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Kyriakos Kaziras : « Il n’y a pas de photo amateur ou professionnelle. Il y a la photographie d’art et le regard artistique »

11/04/2019 | Benjamin Favier

Le prochain Vincennes Images Festival (VIF) – biennale dédiée à la photographie amateure – se déroulera du 24 au 26 mai. Une troisième édition marquée par des expositions autour de la thématique « Homo Sapiens 2019 ». Pour l’occasion, le photographe, Kyriakos Kaziras, endosse le rôle de membre du jury aux côtés de Lee Jeffries et de Vincent Perez.

- Vous êtes membre du jury de la prochaine édition du Vincennes Image Festival qui débutera le 24 mai prochain. Comment abordez-vous ce rôle ?

Bien que je me dise souvent que je ne suis pas le mieux placé pour juger le travail des autres, découvrir les images des photographes est toujours un vrai plaisir. C’est d’ailleurs cette découverte qui est plus intéressante que le fait de juger. De plus, selon moi, un jury apprécie une photo à un instant « T » ce qui ne veut pas forcément dire que l’image choisie soit la meilleure.

- Le thème de cette année est « Homo Sapiens 2019 ». Que vous inspire-t-il ?

Déjà, c’est une bonne chose qu’en 2019 il y ait toujours des Homo Sapiens ! C’est très important. Plus sérieusement, ce sujet laisse pas mal de place à l’imagination. Je pense que beaucoup de séries vont nous étonner. Je suis impatient de les voir.

- Le VIF est avant tout axé sur les amateurs. Quel regard portez-vous la photographie amateure ?

Pour moi, il n’y a pas de photo amateure ou professionnelle. Il y a la photographie d’art et le regard artistique. On ne nait pas photographe. On le devient. La pratique, le bon matériel et l’acquisition de la technique sont nécessaires, mais insuffisants. Il faut surtout se cultiver et s’ouvrir au monde, aimer la peinture, la littérature, la musique, l’architecture, les êtres humains, s’intéresser à la vie dans toutes ses dimensions pour transmettre par la photographie, une idée, une émotion. Ce qui différencie un amateur d’un professionnel, c’est le temps que chacun passe à faire des images. Un amateur exerce en dehors de son travail tandis qu’un professionnel y passe 100 % de son temps.

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Just a Kiss. Photo : Kyriakos Kaziras

- Qu’est qu’une photo réussie selon vous ?

C’est une photo qui dégage des émotions. N’importe quel type d’émotion.
Quel type d’émotion souhaitez-vous véhiculer à travers vos images ?
Un photographe ou un artiste ne veut pas transmettre une émotion. À travers son œuvre, il véhicule une multitude d’émotions qui changent selon l’individu qui la regarde. Chaque personne est différente et n’a pas le même regard, le même souvenir ou le même vécu. Regarder une photo, c’est comme regarder un tableau. Ce n’est pas le survoler et se dire « c’est bien », c’est prendre le temps de regarder, d’être happé par l’image, d’en découvrir toutes les dimensions, y compris les plus petits détails.

- Nous connaissons votre travail sur les animaux au travers d’Animal Emotion, un livre sorti en 2013 aux éditions Vilo regroupant notamment des clichés de gorilles des montagnes pris au Rwanda. Vous venez de publier Twin Cities axé sur la ville. Expliquez-nous ce grand écart…

Animal Emotion était mon premier livre et Twin Cities mon quatorzième. Il ne s’agit pas d’un grand écart, mais d’un travail complémentaire. Pour moi, il n’y a pas d’un côté les villes et les êtres humains et de l’autre les espaces « sauvages » et les animaux. Nous formons un tout devant cohabiter intelligemment. Un photographe n’est pas un médecin, il n’a pas à être spécialisé. Au contraire, changer de sujet, permet de nourrir son imaginaire, de s’ouvrir l’esprit. La photographie est avant tout une question de lumière et de composition, quel que soit le sujet.

- Entre les réseaux sociaux et l’usage du smartphone, la photographie connaît de profonds bouleversements. Comment vous positionnez-vous ?

La photographie – comme toutes les branches d’artistiques – a subi des bouleversements. Je pense que c’est au photographe de s’adapter et non l’inverse. Les réseaux sociaux ne sont pas indispensables. Ils sont pratiques pour se faire connaître ou pour relayer son actualité, mais selon moi, ils constituent le fast-food de la photographie : nous consommons vite, beaucoup et en grande quantité, sans prendre la peine de découvrir vraiment les images. Du coup, nous oublions l’essentiel, c’est-à-dire qu’une photo n’est pas juste un « j’aime ». Il y a pourtant plein de choses à découvrir, mais sur les réseaux sociaux tels qu’Instagram, nous ne voyons que des vignettes qui ne dégagent pas grand-chose. Une photo est faite pour être imprimée et accrochée sur un mur. C’est ce qui lui donne son âme. Je ne connais pas de photographe qui puisse vivre grâce aux réseaux sociaux. C’est un moyen de diffusion de l’information. De manière paradoxale, malgré la multitude des images postée, celles-ci ne sont pas mises en valeur. En ce qui me concerne, je publie très peu, sauf pour annoncer mes expositions, la sortie de mes livres ou pour communiquer sur mon actualité.

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We Will Meet Again. Photo : Kyriakos Kaziras

- Du 22 au 24 mai vous allez exposer vos images aux VIF. Qu’avez-vous prévu de montrer ?

Pas de série en rapport avec l’« Homo Sapiens 2019 », mais des photographies d’ours polaires ! Je vais sortir un livre sur ce sujet en septembre 2019, White Symphony, composé de séries réalisées ces dernières années de l’Océan Arctique à la mer de Beaufort au nord de l’Alaska. Je devrais être en mesure de montrer quelques images tirées de cet ouvrage. J’espère pouvoir exposer en tout une quinzaine de photographies.

- Quels sont vos autres projets ?

En dehors de White Symphony, le livre sur les ours polaires dont je viens de parler, j’ai aussi une exposition prévue à la Galerie Blin Plus Blin qui présentera ce projet. En parallèle, je travaille sur des sculptures avec la Maison Daum, spécialisée dans la confection d’objets en cristal. L’idée est d’insérer deux sculptures d’ours, s’inspirant de mes photographies, dans un bloc en cristal. Je prévois aussi une autre collection d’objets réalisés en porcelaine avec la maison Haviland.
Je travaille également sur un livre d’art consacré aux félins d’Afrique, qui pourra je l’espère voir le jour d’ici deux ans. J’ai besoin de ces deux univers complètement différents pour mon « équilibre photographique ».

- Crédit photo image d’accueil : Benjamin Favier

- Voir l’entretien vidéo sur le site du VIF
- Le site de Kyriakos Kaziras

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