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Gueules du rugby : « Ce livre est une tranche du rugby français »

04/12/2015 | Benjamin Favier

Tiré à quinze mille exemplaires, ce livre s’adresse aux amoureux du ballon ovale. Publié à l’issue d’une Coupe du monde unanimement saluée comme une réussite sur le plan du spectacle (même si le parcours du Quinze de France fut catastrophique), il rassemble trois cent soixante-dix portraits.

Des joueurs actuels, comme Dusautoir et Parra, des légendes qui ont marqué l’histoire du sport comme Blanco ou Wilkinson, ou des consultants qui sont restés proches du terrain, comme Galthié, Moscato ou Guillard. Le photographe Philippe Echaroux, membre du quatuor à l’origine du projet, nous raconte son marathon aux quatre coins de l’hexagone, au cours de l’année écoulée.

- Quelle est la genèse du projet ?

Nous sommes quatre en tout. Jean-Pierre Pagès (ancien journaliste, présenté comme un homme d’idées et de communication sur la plate-forme de financement participatif Ulule, NDLR) est un ancien client à moi. Il m’a parlé de son idée de faire un livre. De fil en aiguille, en parlant avec Patrick Roger, journaliste à Europe 1, nous sommes avons noué contact avec Éric Blanc, ancien joueur du Racing Club de France. Nous nous sommes réunis au Racing 92 tous les quatre, j’ai photographié l’équipe, puis nous sommes allés à Toulon, dans l’idée de faire une maquette, pour initier le projet.

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Morgan Parra

Dans la foulée, Éric Blanc est allé voir tous les clubs du Top 14 pour les convaincre. Ce livre est une tranche du rugby français. Le plus âgé parmi les personnes photographiées a 92 ans. On trouve aussi des joueurs étrangers qui jouent ou qui ont marqué le championnat, comme Johnny Wilkinson. On a sorti le livre à la fin de la Coupe du monde pour qu’il s’inscrive dans l’évènement, mais pour qu’il perdure après, jusqu’au tournoi des Six Nations, par exemple.

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Johnny Wilkinson

- Quand le projet a-t-il démarré ?

Il y a un an. Fin novembre 2014, on a fait un shooting pendant une journée au Racing 92, puis à Toulon la semaine qui a suivi. On a fini les prises de vue le 31 juin dernier. On essayait de caler de courts séjours pour chaque club en fonction des disponibilités de chacun, cela représente une quinzaine de sessions en tout. Je shootais vite, et je retouchais les photos dans la foulée, dans la voiture. Sur six-cents personnes, je n’ai essuyé qu’un seul refus, un joueur de l’équipe de France.

- Quelles étaient les conditions de prise de vue ?

Je savais que j’allais shooter dans des lieux divers et variés. Où que je sois, il fallait que j’aie toujours la même qualité de lumière à n’importe quelle heure. Je leur demandais de s’asseoir sur une chaise face à moi, une boîte à lumière derrière, une source de lumière devant… Je photographie avec un Hasselblad moyen-format et des torches Elinchrom. Au niveau de la retouche, je développe les Raw dans Lightroom en me concentrant sur les tons chairs. Je peaufine ensuite dans Photoshop : je débouche le contre-jour, je travaille les courbes et me concentre sur les yeux. C’est tout.

- Certains grimacent, d’autres restent très sobres : comment dirigiez-vous les séances ?

Mon parti-pris est de photographier les gens en moins d’une minute, comme ça ils n’ont pas le temps de réfléchir… et moi non plus. Ils ont tous été très sympas. Je photographie beaucoup de gens connus de par mon activité et je dois dire que le milieu du rugby est particulièrement cool. Ils venaient souvent en groupe : le fait de plaisanter entre eux, de faire des grimaces, permettait de travailler dans une atmosphère détendue ; les sujets se décoincent. Si le sujet venait seul, il était généralement plus sérieux. Chacun était libre de prendre la pose qu’il souhaitait, même si nous avons pu émettre des suggestions parfois, comme pour Bastareaud.

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Mathieu Bastareaud

- Quels ont été les plus impressionnants à photographier ? Avez-vous eu des retours ?

Manu Tuilagi, qui joue à Perpignan, est sacrément massif. C’est aussi pour cette raison que je leur demandais de s’asseoir. Wilkinson, je trouvais qu’il dégageait la même chose que Zidane, que j’ai aussi photographié. Zen, un peu timide, très classe et beau gosse. Beaucoup de charisme. La rencontre avec Chabal a été très simple. Il s’occupe d’une boîte de construction de city stades. Quand on est arrivés, il déchargeait un camion avec ses employés. À l’opposé de l’image de star véhiculée dans les médias. Les gens sont surpris par le côté ludique, ça leur plaît. Beaucoup d’anciens ont envoyé des mails de remerciements. Je n’ai pas eu de mauvais retours.

- Que vous a apporté cette expérience par rapport à vos activités principales ?

Je fais principalement du street art, du portrait et de la pub. Pour faire de la pub, il faut être un bon technicien. Je me sens comme un simple exécutant. Sur des projets comme ça, ce sont plusieurs compétences qui collaborent et de mon côté, j’ai géré la partie photo de A à Z. Cela met une certaine pression, mais c’est très gratifiant. Par contre, c’était très éprouvant de goupiller tous ces rendez-vous dans mon agenda « classique » ; j’ai dû plusieurs fois honorer des commandes en revenant de longs déplacements. Ce n’est pas simple de gérer le décalage horaire et de rester concentré face au sujet. Ce genre de projet me fait du bien, car la prise de vue est une finalité, comme un musicien qui monte sur scène. Or, je passe de moins en moins de temps derrière l’appareil… J’en passe plus à mûrir des projets.

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Le photographe Philippe Echaroux

- Quels sont vos projets en cours ?

J’ai créé ce que j’ai appelé le « Street Art 2.0 » ; un Street Art basé sur mon outil de prédilection, la lumière. Je tenais à proposer une alternative au Street Art classique, qui ne laisse pas de trace de son passage et qui puisse disparaitre instantanément ! Je vends beaucoup de photos d’art, cette année j’ai participé à plusieurs ventes aux enchères, et j’ai été invité à la Biennale d’Art contemporain de La Havane.
Cela fait cinq ans que je suis professionnel. J’ai toujours entendu : « C’est la crise. » Pour l’instant j’en vis, donc tant mieux… Je prépare un autre livre, seul cette fois-ci. Il y aura cent personnalités mondiales, que j’ai photographiées, dont Eminem, Madonna ou Zidane, avec une thématique autour de la rédemption.

- Propos recueillis par Benjamin Favier
- Crédit photos : Philippe Echaroux


- Gueules de rugby
- Éditions 2jp
- Par Jean-Pierre Pages (Auteur), Éric Blanc (Auteur), Patrick Roger (Auteur), Philippe Echaroux (Photographies)
- 25,9 x 34,7 cm
- 407 pages
- 49,99 €

- Le site de Philippe Echaroux
- Le site dédié à Gueules du rugby

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