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Nikon D800 et D800E : deux reflex plein format à 36 Mpxl

07/02/2012 | LAURENT KATZ

On se languissait dans l’attente du successeur du D700 annoncé à l’été 2008. On en a deux, mais pas pour le prix d’un hélas, puisque selon la version, D800 ou D800E, le capteur de 36 Mpxl sera recouvert ou pas d’un filtre passe-bas.

Pixels au superlatifs

Le D700 aura un remplaçant le 22 mars. Il ne quitte pas pour autant le catalogue dans l’immédiat, le temps d’écouler les stocks. Une aubaine, car son prix officiel vient de passer à 2 250 €. Pour mémoire, ce vénérable reflex offrait 12 Mpxl quand le D800 proposera trois fois plus de pixels ! Voilà qui va donner du grain à moudre aux éternels rouspéteurs qui, déçus par la « faible définition » du D700, se plaindront de l’effet néfaste de la multiplication des photosites sur le rendu aux sensibilités élevées. On pourrait même s’en étonner quand le modèle phare actuel, le D4 en offre « seulement » 16 ! Sans parler des conséquences sur l’occupation des cartes mémoire et des disques durs, et sur la puissance de la configuration matérielle des ordinateurs.

Le D800 a fière allure, architecturé autour d’un boîtier en magnésium, avec une chambre moins protégée que sur le D4, tout en restant d’un niveau professionnel, d’ailleurs l’obturateur est donné pour 200 000 cycles. Il est aussi muni de force joints d’étanchéité. Le tour du boîtier montre que Nikon n’a pas reconduit le joystick et les touches rétroéclairées du D4. Mais comme la vidéo Full HD est au menu, la touche LiveView est entourée d’un commutateur photo/vidéo. L’accès direct aux Picture Control, prévisualisables sur le LCD en prise de vue, est direct, par un bouton dédié. Sur le dessus, le trèfle « à trois touches » du D4 en propose quatre (Iso, WB, Bracketing, Définition), coiffant la bague des cadences où se situe le mode silencieux.

Au niveau du LCD, le classicisme reste de mise puisqu’il n’est pas monté sur une embase orientable. La taille de l’afficheur, toujours avec 920 kpts, passe de 3 pouces à 3,2 pouces, résistant aux rayures et aux chocs, et de toute façon à l’abri d’un protège-moniteur.

La visée apporte son lot de satisfaction, car les 93 % de couverture du D700 passent ici enfin à 100 %, conforme à la classe de l’appareil. Du moins pour la prise de vue au format FX, car si l’on photographie en DX ou en 1,2x, ce n’est que 97%. Outre cette visée, enfin digne de sa classe, le D800 embarque un flash, servant de contrôleur sans fil de flashs déportés. Ouf ! Les rafales sont décevantes. Elles n’engrangent que 4 im/s en plein format et 5 im/s en APS-C. Pour monter à 6 im/s, il faut disposer du nouveau grip MB-D12, muni de l’accu du D4, et photographier en APS-C. Il sera d’ailleurs piquant de voir quelle sera la cadence de l’escompté, mais non confirmé, successeur du D300s qui courait déjà à 7 im/s.

Le D800 ne propose pas la nouvelle carte XQD, mais offre un double lecteur compatible CF et SDXC, avec de multiple options de gestion. S’il n’y a pas de port Ethernet ni de port Wi-Fi, comme sur le D4, le connecteur USB est de type SuperSpeed (USB 3) et c’est sur lui que se branche le transmetteur Wi-Fi WT-4. Satisfaction du côté de la vidéo : la prise casque est présente et l’HDMI délivre un signal vidéo de haute qualité.

L’armature des automatismes s’appuie sur les nouveaux développements concrétisés par le D4. À savoir un module d’autofocus à 51 collimateurs, certains compatibles avec les optiques moins lumineuses que sont les téléobjectifs. Et le capteur RVB ,qui analyse l’exposition, évalue la balance des blancs et la structure de l’image, pour en détecter le sujet et faciliter le travail de l’autofocus, est bien présent. C’est lui qui, en raison des 91 kpts, permet la détection de visage en visée optique. Tout cela orchestré par le processeur Expeed 3 qui opère les traitements internes en 16 bits. Incontestablement, le boîtier est séduisant. Sa commercialisation est prévue pour le 22 mars. Il faudra attendre le 12 avril pour se procurer le D800E (sans filtre passe-bas) dont la vente sera confiée au Réseau de distribution sélective Nikon qui regroupe environ quatre-vingt enseignes. Comme le D4 d’ailleurs, dont la date de sortie officielle est fixée au 15 mars.

La technique en détail

Le capteur

36 Mpxl. Le chiffre paraît délirant, mais si l’on met en balance le capteur APS-C de 24 Mpxl qui équipe le NEX-7 et les SLT A65/A77 de Sony, cela reste plus raisonnable en matière de densité, si tant est que la raison ait son mot à dire dans l’histoire. Un petit calcul de la surface du photosite montre qu’il y a une similitude entre les imageurs du D800 et du D7000 (0,024 et 0,023 millimètres carrés) sur ce critère. En revanche, un Fujifilm X100 (APS-C, 12 Mpxl) dispose de photosites plus grands : 0,031 millimètres carrés. Bien sûr, cette surface n’est pas celle de la photodiode et notre calcul, approximatif, n’a d’autre but que de faire ressortir qu’en termes de pure qualité numérique d’image (bruit et dynamique), le plein format n’est plus synonyme d’avantage déterminant. Il faudra maintenant comparer les tailles des photosites.

On sait qu’en matière d’imageur, les relations entre Nikon et Sony sont avérées, même si Nikon, qui fournit des équipements pour leur fabrication intervient sur la conception de la version destinée à ses reflex. On sait aussi que, pour éviter le moiré, un filtre passe-bas coiffe les photosites, facilitant l’élimination du moiré qui résulte d’interférences entre la nature des détails fins et répétitifs et la structure matricielle du capteur. C’est pourquoi, sous la référence D800E, Nikon propose une version de son reflex dénué d’un tel filtre. Ce que fait par exemple Leica pour le M9 ou encore Fujifilm pour l’hybride X-Pro 1. Le choix se passe à la commande. Sachant que vu le risque d’artefacts qui en résulte, il est plutôt dédié aux utilisateurs qui savent utiliser ce type de capteur pour en minimiser les inconvénients. Le retrait se paye 300 € avec Capture NX2 en prime.

Il ne faut pas s’attendre à une envolée de la sensibilité, avec des incursions dans les centaines de milliers d’Iso. Le processeur Expeed et ses traitements magiques aura beau faire, une photodiode sur un D800 ne sera pas de la même dimension que sur un D4. Elle est plutôt par sa taille du niveau d’un capteur APS-C. C’est pourquoi Nikon s’en tient sagement à la respectable plage allant de 100 à 6 400 Iso en standard, avec une extension vers les 50 Iso d’un côté et vers les 25 600 Iso de l’autre.

La vidéo

La norme Full HD est de mise, en 24, 25 et 30 im/s. C’est bien le moins. On se rassure, la prise casque tant attendue et déjà présente sur le D4 est bien là. Les vumètres aussi. La sortie HDMI véhicule un flux vidéo non compressé, en 4:2:2 et compatible ProRes. D’un point de vue pratique, il est dommage que le LCD ne soit pas orientable. Le cadrage est proposé aux formats FX et DX, mais pas le mode mettant en œuvre les 1 920 x 1 080 pixels au centre du capteur. Sur le D4, cela se traduit par un facteur multiplicateur de focale de 2,7, encore viable, tandis qu’il passerait à environ 4x sur le D800. Trop élevé.

Les automatismes

Ils sont identiques à celui du D4 et l’on vous renvoie à la présentation de ce dernier ici. On rappelle juste que le module Multi-CAM 3500FX II, à 51 collimateurs, est à l’œuvre. Avec 15 collimateurs en croix, 11 collimateurs sensibles à -2 IL, pour le 200-400 mm f/4 ou l’usage d’un doubleur qui diminue l’ouverture maximale. Il tire parti du système de la reconnaissance de scène reposant sur le capteur RVB de 91 kpts qui assure aussi la détection de visages, l’exposition et la balance des blancs.

La connectique

S’il n’y a pas l’interface rapide Ethernet que véhicule la prise RJ45 du D4, il y a un connecteur SuperSpeed USB, une première sur un appareil photo numérique. Il faut dire qu’avec des fichiers Raw, compressé ou pas, le flot de Mo est capable de mettre à mal la patience d’un photographe transférant ses données depuis appareil, sans passer par un lecteur de cartes externe. À titre indicatif, Nikon signale qu’en moyenne un Jpeg fin occupe 16,3 Mo, qu’un Raw compressé sans perte consomme 32,4 Mo en 12 bits et 41,3 Mo en 14 bits (respectivement 57 Mo et 74,4 Mo sans compression).

Pour l’audio vidéo, les prises casque et microphone stéréo (le micro interne est monophonique) sont proposées, ainsi qu’une sortie HDMI délivrant la visée en temps réel, les réglages, mais aussi en vidéo un flux de qualité, qu’un enregistreur externe pourra stocker.

Le grip MB-D12

Cette nouvelle poignée d’alimentation présente un mini joystick, pour piloter les collimateurs du système autofocus, double les molettes principale et secondaire, ainsi que la touche de mémorisation du point. Elle est rendue résistante à la poussière et au ruissellement grâce à la présence de joints d’étanchéité. Elle abrite une alimentation complémentaire qui prend plusieurs formes : un jeu de quatre piles ou accus AA, une batterie EN-EL15 (celle du D800) ou EN-EL18 (celle du D4). Cette dernière étant une condition sine qua non pour accéder aux rafales à 6 im/s, au format DX (APS-C) seulement.

Premier avis

Quel reflex ! Il est sûr que les 36 Mpxl et la reprise des atouts techniques du D4, dans un modèle valant moins de 3 000 € sans objectif, fait réfléchir. On peut quand même s’interroger et se dire qu’une variante du capteur de 24 Mpxl, déjà employée sur les Sony A900/A850 et le Nikon D3x, aurait constitué un juste milieu plus attractif si l’on met dans le même panier le désir de la définition la plus élevée possible, l’usage des très hautes sensibilités et la disponibilité de rafales plus mordantes. Car 4 im/s, c’est franchement frustrant et 6 im/s avec des contraintes, ce n’est pas totalement satisfaisant pour certains sports et certaines prises de vue animalières.

On reste d’ailleurs dubitatif sur cette définition exacerbée qui va à l’encontre d’une gestion exceptionnelle des hautes sensibilités (à partir de 1 600 Iso). Quelques tests rapides lors de la présentation presse avec un modèle de présérie n’ont pas suscité l’enthousiasme que font jaillir les photos des pleins formats Nikon. À voir sur une version définitive. On regrette aussi que Nikon n’ait pas profité de cette définition digne d’un dos numérique et qui ne sert pas forcément en toutes circonstances, pour proposer, comme Canon, des Raw de définition intermédiaire. Et si l’on opte pour des sorties Jpeg en 20 Mpxl et en 9 Mpxl, il ne faut pas compter sur un regroupement de pixels (binning) pour améliorer le rapport signal/bruit : il n’est pas pratiqué par l’Expeed 3.

Maintenant, à 3 000 €, la somme de caractéristiques laisse songeur. Beaucoup de photographes professionnels, que le prix du D4 laisse hésitants, vont avoir une petite lueur s’allumer dans leurs prunelles. Surtout s’ils envisagent de mettre la vidéo dans l’escarcelle de leurs activités commerciales. Même avec un grip à acheter, ce sera 3 000 € d’économisé… à pouvoir dépenser pour un microphone, un casque, un enregistreur audio de terrain, un rig. Et pour des cartes rapides de haute capacité et sans doute de la mémoire pour leur ordinateur.

Nikon indique qu’elle positionne le D4 sur le créneau « de la sensibilité, de la vélocité et de la rapidité du flux de production ». Le D800, lui, joue la carte « de la définition, de la polyvalence, du prix et de l’encombrement ». Chacun jugera du bien-fondé de cette vision. Le débat ne fait que commencer sur ce nouvel opus de la série D.

Fiche technique

  • Capteur : Cmos 36 x 24 mm, 36,3 Mpxl effectifs
  • Protection du boîtier : Tropicalisé
  • Stabilisateur : -
  • antipoussière : Oui
  • LiveView : Oui
  • Définitions maximales : [FX] 7 360 x 4 912 [DX] 4 800 × 3 200 [16/9] 6 720 × 3 776 [1,2x] 6 144 × 4 080 [5/4] 6 144 × 4 912
  • Vidéo : 1080p (24, 25, 30 im/s, H.264)
  • Sensibilité : Auto, 100 - 6 400 Iso (extensions à 50, 12 800, 25 600 Iso)
  • Formats de fichiers : Jpeg, Raw (NEF 12 ou 14 bits), Raw + Jpeg, Tiff, Mov
  • Monture : Nikkor AF, coeff. mult. 1x
  • Mise au point : Détection de phase en visée reflex avec 51 (11 en croix) zones (sélection auto sur 51 ou 11 points) ; détection de contraste en visée LCD ; mise au point automatique au déclenchement ou continue, AF dynamique sur 9, 21 ou 51 zones, suivi 3D, détection de visage
  • Mode d’exposition : TTL (0 à + 20 IL, 2-20 IL en ponctuel), PASM
  • Type de mesure : Matricielle 3D III sur 91 k zones, pondérée centrale (75 % sur cercle de 12 mm), moyenne, ponctuelle (1,5 %), sur collimateur actif ; +/-5 IL par 0,3 ou 0,5 ou 1 IL
  • Bracketing d’exposition : 2 à 9 vues (par 0,3 ou 0,5 ou 0,66 ou 1 IL)
  • Vitesse : 1/8 000 à 30 s, synchro X 1/250 s
  • Rafales : 4 im/s (FX), 5 im/s (DX/1,2x), 6 im/s (DX et poignée MB-D12 + accu EN-EL18)
  • Balance des blancs : Auto, préréglée (12), mesurée (4), 2 500 à 10 000 °K, ajustement fin ; bracketing balance des blancs 2 à 9 vues
  • Réglages divers : Mode Picture Control : couleur, contraste, luminosité, accentuation, teinte
  • Contrôle du flash : iTTL
  • Flash intégré : NG 12 à 100 Iso, contrôleur iTTL de flashs distants
  • Compensation d’exposition au flash : -3 à +1 IL par 1/3, 1/2 ou 1 IL
  • Visée : Reflex optique par pentaprisme (100 % format FX, 97 % format DX et 1,2x), grossissement 0,7x, dégagement oculaire 17 mm
  • Moniteur : LCD 3,2 pouces, 920 kpts
  • Modes d’affichage : Zoom, index (4, 9 et 72 vues), indicateur surexposition, diaporama
  • Stockage : CompactFlash (UDMA 7) et SD/SDHC/SDXC
  • Interfaces : SuperSpeed USB, mini HDMI, micro stéréo, entrée audio, casque, accessoire (télécommande, GPS...), flash
  • Personnalisation : oui
  • Divers : Surimpression, intervalomètre, HDR, D-Lighting
  • Logiciels : Nikon ViewNX2
  • Accessoires fournis : Accus et chargeur, bandoulière, 1 câble USB, 1 câble audio/vidéo, 1 protège moniteur
  • Alimentation : Accu Li-Ion EN-EL15 7 V/1 900 mAh
  • Dimensions/poids : 146 x 123 x 81,5 mm/1 000 g (avec SD et accu)

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