Son nom est inévitablement associé à Vogue. Guy Bourdin travailla pendant près de trente ans pour le magazine de mode. Avec talent et discrétion.
« Guy voulait effacer toute trace de son existence. » Cette phrase émane de l’un de ses proches collaborateurs. Moins connu que William Klein ou Helmut Newton, Bourdin colle au même mouvement surréaliste. Digne héritier de Man Ray, dont il fut l’assistant au début des années 50, le photographe fait parler son souci de la perfection dès ses premières images. En même temps que sa volonté de mêler rêve et réalité.
Comme sur cette fameuse série intitulée Chapeaux-Choc, qui marque le début de sa longue collaboration avec le magazine Vogue, à partir de février 1955. Les mannequins prennent la pose comme si de rien n’était… tandis que l’on aperçoit des abats de viande et autres têtes de bovins en arrière-plan. La photographie de mode prend un nouveau tournant.
Les images de Bourdin trahissent deux obsessions évidente : le sexe et la violence. Francine Crescent, ancienne rédactrice en chef de Vogue, qualifie même l’artiste de visionnaire :
« Le travail de Guy Bourdin traite de la vie. Il savait avant tout le monde que le sexe et la violence allaient devenir les facteurs les plus importants de notre société. Mais je ne pense pas que ce qui l’intéressait, ce qu’il voulait décrire, c’était la vie. »
Le goût du cadrage, la saturation des couleurs, avec un rouge omniprésent et l’utilisation des mannequins renvoient au septième art. Le mystère qui en découle rappelle les films de David Lynch, esthétiquement proches de la perfection, jamais limpides sur le fond.

À en croire différents témoignages de gens qui l’ont connus, Guy Bourdin ne se souciait guère de son aura, encore moins de son héritage. Pourtant, le site qui lui est consacré permet de revoir un grand nombre de ses clichés, notamment ceux réalisés pour Vogue ou les affiches publicitaires pour Charles Jourdan. Dans la section Biographie, on tombe sur sa carte de photographe, datant de 1957.

Pour le reste, sa vie est rassemblée sous une liste de dates, le plus sobrement du monde. Les amateurs de la première heure seront ravis de consulter les manuscrits et croquis mis en lignes (rubrique Notes). Disparu le 29 mars 1991, Guy Bourdin aurait 80 ans aujourd’hui. Et vivrait certainement dans l’anonymat le plus complet.
Crédits photos : Guy Bourdin

À noter, la sortie récente de l’ouvrage Guy Bourdin, par Alison M. Gingeras, dans l’excellente collection 55, aux éditions Phaidon (128 pages, 24,95 €).
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