Moins de 500 g et moins de 1500 € pour ce boîtier plein format à optiques interchangeables pourvu d’un viseur : avec l’EOS RP, Canon entend prendre la main sur le marché de l’entrée de gamme hybride 24 x 36, comme elle l’a fait avec les EOS 6D, du côté des reflex…
La venue de Canon sur le segment de l’hybride plein format a été longue à se dessiner. Le système EOS R a vu le jour en septembre dernier, avec en porte-étendard, un modèle éponyme, pourvu d’un capteur de 30 Mpxl, d’un viseur Oled de 3,69 Mpts et d’un autofocus à 5 655 collimateurs, le tout pour quelque 2 500 €, avec une bague permettant de monter des optiques EF/EF-S.
Sans stabilisation en interne, dans la lignée des EOS M, hybrides APS-C de la gamme. L’EOS RP, annoncé aujourd’hui, vient se positionner à l’échelon inférieur, à un tarif bien plus abordable, qui n’a rien d’inédit : en 2013, Sony lançait le premier A7 à 1500 €. Le poids plume n’a également rien de nouveau, puisque ce même A7 ne pèse que 474 g, batterie et carte incluses. Le RP accuse pour sa part 485 g sur la balance, ce qui le place également dans la catégorie des hybrides poids plumes, tous formats de capteurs confondus.
Au niveau du capteur, Canon procède, sur ses EOS R, de la même manière que sur les EOS pourvus d’un miroir. Les EOS 5D Mark IV et 6D Mark II embarquent des Cmos d’une définition respective de 30 et 26 Mpxl. Schéma identique avec les EOS R et RP, qui embarquent des capteurs Cmos de définitions identiques à leurs aînés, avec un filtre passe-bas. Mais celui intégré dans le RP dispose de photosites de plus grande taille, par rapport celui du 6D Mark II. La plage de sensibilité Iso du RP s’étend de 100 à 40 000 Iso par défaut ; elle peut être allongée de 50 à 102 400 Iso. La technologie Dual Pixel AF, apparue sur le 70D, fait désormais partie intégrante des EOS et figure sur le RP.
Tout cela est valable sur le 6D Mark II. Mais le RP se distingue de son grand frère à miroir sur plusieurs points, grâce à l’intégration du processeur Digic 8. Ainsi, le format Raw CR3 14 bits, et le C-Raw, qui génère des fichiers bruts à pleine définition, mais plus légers (inaugurés sur l’EOS M50), apparaissent dans les menus. Il sera possible de les développer sous DPP Express sur tablette : pour l’instant, l’application est uniquement disponible sous iOS. Les corrections optiques (vignetage, distorsion, aberrations) pourront être appliquées en photo, comme en vidéo, via DPP. Idem pour une fonction de bracketing de mise au point.
La vidéo 4K UHD (ALL-I ou IPB), à 25 im/s, s’invite aussi, tandis que le 6D Mark II filme au maximum en 1080p : hélas, cette cadence s’accompagne d’un recadrage 1,74x, comme sur le 5D Mark IV ou l’EOS R. La sortie HDMI autorisera un tournage en 4:2:2 8 bits (10 bits sur l’EOS R). Une extraction de photos de 8,3 Mpxl d’une séquence vidéo 4K sera possible a posteriori, mais on ne pourra pas déclencher pendant l’enregistrement. En 1080p, on accède à 50 im/s, mais attention, il ne sera pas possible d’utiliser des optiques EF-S, via la bague, à cette définition. Pas de stabilisation mécanique, mais on retrouve un stabilisateur électronique, sur cinq axes, avec un gain de 5 IL revendiqué par Canon.
Ses mensurations modestes (132,5 x 85 x 70 mm / 485 g) le feraient presque passer pour un 200D. Pourtant, le RP repose sur un châssis en alliage de magnésium et dispose de nombreux joints d’étanchéité. L’ergonomie fait écho à celle de l’EOS R : au dos, l’agencement des touches est strictement identique. Mais on note la disparition de la touch bar, qui a fait l’objet de controverses, parmi les aficionados de la marque (nous-mêmes avons émis quelques réserves sur ce dispositif, à l’issue de notre test, lire MDLP 110).
Nous voyons donc plutôt d’un bon œil cette disparition, et regrettons toujours qu’un joystick ne soit pas de mise : le déplacement des collimateurs (4779 points sur le RP !) passera par le trèfle au dos, ou bien par l’écran LCD de 3 pouces et 1,04 Mpts, orientable en tous sens, et qui peut faire office de trackpad. Reste que la prise en main est très bonne, et peut être rendue encore meilleure – pour ceux dont le petit doigt ne parviendrait pas à se faire une place sur le grip EG-E1 (75 €) – avec le renfort de la poignée optionnelle, uniquement destinée à cet effet.
Amateur ? Expert ? Le RP se situe à cheval sur les deux mondes. Pas de flash, comme sur tous les EOS 24 x 36. Mais pas de panneau LCD non plus sur le dessus de l’appareil. Ni de verrouillage du barillet de prise de vue. Le viseur Oled n’est pas celui de l’EOS R (3,68 Mpts). Ici, on se contente de 2,36 Mpts (dégagement oculaire de 22 mm et grossissement 0,70x).
L’obturateur, électronique, culmine à 1/4000s. Il existe un mode de déclenchement totalement silencieux, qu’il faut, hélas, aller débusquer parmi les modes Scènes, comme sur le M50 ; il faudra donc composer avec des réglages entièrement automatisés, dans ces conditions.
Le système autofocus repose donc sur le système Dual Pixel AF à détection de phase à 4779 points (contre 5 655 collimateurs sur l’EOS R), qui couvre 88 % de la surface du capteur à l’horizontale et 100 % à la verticale. L’autofocus fonctionne jusqu’à -5 IL avec le collimateur central. Un mode de de détection des yeux est disponible, comme c’est désormais le cas sur la plupart des hybrides récents.
L’EOS RP ne fera pas fureur dans la photo d’action. La cadence est limitée à 5 im/s en One Shot et 4 im/s en Ai Servo. Il sera possible d’engranger un nombre illimité de Jpeg, et jusqu’à 50 Raw, avec une carte SD de type UHS-II : un seul compartiment est disponible, comme sur le 6 Mark II.
Petit gabarit oblige, la LP-E6N, qui alimente les EOS experts APS-C et 24 x 36, a été ici délaissée, au profit de la LP-E17, à l’œuvre sur le 800D ou le 200D. L’autonomie annoncée par Canon, environ 250 vues, est ainsi assez faible. L’accu pourra être rechargé en USB (3.0), mais il ne sera pas possible d’utiliser le boîtier en même temps.
Au niveau de la connectique, le volet est assez complet. On pourra brancher à la fois un micro et un casque, ainsi qu’un câble HDMI (prise micro HDMI type C) pour un tournage sans compression.
L’EOS RP sera commercialisé à partir du 27 février au prix de 1499 €, avec la bague adaptatrice pour monter des optiques EF/EF-S. Un kit sera proposé avec le zoom RF 24-105 mm f/4L IS USM, à 2499 €. La poignée optionnelle EG-E1 coûtera elle 75 € et sera proposée en bleu, rouge ou noir.
Le site de Canon
Un hybride plein format à 1500 €. Par les temps qui courent, où une forte tendance à la hausse des tarifs est observée, sur tous les segments – en dehors de quelques exceptions notables, comme l’A6400 ou le X-T3, lancés moins chers que leurs prédécesseurs à leur époque – nous saluons l’arrivée de ce boîtier, qui prouve que 24 x 36 ne rime pas forcément avec un prix délirant : Sony en avait déjà fait la démonstration en 2013 avec le premier A7. D’autant que dans le cas du RP, la bague adaptatrice permettant de monter des optiques EF/EF-S sur les hybrides, figure dans la boîte.
Alors bien sûr, même si on peut solliciter les modèles prévus à l’origine pour les reflex, il convient de prendre en compte le coût des optiques en monture RF, pour le moins élevé, puisque la majorité des objectifs disponible appartient à la série L : même l’optique proposée en kit avec le RP est un membre de la prestigieuse lignée. Il paraît ainsi flagrant que Canon doit développer une gamme optique plus en rapport avec la catégorie plus « grand public » à laquelle appartient le dernier-né des EOS R. Il existe par exemple un EF 24-105 mm f/3,5-5,6 IS STM dont le prix et les mensurations conviennent à merveille au 6D Mark II… Pour l’instant, une telle orientation ne semble pas à l’ordre du jour, puisque cinq des six optiques RF annoncées aujourd’hui pour le second semestres 2018, investiront la série L.
Par ailleurs, le prix « abordable » du RP ne saurait faire oublier quelques limites ou errements fonctionnels. Nous ne pleurerons pas la disparition de la touch bar. En revanche, nous ne comprenons pas que le mode silencieux soit uniquement accessible parmi les modes Scènes. Ou que le tournage en 4K UHD fasse toujours l’objet d’un recadrage sévère. Enfin, le mode Rafale à 4 im/s paraît, sur le papier, un peu trop léger. Toutefois, il y a fort à parier que ce modèle séduira les possesseurs de reflex EOS à la recherche d’un second boîtier, plus compact, pourvu d’un système autofocus fiable et d’une excellente qualité d’image. Comme les EOS 6D. Réponse dans notre test, prévu dans notre numéro 114, à paraître mi-mars.