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Superbe hommage à Dennis Hopper, le photographe

11/04/2011 | Benjamin Favier

Dennis Hopper était avant tout connu pour ses rôles ou réalisations dans le domaine cinématographique. Mais il était aussi collectionneur d’art, peintre et photographe. Illustration avec la publication d’un ouvrage impressionnant, aux éditions Taschen. À un tarif plus accessible que celui paru il y a deux ans, en édition limitée à 1500 exemplaires et signé par l’artiste.

Photographs : 1961-1967. Un titre osé. Comment mettre des bornes sur un parcours aussi irrégulier, dense, complexe, pour ne pas dire fou ? C’est pourtant au cours de cette période que Dennis Hopper, artiste touche-à-tout, réalise ses plus belles photos. Alors qu’il est banni d’Hollywood. Bien avant ses rencontres avec Wenders, Coppola ou Lynch. Avant Easy Rider.

Mentor

L’ombre de James Dean plane sur l’ensemble du livre. Dennis Hopper a tourné deux films avec l’icône de la jeunesse américaine des années 50 : La fureur de vivre et Géant. Il est alors fasciné par la manière dont la star incarne ses personnages, accordant une place importante à l’improvisation. La mort prématurée de ce dernier, au volant de sa Porsche, en 1955, l’affecte profondément. Entre-temps, Dean lui conseille d’approfondir sa pratique de la photographie. Six ans plus tard, Dennis reçoit un appareil Nikon pour son anniversaire de la part de sa première femme, Brooke Hayward. Cette même année, il part à New York, suivre les cours de Lee Strasberg pour perfectionner son jeu d’acteur. Son nom figure alors sur une liste noire à Hollywood, à la suite d’un tournage chaotique : l’acteur ne supporte pas la direction tyrannique du réalisateur Henry Hathaway. Il quitte trois fois le plateau de La fureur des hommes. Il met sa carrière cinématographique entre parenthèses.

Photo : 2011 The Dennis Hopper Trust

Lumière naturelle

Côte Est ou côte Ouest ? L’enfant du Kansas a choisi son camp : Venice Beach et ses orgies beatniks plutôt que les galeries new-yorkaises infestées de riches acquéreurs. Il estimait que les artistes californiens étaient plus occupés à réaliser qu’à vendre, contrairement à leurs cousins sur la côte atlantique. Il vit pourtant quelques temps à New York où il écume les galeries d’art contemporain et idolâtre Andy Warhol. Il prend beaucoup de photos aussi. Une centaine de rouleaux par ans, soit deux films par semaine en moyenne. En noir et blanc. Avec un goût immodéré pour le Kodak Tri-X, lui qui bannissait le flash : « J’ai tout fait en lumière naturelle. C’était simple, c’était beau, c’était drôle. Cela m’occupait. Au bout du compte, ce fut aussi une bonne école pour la réalisation. » Mention spéciale au chapitre Sur la route et sa succession de doubles pages impressionnantes. On passe de décors urbains baroques, imbriquant panneaux publicitaires et rétroviseurs de voitures, avec parfois quelques âmes égarées perdues dans la composition aux paysages secs et rugueux du Mexique, où le photographe pris des portraits de groupes chaleureux. On découvre au passage sa passion pour ce pays, où il résida, et pour la tauromachie.

Photo : 2011 The Dennis Hopper Trust

Portraitiste

« C’est drôle parce que les acteurs me prenaient pour un photographe et les photographes savaient que j’étais acteur. En outre, j’étais très timide et l’appareil photo était un moyen de ne pas avoir à parler. Il me permettait d’avoir les mains occupées et de communiquer à travers les images plutôt que directement. » Sa proximité avec les stars de l’époque lui donnait un statut de privilégié, en tant que photographe. Son portrait de Paul Newman, vu de profil, le corps ciselé par l’ombre d’un grillage impressionne par sa dimension naturelle (voir photo ci-dessus). Walter Hopps, galeriste et proche de l’artiste, souligne cette faculté qu’avait Dennis Hopper à saisir de tels instantanés : « Il savait photographier les artistes dans des décors qui reflétaient ce qu’ils pensaient d’eux et de leur art, les rendant extraordinaires. » La culture - ou contre-culture - est d’ailleurs omniprésente dans le livre. Le portrait de Martin Luther King lors de la fameuses marche pacifiste pour les droits civiques de Selma à Montgomery (Alabama), en 1965, est l’une des rares références à la politique. Bien que les années 60 restent la décennie la plus mouvementée de la jeune histoire américaine (guerre du Vietnam, assassinats de John et Robert Kennedy, de Martin Luther King). Son engagement se manifeste sur un autre front. Celui, tout aussi agité, de la culture.

Folie

Malgré ses facéties et une réputation tumultueuse, Hopper reprend du service devant les caméras. Derrière aussi. Lorsqu’il décide de réaliser Easy Rider, en 1967, il laisse son Nikon de côté : « Il arrive un moment où il faut savoir s’en débarrasser, ce que j’ai fait. En outre, j’avais fait ce que je voulais faire en photo, à part partir sur le front au Vietnam. » Ce qu’il accomplira plus tard, en quelque sorte, en jouant le rôle d’un reporter photographe déjanté dans Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola. Lauréat du Prix de la première œuvre à Cannes en 1969 avec Easy Rider, Dennis Hopper s’embourbe ensuite dans l’alcool et les drogues dures. Walter Hopps se remémore une soirée en compagnie de l’acteur dans sa maison à Taos, au Nouveau Mexique, lors d’une dispute avec sa petite amie de l’époque : « Dennis tirait à la mitraillette sur les murs en adobe de sa propre maison, les criblant de balles. Quand j’ai vu ce qui se passait, je suis discrètement redescendu raconter la scène à mon ami. Nous étions morts de peur. Finalement, le silence est revenu. Nous sommes remontés voir et avons découvert Dennis inconscient au milieu d’un tas d’armes à feu et de munitions. » Cette démesure, Dennis Hopper l’a exprimée à travers quelques compositions marquantes, notamment dans Blue Velvet, de David Lynch, où il incarne un tueur psychopathe, victime de pulsions sexuelles. Un rôle à mille lieux de ses apparitions timides aux côtés de James Dean.

Photo : Terry Richardson

Hommage

La Cinémathèque française avait programmé une superbe exposition en 2008 : Dennis Hopper et le Nouvel Hollywood. L’artiste avait pour l’occasion cédé certaines pièces de sa collection personnelle, dont quelques œuvres de Warhol et Basquiat. La parution de ce livre a une saveur particulière, presque un an après la mort de Dennis Hopper, disparu le 29 mai 2010. S’il est principalement consacré à son activité de photographe, cet ouvrage volumineux apparaît comme un vibrant hommage à l’artiste. Les nombreux textes (en français, anglais et allemand) relatent quantité d’anecdotes savoureuses qui ont émaillé sa riche carrière. Sans complaisance. Et ils ne s’arrêtent pas à 1967, comme le titre pourrait le laisser penser. En toute logique. Dennis Hopper a toujours ignoré la notion de limite.

- Article mis à jour le 11 avril à 11h15 : photos ajoutées

- Feuilleter le livre sur le site de Taschen

- Dennis Hopper : Photographs 1961-1967
- Par Victor Bockris, Walter Hopps et Tony Shafrazi
- Éditions Taschen
- 28 x 37,4 cm
- 546 pages
- 49,99 €

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