Tout savoir pour réaliser, optimiser et diffuser ses photos

Robert Doisneau sous un nouveau jour

12/01/2010 | Benjamin Favier

12/01/2010- À partir de demain, la Fondation Cartier-Bresson propose une exposition passionnante sur Robert Doisneau, Du métier à l’œuvre. Le travail du photographe humaniste est abordée de manière plus complexe qu’à l’ordinaire.

On connaît le Doisneau poétique, humaniste, captant des instantanés tendres et insolites de la vie parisienne. Agnès Sire, directrice de la Fondation Cartier-Bresson, nous offre un autre regard sur l’œuvre du photographe. Plus complexe. Le premier tirage de l’exposition ressemble à la séquence d’ouverture d’un film de David Lynch. « Les pavés » (1929) est la première photo de Doisneau. Le titre de l’exposition, Du métier à l’œuvre, est tout aussi énigmatique. Il prend sa source dans un livre du critique d’art Jean-François Chevrier, Robert Doisneau (collection Les grands photographes) : « Au cours de nos entretiens, il m’a parlé de ses photographies publicitaires pour des marques automobiles. […] Dans les semaines suivantes nous sommes souvent revenus sur le travail d’illustration. Puis le temps est passé et nous n’en avons plus parlé ou presque plus. Nous étions allés du métier à l’œuvre. » Agnès Sire nous emmène hors des sentiers battus.

Jeux africains, 1945.

Crédit photo : Atelier Robert Doisneau

Photo industrielle

Répartie sur deux étages, l’exposition nous plonge dans les années 30. Doisneau est alors photographe industriel aux usines Renault à Billancourt. En 1939, il est licencié pour retards répétés, trop occupé à photographier la banlieue parisienne, comme il le reconnaît dans la préface du livre Doisneau Paris (éditions France Loisir) : « Dans la course du temps, les quelques images qui surnagent aujourd’hui et viennent se grouper comme des bouchons dans un remous de rivière ont été faites pendant les heures volées à mes différents employeurs. » Agnès Sire a sélectionné une centaine de tirages originaux, pris entre 1930 et 1966, à Paris et en banlieue. Avec la bénédiction des deux filles du photographe, Annette et Francine Doisneau, qui ont laissé une liberté totale à la commissaire de l’exposition. Ainsi, on découvre des images surprenantes, mettant en scène des clochards ou des marginaux, comme cette série de portraits de Richardot, un ancien prisonnier qui gagnait sa vie en exhibant son corps tatoué, dans les foires. Ou encore cette photo, intitulée « Le cheval tombé », prise en 1942. En dessous, on peut lire ce commentaire : « Paris sous l’occupation c’était l’humiliation. Il fallait descendre du trottoir pour laisser passer le superbe officier allemand, montrer sa carte d’identité ou ouvrir sa valise à n’importe quel coin de rue. Vous allumiez la radio il n’y avait plus aucune émission. Une très grande tristesse. » Le ton est grave.

Robert Doisneau photographié par Henri Cartier-Bresson à Paris en 1986.

Crédit photo : Henri Cartier-Bresson/Magnum Photos

Imparfait de l’objectif

Cette période, Doisneau l’a vécue au quotidien, puisqu’il avait été réformé pour des raisons de santé. La poésie est néanmoins toujours présente. Au sens propre comme au figuré. Sur l’un des murs, une citation de Prévert à l’endroit de Doisneau, datant de 1957 : « C’est toujours à l’imparfait de l’objectif que tu conjugues le verbe photographier. » Un clin d’œil qui prête à sourire, dans l’enceinte de Cartier-Bresson, certes ami du photographe, mais dont la rigueur tranchait avec la légèreté de Doisneau. Le fondateur de Magnum n’aurait jamais accepté qu’une de ses photos soit recadrée. Or on constate que lors de sa première publication, dans Life en janvier 1950, le fameux « Baiser de l’Hôtel de ville », connu du monde entier, est amputé d’une partie du premier plan sur la page de gauche du magazine américain. On peut comparer avec l’original, présenté à côté. Doisneau avait réalisé un reportage sur les amoureux de Paris. Un vrai sujet de société. L’article commence ainsi : « In Paris, young lovers kiss wherever they want to and nobody seem to care. » (« À Paris, les jeunes couples peuvent s’embrasser où bon leur semble. Personne ne semble y prêter attention »).
L’œuvre de Doisneau est aisément accessible ; qu’il s’agisse de livres ou de cartes postales, les supports ne manquent pas et procurent toujours le même sentiment de légèreté. Cette exposition, déroutante, nous aide à saisir l’essence de la production photographique de Doisneau. À l’arrivée, l’une de ses citations les plus célèbres, peut être interprétée de plusieurs manières : « Toute ma vie, je me suis amusé, je me suis fabriqué mon petit théâtre. »

- Robert Doisneau, Du métier à l’œuvre, à voir du 13 janvier au 18 avril, à la Fondation Cartier-Bresson, 2 impasse Lebouis, à Paris (XIV)
- Le site de la fondation HCB

Cet article vous a plu ? Notez le et partagez le sur les réseaux sociaux !



Commenter cet article

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Messages

  • Bonjour !
    J’adore ce photographe ! Pour réagir sur cet article, je voulais simplement annoncer à ts ceux qui voudraient poursuivre l’expérience...en ce moment il y a une grosse grosse expo Robert Doisneau au château de Malbrouck, c’est près de Metz, en Moselle (57). J’y suis allée il y a quelques semaines et depuis ej suis restée bloquée dans son univers :)

Ulule Lemondedelaphoto
CEWE