuvre de Konopka : « Dans dix ans, dans vingt ans, parions que les Chinois des générations à venir sauront gré à ce photographe venu de la lointaine Pologne à travers bien des détours, qui a su capturer, à sa manière, le moment où la Chine a basculé pour le meilleur ou pour le pire, et sans doute un peu des deux, dans cette modernité qu’elle poursuit depuis si longtemps. »
Réagir à cet article |
|