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Stanley Greene

10/11/2008 | Benjamin Favier

De nombreux « fragments » de l’œuvre du photographe, reconnaissable à son bonnet, sont disponibles sur son site. Des images à la limite du supportable, mais ô combien essentielles.

C’est un véritable voyage au bout de l’enfer, du Soudan à l’Irak en passant par les Balkans. Au cœur des conflits majeurs depuis la chute du mur de Berlin. Point d’orgue : la guerre en Tchétchénie.

Stanley Greene, ancien membre des Black Panthers et activiste engagé contre la guerre du Vietnam dans les années 60, s’est fait un devoir de couvrir l’effroyable martyr du peuple tchétchène. De 1994 à 2003, il n’a cessé d’être témoin de la sauvagerie de l’armée russe sur ce territoire. Avec ses seules images pour crier.

Greene a opté, presque exclusivement, pour le noir et blanc, afin de figer ces scènes atroces, avec pour théâtre, un décor souvent enneigé. Sur le site, le chapitre Open wound rassemble 27 images prises lors de cette triste décennie : bâtiment criblé de balles, enfant amputé, flaques de sang… les photos font froid dans le dos. Mais le travail du photojournaliste, membre de l’agence Vu, ne s’arrête pas là. En cliquant sur Caption, dans la colonne de droite, on peut lire des légendes, soigneusement définies pour chaque cliché. On apprend ainsi, à propos du portrait en couleur d’un soldat russe, fier en apparence, un AK-47 en travers du torse, que ce dernier est affamé, sous-entraîné, et effrayé par les éventuelles représailles tchétchènes. Ou encore que cette tache sombre à forme humaine, dessinée sur la neige, résulte d’un éclat d’obus.

La série Last witnesses, en couleurs, nous plonge au cœur d’un camp de réfugiés (survivants) tchétchènes en Ingouchie. Des images terribles qui rappellent les plus sombres heures de l’Histoire. Greene n’hésite d’ailleurs pas à employer le mot « génocide ».
Il est possible de situer chaque galerie dans son contexte en sélectionnant The story, dans la colonne de droite. Pour sa part, l’Index agit comme un navigateur et permet d’afficher l’ensemble des clichés d’une galerie.

Photojournaliste engagé

Malgré un soucis évident d’objectivité dans son travail, le photographe new yorkais est trop impliqué et trop humain pour ne pas craquer. Son reportage à Falloujah, en Irak, en 2004 (voir la galerie Voyage to the country of hate), bien qu’il intervienne après de nombreuses expériences éprouvantes, le marque particulièrement :

« La vue de ces corps brûlés m’a vraiment bouleversée. En rentrant à ma chambre d’hôtel, je me suis effondré en larmes. Ce jour-là, j’ai compris que j’avais perdue une partie de moi-même que je ne pourrais jamais récupérer. »

Le site est entièrement en anglais. Mais Greene emploie des mots simples, facilement compréhensibles. Il s’exprime toujours lentement, pesant chaque terme, d’une voix sage et rassurante.
Parmi les commentaires postés (voir rubrique Comments), un certain Jordi pose la question suivante : « Que dites-vous aux gens avant d’appuyer sur le bouton de déclenchement ? » Car à l’instar de celles de Nachtwey, Reza, ou tout autre photographe de guerre, les images de Stanley Greene fascinent autant qu’elles suscitent d’interrogations.

Âgé de 59 ans, son engagement est intact. Il suffit de jeter un œil aux portraits des ennemis du Premier ministre russe, Vladimir Poutine (galerie Enemies of Putin). On reconnaît notamment Anna Politkovskaia, photographiée, en juillet 2006. Connue pour sa défiance envers les autorités russes, en raison de son investissement dans la couverture du conflit tchétchène, elle fut assassinée deux mois plus tard. Stanley Greene a fondé l’agence Noor en 2007. Il n’est pas prêt de ranger ses boîtiers.

Une petit conseil : appuyez sur « stop », en haut à droite de l’interface. Prenez la peine de bien lire les légendes. Derrière la monstruosité des clichés, se cache une âme profondément humaine.

- À lire :

- Sur la route de Katrina, un reportage de Stanley Greene, publié dans le numéro 3 de Polka Magazine, actuellement en kiosques.

- Stanley Greene
- Éditions Actes Sud
- 144 pages
- 12,80 €

- Le site de Stanley Greene

- Le site de l’agence Noor

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