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MBP Nikon

5.Une arrivée mouvementée

04/05/2007 | Michel Lion

Le lendemain matin nous filons au PC, enfin totalement installé. Nous souhaitons obtenir nos bracelets. Au point presse, c’est la cohue, Lionel Lemonchois est attendu ce soir sur Gitana 11, le premier trimaran de la flotte. Il va vite, très vite même, profitant d’une météo favorable et d’une machine qu’il a décidée de pousser dans ses derniers retranchements. À 27 nœuds de moyenne, il est en lice pour pulvériser le record de près de cinq jours. À terre, s’est engagée une course contre la montre pour accueillir comme il se doit le futur vainqueur de l’épreuve. Les équipes de reportage, fraîchement débarquées, et l’organisation sont sur le pied de guerre : il est attendu pour 21 heures ce soir, ce sera donc une arrivée de nuit. Au cœur de la mêlée nous cherchons notre contact pour obtenir nos accréditations. On nous renvoie sur la Darse où toute l’organisation est accaparée par les ultimes préparatifs, et notamment l’installation du podium. Difficile de trouver un interlocuteur. L’heure tourne et nous ne voyons venir aucune réponse concrète. Des journalistes de la télé locale, pourtant ultra-prioritaires sur ce type d’évènement, nous avouent dans un geste de fatalisme être dans la même situation que nous. Nous décidons d’agir et de nous rendre à la marina. L’heure d’arrivée de Gitana 11 est désormais fixée entre 23 heures et minuit. Nous prospectons sur les quais à la recherche d’un « convoyeur privé ». Rencontres, palabres, coups de fils, négociations rythment cette recherche hasardeuse. Il est 21 heures quand nous trouvons quelqu’un pour nous amener sur la zone. La route du Rhum est un vrai business, et les équipes de reportages comme la nôtre une aubaine pour les propriétaires de bateaux. Le ticket moyen par personne est compris entre 80 € et 120 € selon votre impérieuse nécessité d’être sur l’eau. À deux heures de l’arrivée, nous trouvons preneur pour la « modique somme » de 50 euros par personne ! Le business… De retour à l’hôtel nous apprenons que Gitana 11 arrivera entre 1h00 et 3H00 du matin. Coup de fil inquiet à notre contact pour savoir s’il est toujours partant. Notre pilote nous assure qu’il sera bien là….
Lorsque nous nous présentons à la marina pour embarquer, il est déjà minuit et le temps devient menaçant. Erick, le skipper est affairé sur son bateau. Nous ne perdons pas de temps et embarquons. Nous lui expliquons que nous avons besoin d’être au plus près car la nuit limite considérablement nos espoirs de réaliser une bonne image. Il nous prévient : ça va être tendu ! Son bateau qui peut naviguer à 12 nœuds ne pourra pas rivaliser avec la vitesse du trimaran. Il nous promet de faire au mieux.
Sur l’eau, une myriade de spots lumineux dansent à l’horizon : badauds, touristes, fondus de voiles et professionnels se disputent la zone de la ligne d’arrivée. Erick, malicieux, se met à l’écart, stoppe son bateau et sort une bouteille de rhum : il va falloir patienter. Dans l’embarcation, nous comprenons vite la difficulté de la tâche qui nous attend. Nous serons dans le noir et ça va bouger. Tout doit donc être à portée de main. D’abord, les cartes mémoires dans un étui autour du coup. Les pare-soleil seront montés car ils peuvent éviter les embruns et la pluie sur la lentille. Un petit chiffon dans la poche permettra de nettoyer les gouttes qui réussiront à passer. Les flashs sont montés et chargés avec des accus neufs, tout comme le boîtier. Une carte vierge prend place dans l’appareil.

Nous sommes à l’arrêt et attendons. Le moteur ronronne doucement tandis qu’Erick, toujours jovial, nous sert un ti-punch « local » dont la première gorgée nous carbonise le tube digestif. Notre acolyte nous dit qu’il nous a pourtant servi un rhum pour touristes, (50°C tout de même). Dans l’obscurité quasi complète, nous sommes assis et nous sirotons notre eau de feu. Au loin, nous devinons les bruits des moteurs et les lumières d’autres spectateurs. Comme nous, ils attendent. Une heure passe… Hormis la houle qui a forcit, tout est calme et nous discutons tranquillement, essayant d’anticiper sur ce qui se prépare. Erick semble soudain s’agiter. Il sort de sa cabine et prévient : « Attention ça va être de la folie ! ». Il désigne un point clignotant au large, autour duquel brillent des centaines de petites lampes multicolores : C’est lui, Gitana 11… et son escorte ! Nos D80 et D2x sont sur le pont. Compte tenu des conditions lumineuses, il est inutile d’espérer pouvoir utiliser les longues focales. La tension devient palpable alors que lumières, klaxons et cornes de brumes semblent fendre la nuit et se rapprocher à une vitesse incroyable. Erick manette des gaz en main fait ronfler le moteur et lance son embarcation. Gitana 11 surgit de la pénombre et avec lui, la cohorte des objets hurlants et navigants non identifiés. C’est tout simplement ahurissant : hors bords, voiliers, zodiacs, vedettes, surfent littéralement dans le sillage du vainqueur. Nous sommes au milieu de la cohue, véritablement chahutés par cette mêlée navigante. Les conditions de prise de vues sont exécrables. Nous pensions pouvoir être plus proches du trimaran. À 80 mètres de notre objectif, nous constatons amèrement qu’il n’y a rien à faire : même en poussant la sensibilité, les flashs ne portent pas aussi loin et l’instabilité récurrente de notre embarcation occasionne les premiers chocs pour le matériel. Cadrer et se placer par rapport de Gitana 11 relève du funambulisme et les risques de se rapprocher sont réels. On apprendra le lendemain qu’une vedette de presse s’est fait percuter par un bateau venu la coller de trop près. Moteurs en feu (avec 1 600 litres d’essence à bord) et journalistes à l’eau, les pompiers ont maîtrisé tant bien que mal l’incendie pour éviter le drame. La course-poursuite dure 30 minutes. Erick fait l’impossible, mais nous sommes trop loin de l’action. Pour couronner le tout, une pluie tropicale s’abat et semble condamner nos derniers espoirs. Nous décidons néanmoins de suivre le trimaran jusqu’à son amarrage au ponton officiel. Là, photographes et cameras de télévision se marchent dessus en attendant que le vainqueur accoste et tire ses fumigènes en signe de victoire. Les conditions de prise de vues en mer ont été difficiles pour tout le monde et ce geste du vainqueur sera certainement l’image symbolique vers laquelle se tourneront en priorité les médias pour illustrer cette arrivée de nuit.


©Bruno Calendini

Malgré les efforts d’Erick pour s’approcher, nous sommes maintenus à distance par la sécurité et nous n’arriverons pas à nous retrouver au cœur de l’évènement comme nous l’espérions… Il est 5 heures du matin quand nous regagnons nos chambres. Cette première sortie nous laisse un sentiment mitigé. Nous avons des images qui ne nous donnent pas entière satisfaction, mais au regard des conditions, nous pouvions difficilement espérer mieux. Avant de nous laisser gagner par le sommeil, nous adressons au quotidien Metro deux photos. L’une évoque le rush furtif du trimaran dans la nuit noire, l’autre montre Gitana 11 amarré au ponton officiel et entouré par la foule, sous une pluie battante. C’est cette image qui sera choisie comme un clin d’œil au nouveau record de la course. Gitana 11 a traversé l’Atlantique à 27 nœuds de moyenne, par la seule force du vent en 7 jours, 17 heures et 19 minutes.

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