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Interview Nicolas Mingasson : « Les Dolganes sont à la fois modernes et traditionnels »

30/01/2016 | Sandrine Dippa

Afghanistan, Rwanda, Bosnie. Depuis vingt ans, Nicolas Mingasson oscille entre deux univers : la guerre et l’Arctique. Avec Destins Dolganes, le journaliste documente le quotidien des Dolganes, un peuple isolé du nord du Taïmyr dans l’Arctique russe. Les soixante-dix clichés grand-format issus de la série sont visibles jusqu’au 3 mars au Musée de l’Homme. Rencontre avec l’artiste.

MDLP : Pourquoi s’intéresser aux Dolganes ?
Nicolas Mingasson : De 1995 à 2001, j’ai travaillé à l’organisation d’expéditions avec l’unique équipe de l’aviation polaire russe ayant survécu à la chute de l’Union Soviétique. À cette époque, je ne faisais que côtoyer les Dolganes sans partager grand-chose avec eux : nos expéditions se déroulaient bien plus au nord, à proximité du Pôle Nord géographique, où nous pouvions constater une diminution rapide de l’épaisseur de la banquise sur laquelle nous posions avions et hélicoptères. Nous vivions au Pôle, ce que nous lisions dans les médias. L’idée d’un travail photographique sur le climat et les peuples de l’Arctique a germé lorsque j’ai commencé à rencontrer régulièrement les Dolganes durant les expéditions de recherche de mammouths que nous avions commencé à organiser.

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Dans la péninsule de Taïmyr, à l’extrême nord de la Sibérie, un enfant Dolgane de deux ans fait sa sieste à l’extérieur du campement, emmitouflé dans le manteau de sa mère. Derrière lui, des rennes du troupeau domestique passent leur chemin.

- Comment vivent-ils ce changement climatique ?
NM : Je me suis aperçu que s’ils subissent certaines conséquences du réchauffement climatique, cela n’est pas leur priorité. Les Dolganes se préoccupent plus de consolider leur quotidien et ne s’intéressent pas pour le moment à ces problèmes. Il y a un décalage entre notre vision alarmante et ce qu’ils vivent. On a au final un regard très éloigné.

- Quelles sont leurs principales préoccupations ?
NM : Principalement des problèmes sociaux et économiques. Le transport des marchandises par exemple. Dans cette région, tout est transporté par avion. Avec la fin de l’URSS, les prix des produits de première nécessité comme le sucre ont explosé avec la fin des subventions. Depuis, Poutine a relancé ces subventions, mais beaucoup reste à faire. La consommation d’électricité, par exemple, s’envole depuis quelques années, obligeant l’administration à parfois la rationner. On ne l’imagine pas, vu d’ici, mais aussi isolés soient-ils, de plus en plus de jeunes Dolganes utilisent Internet, regardent la télévision, jouent aux jeux vidéo. 

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Vladimir est un ancien pêcheur à la retraite du village dolgane de Novorybnoïe, sur les rives de la rivière Khatanga. Aujourd’hui, il poursuit son activité de pêcheur pour subvenir à ses besoins, comme la plupart des retraités du village. Une activité qui lui permet aussi de rester en contact avec ses propres racines.

- Ce peuple semble éloigné de tout, mais il est finalement très « moderne » ?
NM : Ils sont à la fois modernes et traditionnels. Ils sont le « Peuple du renne » et c’est très ancré dans leur tradition. Ils sont fiers de boire l’eau de leur région et ils vivent encore au rythme des saisons. Ça ne les empêche pas d’aimer la modernité ! J’ai souvent vu des profs jouer à Fifa et les plus jeunes avec des smartphones même s’ils ne captent pas. Ils ont envie de modernité. J’ai croisé deux jeunes filles en classe de première : une souhaite entamer des études de psycho, l’autre veut devenir prof d’anglais. Je ne peux rien prédire mais il est clair que leur avenir n’est pas là. L’arrivée d’Internet il y a quatre ans y est pour beaucoup. Ce phénomène est très nouveau. Le Sud les attire.

- Pouvez-vous nous en dire plus sur le matériel utilisé pour cette série ?
NM : Je travaille en argentique avec un Hasselblad 500 CM et un Leica M6, car ils produisent des images authentiques et fortes. En général, le matériel ne souffre pas trop du froid. Le plus compliqué est le changement de pellicule ! Aujourd’hui, le problème avec l’argentique, c’est le contrôle aux aéroports. Il m’est arrivé de retrouver des pellicules voilées par les scanners. Pour la série Dolganes, beaucoup de photos n’ont pas pu être exploitées. C’est une des seules raisons qui me donne parfois envie de passer au numérique. Je commence à loucher du côté du Pentax 645 Z.

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Dans la péninsule de Taïmyr, à l’extrême nord de la Sibérie, un éleveur de rennes dolgane rentre à son campement après avoir été observer son troupeau. Aujourd’hui encore, bien qu’équipés de skidoo, les éleveurs utilisent encore largement le traineau comme mode de déplacement.

- Quels sont vos projets ?
NM : Je ne sais pas si je vais continuer la série sur les Dolganes, mais si ça doit se faire, je vais me consacrer aux rapports qu’ont les jeunes à la technologie. Je pense aussi à documenter la grande transhumance d’été, un projet passionnant mais qui oblige à passer six mois sur le terrain !

Propos recueillis par Sandrine Dippa

Informations pratiques :
Destins Dolganes
Jusqu’au 7 mars
Musée de l’Homme
17 place du Trocadéro et du 11 novembre
75016 Paris

- Le site du Musée de l’Homme
- Le site de Nicolas Mingasson

Crédit image d’accueil :
© Nicolas Mingasson / Observatoire Photographique des Pôles
Légende : Dans la péninsule de Taimyr, Egor Antonov est l’un des rares éleveurs à poursuivre son activité, été comme hiver, à travers la toundra. Ici, Egor attèle ses rennes qui auront à charger de tracter le ‘’balok’’, l’habitation traditionnelle dolgane. L’Arguish, la grande transhumance d’été débutera dans quelques semaines et Egor, accompagné de sa famille, rejoindra les pâturages du nord.

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